1914 : l'appel à l'Empire

La France fait appel aux “indigènes” de l’Empire en renfort de ses troupes sur les fronts européens. Les uns se battent aux côtés des poilus tandis que les autres travaillent dans les usines de guerre.

Les tirailleurs sénégalais défilent dans Paris en 1913. © Eric Deroo

Les tirailleurs sénégalais défilent dans Paris en 1913. © Eric Deroo

Une Babel militaire

Guerre 1914-1918. Soldats nord-africains (Nord de la France)

Guerre 1914-1918. Soldats nord-africains (Nord de la France) © Roger-Viollet

La Grande Guerre voit l’arrivée sur le sol de France de troupes étrangères et coloniales en provenance du monde entier. L’expérience marque incontestablement l’inconscient collectif national.

Guerre 1914-1918. Tirailleurs sénégalais montant au front © Roger-Viollet

Guerre 1914-1918. Tirailleurs sénégalais montant au front © Roger-Viollet

C’est l’ensemble des colonies françaises qui est appelé à la rescousse, et les métropolitains peuvent mesurer concrètement l’étendue de leur Empire en voyant débarquer les soldats coloniaux : tirailleurs dits “sénégalais” (qui viennent en fait de toute l’Afrique occidentale française) ; spahis algériens ; tabors marocains ; tirailleurs Annamites ou tonkinois ; Malgaches ; Tunisiens...

Les faits d’armes des soldats coloniaux les rendent bien entendu très populaires en métropole : aux côtés des poilus, les tirailleurs et les spahis occupent une place de choix au panthéon de la “der des der”. Les Français sont d’autant plus fiers de voir l’Empire répondre à l’appel de la “mère patrie” qu’ils ne savent rien des méthodes employées pour mobiliser de force des soldats et des ouvriers dans les colonies.

Guerre 1914-1918. Tirailleurs annamites dans une tranchée. © Roger-Viollet

Guerre 1914-1918. Tirailleurs annamites dans une tranchée. © Roger-Viollet

Deux tiralleurs marocains. @ Eric Deroo

Deux tiralleurs marocains. @ Eric Deroo

L’appel de la “mère patrie”

Les révoltes dans le Sud-Constantinois ou dans l’Ouest-Volta ne font que freiner ou reporter les campagnes de recrutement. En Afrique occidentale française (AOF), par exemple, en 1917 le gouverneur demande instamment à Paris d’ordonner l’arrêt des recrutements. Mais en 1918 ceux-ci reprennent, certes sans coercition, sous la houlette du député du Sénégal Blaise Diagne (premier Africain à siéger au Palais-Bourbon en 1914), qui lors d’une tournée de six mois en AOF commanditée par Clemenceau parvient à convaincre 63 000 Africains, essentiellement parmi les élites occidentalisées des villes, de s’engager volontairement au secours de la “nation civilisatrice”.

Mais pour obtenir l’enrôlement enthousiaste de ceux que l’on appelait alors les “évolués”, Blaise Diagne promet que tous les Africains accèderont à la citoyenneté pleine et entière à l’issue du conflit, en récompense de leur participation à la “guerre du droit”. Une promesse qui sera lourde de conséquences quand la paix sera revenue.

Détachement de la Légion Etrangère se rendant au front. 1914. © Roger-Viollet

Guerre 1914-1918. Détachement de la Légion Etrangère se rendant au front. 1914. © Roger-Viollet

Manque de bras

Guerre 1914-1918. Ouvriers chinois. © Roger-Viollet

Guerre 1914-1918. Ouvriers chinois transportant des caisses de munition venues des États-unis dans une gare française. © Roger-Viollet

Dans le civil également on fait appel aux étrangers et aux coloniaux. Aux côtés des femmes françaises, des Indochinois, des Maghrébins, des Malgaches sont appelés pour faire tourner l’industrie de guerre tandis que les hommes sont au front. Mais les coloniaux ne suffisent pas à pallier le manque de bras, et l’État organise des campagnes de recrutement dans des pays étrangers, neutres ou alliés.

Environ 225 000 Européens : Espagnols, Italiens, Portugais, Grecs, Bulgares..., sont appelés dans les usines et les champs de France. Enfin, 37 000 Chinois sont amenés en France par des compagnies concessionnaires. En comptant les travailleurs amenés avec les troupes britanniques basées dans le Nord de la France, c’est un contingent de 140 000 chinois qui est transplanté en Europe durant la guerre.

La première vague d’immigration ouvrière

Entre les recrutements de travailleurs et les arrivées spontanées de migrants, la guerre et ses besoins urgents de main-d’œuvre provoque également la première vague d’immigration ouvrière en provenance des colonies. Parmi les Indochinois, les Malgaches et les Maghrébins recrutés et amenés collectivement en France, beaucoup ne retourneront pas chez eux après l’armistice. Par ailleurs, il faut signaler la venue spontanée, légale ou non, de migrants algériens, essentiellement des Kabyles qui s’installent dans les villes du Sud de la France.

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