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Faciès inventaire d'Hamid Debarrah

Chronique du foyer de la rue Très Cloître

  • Hamid Debarrah, Faciès inventaire. Chronique du foyer de la rue Très Cloître, 2002 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

  • Hamid Debarrah, Faciès inventaire. Chronique du foyer de la rue Très Cloître, 2002 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

  • Hamid Debarrah, Faciès inventaire. Chronique du foyer de la rue Très Cloître, 2002 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration


Collection du musée

Faciès inventaire. Chronique du foyer de la rue Très Cloître, 2002. 54 épreuves gélatino-argentiques d'après négatifs.
 

Hamid Debarrah est né à Chlef en Algérie en 1954. Il vit et travaille à Grenoble.


Cette œuvre se compose de neuf portraits d'immigrés vivant dans un foyer de travailleurs migrants à Grenoble. Chaque portrait comporte deux photographies de visage, une en tirage positif et l'autre en négatif, et de quatre photographies de leur espace personnel dans le foyer.

Ici, l'idée du portrait est décliné à travers le lieu de vie des immigrés, chaque ensemble s'organisant autour du quotidien d'un homme.

Les foyers de travailleurs migrants ont été créés dans les années 1950 et 1960, à une époque où la France recrutait activement de la main d'œuvre étrangère. Ces structures avaient pour vocation de loger des travailleurs, dont on pensait qu'ils ne resteraient pas longtemps : l'Etat et la société française envisageaient alors une immigration de travail et non de peuplement. De ce fait, les immigrés disposent de peu d'espace privé dans les foyers, ce qu'illustre par exemple la photographie du casier métallique fermé avec un cadenas. Dans ces lieux, ils ont peu de possibilité de s'approprier l'espace, comme le montrent ces photographies de placard quasiment vides ou contenant simplement des objets très utilitaires. Mais ce qui était prévu pour être provisoire a en réalité duré très longtemps pour la plupart des immigrés : un nombre important d’entre eux y est toujours logés. D'une certaine façon, les foyers ont maintenu, pendant des années, les travailleurs immigrés en marge de la société française.

Le traitement des visages en dyptique évoque l'idée de "double absence" développée par le sociologue Abdelmalek Sayad : ces hommes, par leurs conditions de vie en France, n'ont pas vécu totalement dans la société française, mais ne sont pas non plus des habitants des pays qu'ils ont quitté. On voit sur l'une des photographies un mur couvert de photos de famille, qui évoquent une vie sociale et familiale se déroulant loin de l'homme immigré en France.

Si l'on regarde l'œuvre dans son ensemble, on s'aperçoit qu'il existe un point commun entre tous les hommes photographiés : ils sont assez âgés, ce qui implique qu'un certain nombre d'entre eux sont retraités. Or ils continuent de vivre dans un foyer en France, alors que cette situation était au départ légitimée par le fait qu'ils y travaillaient. Cette situation s'explique par des raisons personnelles : pour ces hommes qui ont vécu de nombreuses années  en France, loin de leurs proches, il n'est pas aisé de retourner dans un pays qu'ils ne connaissent plus tout à fait. Des raisons pragmatiques viennent s'ajouter à cette difficulté psychologique : pour un certain nombre de pays, les ressortissants doivent vivre au moins 6 mois par an en France pour percevoir leurs pensions de retraite.

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