Depuis trois décennies, l’histoire de l’immigration a progressivement mis en lumière la complexité des trajectoires migratoires et la diversité des lieux de la migration, autant de pistes de recherche que la recherche entend continuer d’explorer.
Les phénomènes migratoires ont longtemps été pensés, en France, dans le cadre national, en raison du rôle de l’État dans la construction de "l’étranger" et la mise en œuvre de politiques publiques. La place des pays d’origine et le jeu des échelles locales sont ensuite venus nuancer cette histoire "nationale" de l’immigration et ont mis en valeur des temporalités, des visibilités, des rythmes différents selon les espaces. Aujourd’hui, pour affiner l’analyse, il paraît important de replacer l’immigration dans des ensembles plus larges, des circulations plus complexes, et de la confronter à d’autres formes de migration : réseaux transnationaux, diasporas, retours et transits, espaces transfrontaliers, déplacements intérieurs.
D’abord centrée sur le "travailleur immigré célibataire", l’histoire de l’immigration a petit à petit élargi ses questionnements à d’autres catégories, comme les réfugiés, les femmes ou les étudiants. Elle a ainsi éclairé la complexité des identités sociales, et la nécessité de croiser l’expérience migratoire avec les distinctions de statuts, de genre, d’origine géographique ou d’appartenance socioprofessionnelle.
La Cité entend, dans le domaine scientifique, prolonger ces réflexions dans le champ de l’histoire sociale, et les nourrir des acquis de l’histoire culturelle. Cette dernière travaille sur les représentations collectives à l’œuvre dans une société, ou au sein d’un groupe donné. Elle offre donc aux migrations des outils d’analyse pertinents, tant l’expérience migratoire apparaît indissociable des représentations complexes qu’elle produit ou suscite.
L’histoire culturelle permet notamment de porter le regard, dans la longue durée, sur les pratiques et les objets culturels, sur les sensibilités, les émotions et les usages du corps, mais aussi sur l’ensemble des codes, croyances, symboles et systèmes de valeurs, saisis du côté des migrants ou de la société d’accueil.
Dans ce champ fait de partage et d’échanges, les notions de circulation et de transfert apparaissent essentielles pour comprendre les mécanismes d’influences réciproques à l’œuvre, et les transformations qu’ils portent dans la construction / reconstruction d’identités individuelles ou collectives.
Cette approche culturaliste reste solidement arrimée à l’histoire sociale et politique des migrations et propose de croiser leurs questionnements. À titre d’exemples : les conditions économiques et sociales de production, diffusion et réception des objets culturels ; la construction des catégories administratives et politiques, pensées à partir des normes et des valeurs collectives ; le poids du culturel dans la définition et la mise en œuvre des politiques publiques ; le rapport au passé, à travers les mémoires et les politiques symboliques.
Pour mener ce projet, la recherche a choisi de travailler en partenariat avec plusieurs établissements universitaires. Un pas décisif a été franchi en 2010 avec la création du Groupement d’intérêt scientifique "Histoire des migrations". Ce partenariat associe la Cité, l’École des Hautes Études en -Sciences Sociales (EHESS), l’Université de Paris 1 et l’Université d’Aix-Marseille 1.
Le GIS a pour mission d’encourager et soutenir les travaux scientifiques portant sur l’histoire sociale et culturelle des migrations, de favoriser les échanges entre chercheurs travaillant sur ces thématiques, d’inventorier des sources utiles à la conduite des travaux, de valoriser les résultats de la recherche et d’affirmer la place de la recherche française dans le paysage scientifique international. Le GIS entamera ses premiers travaux en 2011, après désignation officielle de ses instances à la fin de cette année.
Colloque du 22 au 24 novembre 2012, Cité nationale de l’histoire de l’immigration
Depuis une trentaine d’années, les mémoires sont devenues omniprésentes dans l’espace public, et un objet d’étude pour l’histoire et les sciences sociales. Dans cet ensemble, les migrants occupent une place singulière. En France, ils ont été acteurs de ces mobilisations mémorielles, sans toujours le faire au nom de leurs origines. Dans le champ scientifique, des études portant sur les mémoires des migrations ont déjà permis d’éclairer un groupe ou un événement, mais leur historicisation reste encore largement à définir et à explorer.
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Depuis trois ans, le cycle de conférences L’UniverCité fonctionne comme une université populaire ouverte à tous, avec deux ambitions : faire circuler la connaissance et installer le débat au coeur de la Cité, autour de thématiques qui questionnent à la fois le présent et le passé des migrations. Lieu de dialogue et d'un savoir en construction, L'UniverCité se veut résolument ouverte à toutes les disciplines scientifiques et au public le plus large.
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Ce colloque international se propose de poser les questions : "Qu'est-ce qu'un autre ? Qui est-il ? D'où vient-il ? Comment a-t-il été inventé ?" Croisant les disciplines, les sources et les archives, les chercheurs se déplaceront sur plusieurs sites à la rencontre de différents publics.
Conférence d’Éric Michaud, École des hautes études en sciences sociales
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Tous droits réservés. © Établissement public du Palais de la Porte Dorée, Cité nationale de l'histoire de l'immigration, 2013
