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Le théâtre de marionnettes

Fin XIXè début XXè siècle

  • Marionnettes représentant, de gauche à droite, un arabe, un usurier, une gitane © Mucem, 2007

  • Marionnette © Mucem, 2007


Collection numérique

Donateur/prêteur : Mucem

Marionnettes à gaine, à tringle ou à fils. Dépôt MuCEM (2007)


À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le théâtre de marionnettes connaît une grande popularité. Les personnages qui peuplent l’univers de ces spectacles, dont quelques exemples sont montrés ici, apparaissent sous des traits caricaturés stigmatisant une altérité tant physique que culturelle.

Les stéréotypes véhiculés par ces théâtres de marionnettes témoignent d’une vision de l’Autre largement répandue dans la France de la fin du XIXè  et du début du XXè siècle. Reprenant la crainte ancestrale de l’Autre en la mêlant aux angoisses conjoncturelles, les stéréotypes donnent à voir une figure type de l’étranger.
L’Autre est ainsi celui qui est différent par son apparence, étrange par son mode de vie et qui devient “étranger”, indépendamment de sa nationalité, comme en attestent les Tsiganes et les Juifs arrivés en France depuis plusieurs siècles.

Chacune des marionnettes montrées dans cette vitrine incarne un étranger et les stéréotypes qu’on lui accole.
- L’Arabe, marionnette portant le burnous vêtement typique du Maghreb, correspond à l’image de “l’Arabe bédouin”. Dans les récits de voyage les Arabes nomades, habitants du désert, suscitent la méfiance et la crainte chez les citadins occidentaux. Le personnage de l’Arabe est accompagné de la femme voilée ou femme “mauresque”, prisée par les artistes orientalistes de la fin du XIXe siècle à la recherche de l’exotisme, évoque dans la pensée occidentale, à travers le corps caché, l’érotisme du harem
- Le nègre, quand à lui est représenté par cette marionnette, utilisée jusqu’en 1935, qui reprend l’image de “l’homme noir hilare”. Tant par son comportement que par son apparence, il est censé engendrer le rire dans les spectacles
- Autre personnage représenté, le juif, incarné par un usurier. Ces derniers, citoyens français depuis la Révolution, sont souvent stigmatisés comme étant étrangers à la nation. L’amalgame entre Juifs et argent remonte au Moyen Âge quand, interdits d’autres métiers, de nombreux Juifs deviennent prêteurs sur gage. À la fin du XIXe siècle, l’usurier juif personnifie un capitalisme inquiétant.
- La marionnette de la gitane quand à elle, vient rappeler que les Tsiganes, appelés aussi gitans, romanichels, manouches ou bohémiens, sont installés sur le territoire français depuis plusieurs siècles. Imaginées comme de libres vagabonds regroupés autour d’un feu de camp, violonistes ou “voleurs de poules”, voyantes ou femmes fatales comme Esméralda ou Carmen, ces populations intriguent et suscitent une certaine fascination teintée d’interrogations, d’appréhensions et de méfiances.

En lien avec ces stéréotypes, le XIXè siècle voit également se répandre l’idée de race qui est un temps rattachée aux trois rameaux de l’humanité mentionné dans l’Ancien Testament : aux trois fils de Noé correspondent autant de “rameaux” de l’humanité. C’est ce qu’illustre le deuxième ensemble de marionnettes :
- Cham serait à l’origine du rameau africain ; il est évoqué par la marionnette de Nelusko. Ce personnage est issu de l’opéra L’Africaine, de Giacomo Meyerbeer (1791- 1864). Dans cette œuvre imprégnée d’orientalisme et d’exotisme, l’esclave Nelusko est montré comme la preuve vivante de l’existence d’un continent, aussi sauvage qu’inconnu, recherché par les explorateurs portugais du XVIe siècle.
- Sem serait lui à l’origine du rameau oriental qui apparaît ici sous la forme d’une marionnette représentant un soldat chinois
- et Japhet à l’origine du rameau européen et représenté par la marionnette d’un européen aux cheveux blonds

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