Émigrer

La France devient au XIXe siècle un pays d’immigration. Les routes qui conduisent vers l’hexagone sont multiples. Mais, au-delà de ce qui les sépare, celles et ceux qui sont venus en France depuis le XIXe siècle ont traversé des épreuves similaires et vécu des expériences décisives.

  • Retirada, 15 février 1939. Cerbère, frontière franco-espagnole arrivée d’un convoi de réfugiés espagnols © Bettmann-Corbis

  • Passage d’immigrés portugais clandestins dans les Pyrénées en mars 1965 © Gerald Bloncourt / Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

  • Vietnam mai 1988. A bord du "Mary" 400 boat-people secourus par Médecins du monde © Patrick Bar/Eyedea/Gamma

  • Transcription d’un billet de passeur italien daté 1893 © Collection particulière

Émigrer : du XIXe siècle à 1914

Au XIXe siècle, la France devient un pays d’immigration. L’évolution se fait par à-coups. À partir de 1830, se produit un premier décollage avec l’arrivée d’exilés politiques européens (Polonais, Italiens, Espagnols, Allemands). Puis une nouvelle phase s’amorce liée aux besoins de l’économie. Pour la première fois, en 1851, le recensement général de la population compte le nombre d’étrangers. Le cap du million est franchi en 1881. Les immigrés venus des pays voisins de la France dominent très largement : Belges, Anglais, Allemands, Suisses, Italiens, Espagnols. Sans en exclure d’autres, issus de l’Empire russe y compris de sa partie polonaise (juifs persécutés, opposants politiques, savants, artistes).
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Émigrer : de 1914 à 1944

L’État intervient désormais dans un domaine jusqu’ici réservé aux entreprises privées : le recrutement de la main-d’œuvre étrangère. Il signe des conventions ratifiées avec les gouvernements des pays concernés (Pologne, Italie, Tchécoslovaquie). La France devient aussi la principale terre d’accueil d’exilés politiques. Qu’ils soient Arméniens ayant échappé au génocide turc, Italiens antifascistes, Russes chassés par le bolchevisme, Allemands antinazis ou Espagnols rejetant le franquisme, beaucoup trouvent refuge dans l’Hexagone. En 1931, la présence étrangère, avec près de trois millions de personnes recensées, constitue 7% de la population totale, une proportion jamais dépassée depuis. De 1940 à 1944, pour la première fois depuis plus de cent ans, l’Occupation a pour corollaire un quasi-arrêt de toute immigration.
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Émigrer : de 1945 à 1975

En 1946, le recensement fait état d’une diminution sensible de la présence étrangère (retours aux pays et naturalisation). Un nouveau cycle d’arrivées s’amorce, stimulé par les besoins en main-d’œuvre des Trente Glorieuses de l’économie française. Dans le contexte de la Guerre Froide, des réfugiés trouvent asile en France venant soit de pays communistes, soit d’États à dictature militaire. Ces nouveaux émigrants entrent en France dans les conditions les plus diverses, les uns recrutés légalement, les autres clandestins. Cas à part, les Algériens bénéficient longtemps de la libre circulation. De 1,7 million d’étrangers en 1946, on atteint le double, 3,4 millions, en 1975.
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Émigrer : de 1975 à nos jours

À partir du milieu des années 1970, les flux migratoires se réduisent considérablement. Seuls les étrangers concernés par le regroupement familial et les demandeurs d’asile ayant obtenu le statut de réfugié sont autorisés à s’installer en France. La transformation du marché du travail et la persistance d’un chômage structurel de longue durée rendent peu plausible un nouveau recours à l’immigration de masse. Néanmoins, le vieillissement de la population et les besoins en main-d’œuvre dans certains secteurs particulièrement déficients, tels le bâtiment, les travaux publics ou l’hôtellerie, incitent les pouvoirs publics et les entreprises à se tourner vers les travailleurs étrangers, au-delà des pays frontaliers. En 2001, l’Europe accueille 1,2 million d’immigrants. C’est plus que les États-Unis et le Canada réunis.
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Nombre d’étrangers recensés en France de 1851 à 1999 :
• 1851 : 378 560 étrangers
• 1872 : 723 500 étrangers
• 1881 : 1 001 000 étrangers
• 1901 : 1 034 000 étrangers
• 1911 : 1 159 830 étrangers
• 1921 : 1 532 000 étrangers
• 1926 : 2 409 000 étrangers
• 1931 : 2 715 000 étrangers
• 1946 : 1 743 620 étrangers
• 1954 : 1 765 300 étrangers
• 1962 : 2 169 670 étrangers
• 1968 : 2 621 090 étrangers
• 1975 : 3 442 420 étrangers
• 1982 : 3 714 200 étrangers
• 1990 : 3 596 600 étrangers
• 1999 : 3 258 540 étrangers