De 1945 à 1975

En 1946, le recensement fait état d’une diminution sensible de la présence étrangère (retours aux pays et naturalisation). Un nouveau cycle d’arrivées s’amorce, stimulé par les besoins en main-d’œuvre des Trente Glorieuses de l’économie française. Dans le contexte de la Guerre Froide, des réfugiés trouvent asile en France venant, soit de pays communistes, soit d’États à dictature militaire. Ces nouveaux émigrants entrent en France dans les conditions les plus diverses, les uns recrutés légalement, les autres clandestins. Cas à part, les Algériens bénéficient longtemps de la libre circulation. De 1,7 million d’étrangers en 1946, on atteint le double, 3,4 millions, en 1975.

Italiens arrivant du Piémont et du Val d’Aoste en 1946 © L’illustration

Italiens arrivant du Piémont et du Val d’Aoste en 1946 © L’illustration

Dernière vague d'émigrants italiens

En 1946, la France signe un nouvel accord de main-d’œuvre avec Rome. Le pays est à reconstruire et les vannes se ferment, aussi bien pour les Polonais que pour les Espagnols, en raison de la rupture diplomatique avec Franco et du rideau de fer qui s’abat sur l’Europe centrale. En Italie les zones de recrutement s’élargissent du Nord, toujours sollicité, au Sud jusqu’à la Sicile, où la misère est encore plus grande. Malgré les naturalisations, le nombre d’Italiens continue d’augmenter. Jusqu’en 1962, ces derniers conservent leur rang de première nationalité étrangère.

Les émigrants maghrébins et africains

Les départs de Maghrébins et d’Africains vers la France s’inscrivent d’abord dans le processus colonial puis, après les indépendances, dans le cadre des relations entre l’ex-métropole et ses anciennes possessions. La Première Guerre mondiale avait amorcé les recrutements de travailleurs et de soldats. Dans les années vingt, c’est essentiellement l’émigration des Algériens (surtout kabyles) qui se développe. Le mouvement migratoire reprend avec force après la Libération accompagné, à partir du milieu des années soixante, par l’essor de l’émigration des Marocains et de Tunisiens. Quand à l’émigration venue d’Afrique sub-saharienne, elle s’amorce dans les années soixante, sans lien direct avec les soldats engagés jadis dans les troupes coloniales.

Immigrés algériens entre Alger et Marseille en 1972 © André Lejarre/Le bar Floréal/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration,CNHI

Les émigrants algériens
Le recensement de 1954 compte 211 000 “Français musulmans d’Algérie”. En 1962, lors de l’Indépendance, ils sont 350 000. En 1975 les émigrants algériens sont 710 000 et constituent le deuxième groupe d’étrangers après les Portugais.

Immigré algérien arrivant à Marseille en septembre 1972 © André Lejarre /Le bar Floréal/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration,CNHI

Les réfugiés hongrois

En 1956, deux événements affectent l’Europe centrale, la Révolution hongroise et l’Octobre polonais. L’entrée des troupes soviétiques dans Budapest, le 4 novembre, sème la consternation en Occident. Des opposants hongrois, 200 000 au total, partent en exil ; 10 000 d’entre eux sont accueillis en France avec le statut de réfugié, délivré par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

Quarante-deux réfugiés hongrois arrivant à la gare d'Orsay

Quarante-deux réfugiés hongrois arrivant à la gare d'Orsay, après l'intervention soviétique à Budapest. Paris, 8 novembre 1956 © Roger Viollet

Nouveaux émigrants espagnols

La réouverture de la frontière des Pyrénées, au début des années 1950, permet à des Espagnols de venir en France où ils rejoignent des compatriotes déjà installés. Pendant une dizaine d’années, ils partent clandestinement.

Paris, gare d'Austerlitz, 1965. Salle d'attente réservée aux étrangers

Paris, gare d'Austerlitz, 1965. Immigrés espagnols devant la salle d'attente réservée aux travailleurs étrangers © Gérald Bloncourt/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Puis, en 1961, un accord de main-d’œuvre signé entre les deux gouvernements leur permet d’entrer munis d’un contrat de travail. D’autres arrivent comme touristes et se font régulariser, aussitôt après avoir trouvé un emploi. Au recensement de 1968, avec 607 000 ressortissants, les Espagnols deviennent la nationalité étrangère la plus nombreuse, dépassant les Italiens.

Perpignan 1975, arrivée des vendangeurs espagnols

Perpignan 1975, arrivée des vendangeurs espagnols © Hervé Donnezan/Rapho/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Les émigrants portugais

Passage clandestin d’immigrés portugais à travers les Pyrénées, mars 1965

Passage clandestin d’immigrés portugais à travers les Pyrénées, mars 1965 © Gerald Bloncourt / Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

La France devient une destination privilégiée pour les Portugais à partir de la fin des années 1950. Ils passent de 20 000 à 750 000 entre le recensement de 1954 et celui de 1975. Cette vague migratoire exceptionnelle porte alors les Portugais au premier rang des nationalités étrangères. Plus des trois quarts partent clandestinement, car la dictature de Salazar freine les départs. Ils ont recours à des passeurs et font le trajet en partie entassés dans des camions, en partie à pied.

Voyageur portugais à l’arrivée en gare d’Austerlitz, Paris 1966

Voyageur portugais à l’arrivée du train Hendaye-Paris en gare d’Austerlitz , Paris 1966 © Gérald Bloncourt / Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI

Les exilés d'Amérique latine

Durant les années 1960 et 1970, les militaires prennent le pouvoir en Amérique du Sud. Des opposants, Brésiliens, Argentins, Uruguayens et surtout Chiliens sont accueillis en France dans de bonnes conditions. Ils obtiennent le statut de réfugiés politiques et bénéficient à leur arrivée d’un hébergement de la part d’organisations humanitaires.

Suite au coup d’état militaire du général Pinochet, le 11 septembre 1973, l’armée fait des arrestations en masse. Octobre 1973 Santiago au Chili © Eyedea/Keystone France

Les réfugiés chiliens
La mise en place d’une dictature militaire au Chili, le 11 septembre 1973 par le général Pinochet, entraîne une répression féroce. Des opposants, pris en charge par l’Ambassade de France, franchissent l’Atlantique en avion. Ils sont accueillis à Paris avec le statut de réfugié délivré par l’OFPRA, tout comme les Hongrois, vingt ans plus tôt, et les Vietnamiens et les Cambodgiens un peu plus tard.
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