En 1946, le recensement fait état d’une diminution sensible de la présence étrangère (retours aux pays et naturalisation). Un nouveau cycle d’arrivées s’amorce, stimulé par les besoins en main-d’œuvre des Trente Glorieuses de l’économie française. Dans le contexte de la Guerre Froide, des réfugiés trouvent asile en France venant, soit de pays communistes, soit d’États à dictature militaire. Ces nouveaux émigrants entrent en France dans les conditions les plus diverses, les uns recrutés légalement, les autres clandestins. Cas à part, les Algériens bénéficient longtemps de la libre circulation. De 1,7 million d’étrangers en 1946, on atteint le double, 3,4 millions, en 1975.
En 1946, la France signe un nouvel accord de main-d’œuvre avec Rome. Le pays est à reconstruire et les vannes se ferment, aussi bien pour les Polonais que pour les Espagnols, en raison de la rupture diplomatique avec Franco et du rideau de fer qui s’abat sur l’Europe centrale. En Italie les zones de recrutement s’élargissent du Nord, toujours sollicité, au Sud jusqu’à la Sicile, où la misère est encore plus grande. Malgré les naturalisations, le nombre d’Italiens continue d’augmenter. Jusqu’en 1962, ces derniers conservent leur rang de première nationalité étrangère.
Les départs de Maghrébins et d’Africains vers la France s’inscrivent d’abord dans le processus colonial puis, après les indépendances, dans le cadre des relations entre l’ex-métropole et ses anciennes possessions. La Première Guerre mondiale avait amorcé les recrutements de travailleurs et de soldats. Dans les années vingt, c’est essentiellement l’émigration des Algériens (surtout kabyles) qui se développe. Le mouvement migratoire reprend avec force après la Libération accompagné, à partir du milieu des années soixante, par l’essor de l’émigration des Marocains et de Tunisiens. Quand à l’émigration venue d’Afrique sub-saharienne, elle s’amorce dans les années soixante, sans lien direct avec les soldats engagés jadis dans les troupes coloniales.
En 1956, deux événements affectent l’Europe centrale, la Révolution hongroise et l’Octobre polonais. L’entrée des troupes soviétiques dans Budapest, le 4 novembre, sème la consternation en Occident. Des opposants hongrois, 200 000 au total, partent en exil ; 10 000 d’entre eux sont accueillis en France avec le statut de réfugié, délivré par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).
La réouverture de la frontière des Pyrénées, au début des années 1950, permet à des Espagnols de venir en France où ils rejoignent des compatriotes déjà installés. Pendant une dizaine d’années, ils partent clandestinement.
Puis, en 1961, un accord de main-d’œuvre signé entre les deux gouvernements leur permet d’entrer munis d’un contrat de travail. D’autres arrivent comme touristes et se font régulariser, aussitôt après avoir trouvé un emploi. Au recensement de 1968, avec 607 000 ressortissants, les Espagnols deviennent la nationalité étrangère la plus nombreuse, dépassant les Italiens.
La France devient une destination privilégiée pour les Portugais à partir de la fin des années 1950. Ils passent de 20 000 à 750 000 entre le recensement de 1954 et celui de 1975. Cette vague migratoire exceptionnelle porte alors les Portugais au premier rang des nationalités étrangères. Plus des trois quarts partent clandestinement, car la dictature de Salazar freine les départs. Ils ont recours à des passeurs et font le trajet en partie entassés dans des camions, en partie à pied.
Durant les années 1960 et 1970, les militaires prennent le pouvoir en Amérique du Sud. Des opposants, Brésiliens, Argentins, Uruguayens et surtout Chiliens sont accueillis en France dans de bonnes conditions. Ils obtiennent le statut de réfugiés politiques et bénéficient à leur arrivée d’un hébergement de la part d’organisations humanitaires.
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