Good luck Algeria

Film de Farid Bentoumi (France/Belgique, 2016, 1h30mn)

Good luck Algeria

Samir, dit Sam, un ingénieur savoyard, a créé avec son copain d’enfance Franck, ancien champion de ski de fond, une fabrique artisanale de skis hauts de gamme.

Alors qu’ils connaissent des difficultés financières, le champion sudéois qui avait accepté de promouvoir leur marque lors des J.O. d’hiver les laisse tomber quelques mois avant l’échéance. Franck convainc alors Samir de tenter un pari fou : concourir lui-même aux jeux sous la bannière de l’Algérie, le pays de son père, car en dépit de ses 43 ans sonnés, s’il réussit à se qualifier en parcourant 50 km en moins d’une heure, il serait obligatoirement accepté, en tant que seul fondeur algérien du paysage sportif mondial. Bravant les résistances de son propre corps, les doutes de sa femme, enceinte de leur deuxième enfant, et l’angoisse de ses comptes dans le rouge, Samir découvre que son père est bouleversé de le voir ainsi renouer avec ses origines, fût-ce par opportunisme.

"L’histoire vraie" qui a inspiré à Farid Bentoumi son premier long métrage est celle de son frère, Noureddine Maurice Bentoumi, qui en 2006, à l’âge de 34 ans, et pas pour sauver sa petite entreprise, mais parce qu’il s’était découvert une passion pour la discipline, avait effectivement porté les couleurs de l’Algérie aux J.O. de Turin. Romancée sur le ton de la comédie, elle est aussi renforcée dans Good luck Algeria d’un voyage initiatique dans le village paternel qui permet à Samir de renouer avec une part de lui-même résolument mise de côté, en mesurant le chemin accompli par ses parents. Au-delà des ficelles parfois un peu attendues du comique ou de l’ode à l’amour, la grande qualité des interprètes, y compris de Bouchakor Chakor Djaltia, comédien débutant de 81 ans, évoque avec émotion, finesse et légèreté les enjeux complexes de l’exil, de la double culture et de l’appartenance. Des questions si lourdement et obsessionnellement ressassées par ailleurs qu’on remercie Farid Bentoumi d’avoir aussi joyeusement partagé un morceau de son héritage familial.

Irène Berelowitch