Conférence de Henriette Asséo, professeur agrégée à l’EHESS, animée par Caroline Douki, maître de conférence en histoire contemporaine, Université Paris 8
Les Tsiganes forment un peuple européen à part entière puisque son implantation est contemporaine de la formation même des sociétés européennes. Ceux que l’on appelait en latin "Aegyptiani sive Cingani" composent des éléments des migrations balkaniques médiévales et se déroulent du début du XVe siècle à 1540. Ce constat devrait tordre le cou à l’idée d’une dispersion "nomade". Mais aujourd’hui, une méconnaissance délibérée de l’histoire renforce des fantaisies organicistes, érigées en doctrine officielle par certains mouvements politiques. La construction savante du mythe de la "nation errante" et l’attraction esthétique qui fit des Bohémiens un archétype artistique depuis l’époque baroque ont également contribué à renforcer cette vision imaginaire d’une mobilité ontologique.
Si l’on substitue à ce discours mythologique une approche historique polycentrique, la stabilité sociale l’emporte largement sur le mouvement : la géographie de l’implantation médiévale et moderne tsigane n’a pas bougé jusqu’à nos jours. Une plongée historique dans les sociétés tsiganes européennes, envisagée dans la longue durée, conduit donc à réviser tous les schémas de pensée contemporains. La conférence permettra de distinguer plusieurs périodes :
La marionnette de la gitane vient rappeler que les Tsiganes, appelés aussi gitans, romanichels, manouches ou bohémiens, sont installés sur le territoire français depuis plusieurs siècles. Imaginées comme de libres vagabonds regroupés autour d’un feu de camp, violonistes ou “voleurs de poules”, voyantes ou femmes fatales comme Esméralda ou Carmen, ces populations intriguent et suscitent une certaine fascination teintée d’interrogations, d’appréhensions et de méfiances.
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Les documents cités sont disponibles à la médiathèque Abdelmalek Sayad.
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