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Coups d'œil sur l'emploi de la main-d'œuvre nord-africaine

Cahier Nord-Africains, n°73, juin-juill 1959

Cahiers nord-africains n°73 - travail

Donateur/prêteur : Collection de la médiathèque Abdelmalek Sayad


 

Comme le souligne son avant-propos, ce 73ème numéro des Cahiers Nord-Africains, paru en juin-juillet 1959, n’a pas l’ambition de présenter un tableau exhaustif de l’emploi de la main-d’œuvre nord-africaine (MNA). Son objectif est plus modeste : pointer certaines situations sectorielles sans préjuger de leur représentativité. 

Les interprétations très mesurées des auteurs n’en sont pas moins au diapason des évolutions majeures qui se dessinaient alors en arrière-plan, tant dans la société française qu’en matière d’immigration. En ces temps de croissance débridée où la France succombait aux vertiges de la consommation, l’immigration diversifiait en effet ses sources : la main-d’œuvre étrangère croissait même plus vite que la MNA.
D’où l’intérêt de s’interroger avec Leriche sur la situation relative de cette dernière dans divers secteurs, entreprises ou départements industriels : pour quelles raisons la position professionnelle et sociale des Nord-Africains était-elle moins avantageuse que celle des étrangers ou des métropolitains ? Comment apprécier la stabilité de cette main-d’œuvre ? De quelles formes d’action sociale (logement, formation professionnelle, alphabétisation…) lui faire bénéficier pour renforcer sa stabilité et sa qualification dans les entreprises ? Questions cardinales, si l’on considère avec Laroche que les travailleurs algériens, de loin les plus nombreux au sein de la MNA, étaient les premières victimes des ralentissements de la conjoncture économique.
L’historien y est d’autant plus attentif qu’une redéfinition – il est vrai trop tardive - de l’action sociale en faveur des "Français musulmans d’Algérie" intervenait au même moment dans le cadre du Plan de Constantine (décembre 1958) pour impulser, en Métropole et en Algérie, des réformes destinées à améliorer la situation des familles de travailleurs algériens.

Reste qu’un double souci se dégage du dossier en cause : poser sans misérabilisme les problèmes afin d’y porter pragmatiquement remède, et éviter l’écueil de la surinterprétation. Une telle exigence se lit aussi bien dans le refus des lieux communs ou la critique des données statistiques mobilisées que dans la méfiance à l’égard des relations de causalité directe. Par exemple, l’instabilité professionnelle chronique des travailleurs algériens n’est pas référée, comme attendu, à une stigmatisation dont ne semblent guère souffrir leurs homologues tunisiens ; elle est qualitativement reliée, dans le silence des chiffres, aux effets spécifiques de la guerre d’Algérie en Métropole qui rendraient ces travailleurs "suspects" aux yeux d’une police de plus en plus fébrile.

Vincent Viet  


L’ensemble des Cahiers nord-africains, et des Documents nord-africains, est conservé à la bibliothèque Abdelmalek Sayad et est disponible à la consultation. Les deux titres ont également été numérisés et sont consultables via le portail documentaire de la médiathèque.

Pour en savoir plus :

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