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1972 : Circulaires Marcellin-Fontanet

Hommes et Migrations, n°821, 15 février 1972 et n°835, 1er décembre 1972

  • Manifestation du Comité de Défense de la Vie et des Droits des Travailleurs Immigrés (émanant de l’extrême gauche extra-syndicale) contre les circulaires Marcellin-Fontanet, Paris, 1973. Ces circulaires de février 1972 subordonnent l’obtention d’une carte de séjour à la possession d’un contrat de travail depuis un an et d’un « logement décent ». Face à la multiplication des mobilisations, elles sont suspendues en juin 1973 © Jacques Pavlovsky / Rapho/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI


Donateur/prêteur : Collection de la médiathèque Abdelmalek Sayad


En 1972, devant la montée du chômage, le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas prend des mesures pour l’emploi. Les circulaires Marcellin-Fontanet ont pour objectif de diminuer l’entrée de travailleurs étrangers en France. Ainsi les immigrés font une nouvelle apparition sur la scène médiatique : la France connaît de nombreuses grèves de la faim en 1973 et le gouvernement lance une nouvelle politique urbaine en vue de résorber les bidonvilles construits et habités par des travailleurs immigrés et leur famille, d’origine maghrébine et portugaise en majorité. Pour lutter contre la situation de précarité, de nombreuses associations et collectifs, souvent issues de milieux catholiques et parmi elles Hommes et Migrations, luttent pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs migrants et contre les mesures de l’Etat.

Les années 1970 et la fin des Trente Glorieuses marquent un tournant décisif pour l’immigration. La crise et les différentes politiques migratoires des gouvernements de la Ve République changent profondément les représentations que les français se font des travailleurs migrants. Les documents présentés dans Hommes et Migrations reflètent ces évolutions et ces répercussions dans la société et la culture française.

Entre 1971 et 1973, le chômage quadruple en Europe. Les conditions des travailleurs immigrés deviennent difficilement supportables : les postes peu qualifiés, qu’ils occupent en majorité, sont les premiers touchés par le chômage et ils sont particulièrement atteints par la crise des logements. Le ministre de l’Intérieur, M. Marcellin et le ministre de l’Emploi, M. Fontanet, promulguent deux circulaires connues sous le nom de "circulaires Marcellin-Fontanet". Celles-ci régulent et codifient les entrées et le séjour des travailleurs étrangers en France. L’objectif est de contrôler l’immigration en limitant les entrées et surtout d’organiser l’arrivée des travailleurs et de leurs familles. Ces circulaires modifient profondément le fonctionnement des titres de séjour : un travailleur étranger désirant s’installer en France se verra accorder un titre seulement s’il obtient auparavant un contrat dans une entreprise et un logement.

L’éditorial qui introduit le dossier s’interroge sur les éventuelles répercussions que ces circulaires pourraient avoir sur la situation des étrangers résidents déjà en France et sur les capacités de l’administration française à éventuellement assumer une telle centralisation. La reprise de trois articles de la presse nationale (Le Monde), spécialisée (Afrique-Asie) et syndicale (CFDT), publiés à la suite des textes des circulaires, illustre la volonté d’Hommes et Migrations de refléter des opinions pluriels. Chacun des articles réfléchit à l’impact qu’elles pourraient avoir sur les conditions d’accès au travail des immigrés et sur l’économie française.

 

Manifestation contre les circulaires Marcellin-Fontanet, Paris, 1973 © Jacques Pavlovsky / Rapho/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Manifestation du Comité de Défense de la Vie et des Droits des Travailleurs Immigrés (émanant de l’extrême gauche extra-syndicale) contre les circulaires Marcellin-Fontanet, Paris, 1973. Ces circulaires de février 1972 subordonnent l’obtention d’une carte de séjour à la possession d’un contrat de travail depuis un an et d’un « logement décent ». Face à la multiplication des mobilisations, elles sont suspendues en juin 1973 © Jacques Pavlovsky / Rapho/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Ces deux circulaires sont très impopulaires, notamment parce qu’en désirant réguler l’entrée des travailleurs étrangers en France, elles mettent en situation de précarité de nombreux travailleurs employés au noir ne pouvant justifier d’un contrat de travail. Pour la première fois, des clandestins se mobilisent et organisent des grèves de la faim pour lesquelles se mobilisent de nombreux intellectuels (Jean-Paul Sartre, Michel Foucault), les milieux associatifs militants dont le tout jeune Gisti (Groupe d’information et de soutien aux immigrés) et syndicats... Le 13 juillet 1973, face aux mouvements de contestation, le gouvernement assouplie les deux circulaires. Suite à cette première victoire, les associations et syndicats font de la carte unique de 10 ans leur cheval de bataille, jusqu’à sa création en 1984.

 

Clotilde Barral


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A l’occasion du jubilé de la revue Hommes & Migrations, le Musée national de l’histoire de l’immigration présente les archives de la revue à travers 15 dates marquantes de cette histoire (accéder à la chronologie).
 

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