L’élargissement de l’Europe provoque-il de nouveaux flux migratoires ?

Pont de l'Europe à Strasbourg, 2007 © Richard Prost

Le 1er mai 2004, dix nouveaux pays sont entrés dans l’Union européenne, dont huit pays de l’Europe centrale et orientale (PECO), ainsi que Chypre et Malte. Pendant la période de transition entre la chute du mur de Berlin et leur entrée dans l’Union européenne, diverses formes de migrations se sont produites d’Est en Ouest.

Les différentes types de migrations qui se mettent en place

Des migrations pendulaires – d’allers-retours – se sont développées tout d’abord sous la forme de migration de voisinage. La Pologne et la Roumanie sont les deux plus grands réservoirs de migrants vers l’Europe occidentale. Beaucoup de ces migrants se sont dirigés vers l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche, dans les secteurs de l’agriculture et du bâtiment au prix d’une forte déqualification.

Par ailleurs, une émigration « ethnique » s’est profilée après le dégel des pays communistes qui a provoqué un désenchevêtrement des nationalités en Russie et dans les PECO. Certains sont revenus s’installer dans ce qu’ils considéraient être leur mère patrie. Ainsi, 2 millions d’émigrés d’origine allemande (les Aussiedler) ont quitté la Russie, les pays Baltes, pour s’installer en Allemagne et acquérir le droit de la nationalité alors fondé sur le droit du sang. 500 000 Turcs de Bulgarie sont repartis en Turquie, quelques dizaines de milliers de personnes de Carélie ont rejoint la Finlande, quelques milliers de Grecs du Pont-Euxin se sont installés en Grèce ; à cela s’ajoute le retour de Hongrois de Roumanie en Hongrie.

Une autre migration provient de la nouvelle mobilité des Roms, évalués à 11 millions en Europe. Beaucoup d’entre eux font des allers-retours d’Est en Ouest depuis qu’ils ont acquis la liberté de circulation comme en Roumanie et en Bulgarie en 2000.

Une migration de cerveaux et de personnes qualifiées provient notamment de Bulgarie, de Pologne et de Roumanie.

La réaction des États

En 2004, le Royaume-Uni et l’Irlande ont décidé d’ouvrir leurs frontières à ces nouveaux européens qui bénéficient de la liberté de travail et d’installation. 300 000 Polonais ont été recrutés en Irlande. D’autres pays européens ont accordé soit des permis temporaires, soit des autorisations de travail, au titre des accords bilatéraux (Ukrainiens en Italie, Espagne et Portugal, Albanais en Italie et en Grèce, Polonais en Allemagne).

En 2011, les ressortissants des PECO auront le plein accès à la liberté de circulation, d’installation et de travail, Malte et Chypre l’ayant déjà acquise depuis 2004. La France se situe en arrière ligne face à ces nouveaux flux migratoires derrière les pôles attractifs que sont l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Espagne.

Sources : Catherine Wihtol de Wenden, Atlas des migrations dans le monde, réfugiés ou migrants volontaires, Collection Atlas/Monde, éditions Autrement, 2005, p. 18-27.