Face à l'État

Au milieu du XIXe siècle, l’entrée et le séjour des étrangers restent libres. Mais le rôle de l’Etat va progressivement se développer. Dès la Première Guerre mondiale le contrôle se renforce, le recrutement s’organise. La Libération marque le début d’une véritable politique publique de l’immigration. Trait d’union tout au long du siècle, en période de crise l’Etat durcit son attitude. Mais face aux urgences économiques, il peut aussi laisser faire et s’en remettre à l’initiative privée.

  • Paris 1851, les étrangers résidant dans la ville font la queue devant la Préfecture de Paris (actuel quai des Orfèvres) pour se faire délivrer des permis de résidence instaurés en septembre 1851. Lithographie parue dans L'Illustration le 27 septembre 1851 © Eyedea/Keystone

  • Paris, gare d'Austerlitz, mai 1941. Départ de juifs pour le camp d'internement de la région d'Orléans (Loiret), sous la conduite de gendarmes français. A droite, soldat allemand © LAPI/Roger Viollet

  • Après la manifestation du 17 octobre 1961, des Algériens sont renvoyés de l’autre côté de la Méditerranée © Keystone

  • Seine Saint Denis. Bobigny 1981. Procédure de régularisation exceptionnelle d'immigrants illégaux organisée par la sous-préfecture de Bobigny © Patrick Zachmann - Magnum Photos / Collection Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

  • Paris 1938, travailleurs immigrés devant le ministère du Travail © Roger-Viollet

Entrée libre, séjour contrôlé 1830-1914

Tout au long du XIXe siècle, le développement des États-nations et l’installation de la République conduisent à distinguer juridiquement Français et étrangers. Petit à petit, le contrôle des étrangers se met en place sur le territoire. Mais l’entrée reste libre.
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L'État recruteur 1914-1931

Les bouleversements de la Première Guerre mondiale

Avec le déclenchement du premier conflit mondial, le rôle de l’État se transforme. Il faut recruter des soldats pour le front, des bras pour l’industrie et l’agriculture. Une nouvelle administration se met en place. Le contrôle des étrangers se renforce.

Les années 1920

Dans une France à reconstruire, démographiquement affaiblie, l’immigration s’avère plus que jamais nécessaire. L’État prend en charge le recrutement collectif avant de la partager avec le secteur privé. Les entrées passent aussi par des filières individuelles et clandestines, les pouvoirs publics régularisant après-coup. En revanche, l’État continue à assurer seul la surveillance des étrangers. Dans le même temps, arrivent des exilés et des réfugiés : certains bénéficient d’un statut adopté par la Société des Nations (SDN), ancêtre de l’ONU.
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Fermeture et répression : 1931-1944

Les années 1930

La crise économique entraîne un raidissement xénophobe. Les pouvoirs publics s’en prennent aux étrangers, accusés d’être responsables du chômage et des désordres politiques. Rapatriements, refoulements et expulsions se multiplient. Passé le court apaisement du Front Populaire, la répression s’accentue. Le contrôle devient surveillance policière ; les réfugiés politiques sont considérés comme des suspects ; les premiers camps ouvrent à la veille de la guerre.

La guerre 1939-1940

Lors de la déclaration de guerre, certains étrangers “ressortissants ennemis” sont internés, sans souci de leurs engagements. Des antifascistes et des antinazis prennent le chemin des camps. D’autres, naturalisés ou mobilisés dans des bataillons étrangers, participent à la défense de la France. En vertu du décret-loi du 12 avril 1939, les réfugiés bénéficiaires du droit d’asile sont soumis aux mêmes obligations que les Français.

Vichy, l'occupant et les étrangers

Le gouvernement de Vichy pousse la logique xénophobe à son comble. Les étrangers “en surnombre dans l’économie nationale” sont rassemblés dans des Groupements de Travailleurs Étrangers (GTE), notamment les réfugiés espagnols. Certains internés sont livrés aux autorités nazies. Le statut des juifs de 1940 et 1941 vise Français et étrangers, mais ces derniers font l’objet de mesures spécifiques qui renforcent leur exclusion. En zone occupée, les rafles commencent en mai 1941 et touchent d’abord les juifs étrangers. À partir de 1942, avec la mise en œuvre de la Solution finale, la répression frappe massivement l’ensemble des juifs vivant en France, mais les étrangers paieront le prix le plus fort.
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Contrôler ou laisser passer ? 1945-1974

Reconstructions

Après la Libération, l’immigration redevient nécessaire. Mais les pouvoirs publics veulent, cette fois, être les seuls à l’encadrer à travers le nouvel Office National de l’Immigration (ONI). Cette politique va tourner court. Les procédures trop rigides encouragent les entrées illégales. Par ailleurs, les travailleurs “Français musulmans d’Algérie” bénéficient de la libre circulation, en dehors du contrôle de l’ONI.

1955-1974 : les "Vingt Glorieuses" de l’immigration

Les besoins de la croissance qui s’accélère, la guerre d’Algérie et la mobilisation du contingent, rendent plus que jamais nécessaire le recours à la main-d’œuvre étrangère. Dans l’urgence, la loi du marché l’emporte et le recrutement échappe à l’État. En 1968, seules 18% des entrées passent par l’ONI. Les autres sont régularisées a posteriori.
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Entre “maîtrise” et intégration : depuis 1974

Crise, rapatriements et “immigration zéro”

Avec la crise économique mondiale qui frappe la France à partir de 1974, les pouvoirs publics en reviennent à une politique de fermeture : réduction des flux migratoires et encouragements aux retours.

Réduire les flux, favoriser l’intégration

À partir de 1981, les ordonnances de 1945 subissent de très nombreuses modifications. La “question immigrée” s’installe au cœur du débat politique. Les dispositifs varient d’un gouvernement à l’autre mais, depuis 1984, le consensus se fait autour de deux objectifs : réduire les flux par un strict contrôle des entrées, intégrer les immigrés déjà installés.
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