"Fatima ou les Algériennes au square" et "L’arabe comme un chant secret" de Leïla Sebbar

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Voici deux rééditions d’ouvrages de Leïla Sebbar qui offrent un éclairage significatif sur son œuvre. La première a valeur historique, la seconde biographique.

Lorsque Fatima ou les Algériennes au square paraît en 1981, c’est une des premières fois que des personnages d’immigrées analphabètes maghrébines deviennent héroïnes de la littérature française.
Au cœur de ce roman, réédité dans l’élégante collection Elyzad poche, des destins de femmes. Celui de Dalila d’abord, jeune fille rebelle et déterminée qui à cause d’un père violent va devoir faire l’apprentissage de la liberté, et celui de mères maghrébines, dont fait partie la mère de Dalila, qui se retrouvent chaque jour au square pour évoquer leurs vies et leurs difficultés. « Elles apprivoisent le pays étranger de l’exil involontaire pour leurs enfants, pour qu’ils ne soient pas des étrangers dans le pays d’accueil, et qu’ils n’oublient pas les ancêtres musulmans » explique l’auteure dans sa préface.
Trente ans après la sortie de ce roman, les problématiques semblent être les mêmes : questionnements identitaires, violence des rapports filles-garçons, trafics, etc. Et bien sûr racisme : « ces Arabes, ils font des gosses, ils les surveillent pas, ils s’en occupent pas. (…) C’est de la vermine, c’est comme les rats, y’en a un y’en a dix ».

Quant aux neuf textes regroupés dans L’arabe comme un chant secret, dont certains datent de 1970, ils témoignent d’une thématique centrale chez Leïla Sebbar : son rapport à la langue arabe, langue de son père qu’elle ne parle pas. C’est d’ailleurs dans la dialectique langue arabe/langue française que se trouve une des clés de l’œuvre de l’auteure : « J’écris. Des livres. J’écris la violence du silence imposé, de l’exil, de la division, j’écris la terre de mon père colonisée, maltraitée (aujourd’hui encore), déportée sauvagement, je l’écris dans la langue de ma mère. C’est ainsi que je peux vivre, dans la fiction, fille de mon père et de ma mère. Je trace mes routes algériennes dans la France ».
Ce recueil, un des ouvrages les plus touchants de Leïla Sebbar, permet non seulement d’entrevoir les blessures : « je sais aujourd’hui que l’exil se transmet, que je suis en exil de moi-même », mais aussi d’éclairer une production : « le silence de sa langue, [le] silence [de mon père] dans sa langue ont provoqué après une longue amnésie la profusion de mots dans l’autre langue, obsessionnelle jusqu’à la folie » et de comprendre un parcours où intimité et littérature se mêlent étroitement : « c’est avec ce manque irréparable que j’écris » confie l’auteur.

Maya Larguet

Leïla Sebbar, Fatima ou les Algériennes au square, éditions elyzad, coll. Poche, Tunis, 2010, 256 pages, 1ère édition : Stock, 1981.

Leïla Sebbar, L'arabe comme un chant secret, édition Bleu autour, Saint-Pourçain-sur-Sioule, France, 2010, 78 pages

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