Lieux de vie

D’un siècle à l’autre, les lieux de vie des immigrés sont marqués par des conditions précaires et une tendance au regroupement communautaire. Après 1945, l’intervention massive de l’État change en partie la donne. Les politiques publiques améliorent progressivement le logement des immigrés et leur permettent d’accéder au confort, sans parvenir à éviter la naissance de nouveaux lieux d’exclusion.

  • Carte postale du foyer de l’Avenue du Parc d’Argenteuil, série produite par la Sonacotra dans les années 1970 © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

  • La ZAC de La Noé, implantée sur le site du village de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) et achevée en 1973 © DAF / Cité de l’architecture et du patrimoine / Archives d’architecture du XXe siècle / Fond Emile Aillaud

  • Hôtel de Jérusalem et de Palestine, Marseille, début du XXe siècle © Musée des photographies documentaires de Provence/Bibliothèque Municipale de l’Alcazar Marseille

  • Baraquements ouvriers en bois de la Cité Bogros à Messeix-les-Mines (près de Clermont-Ferrand) à la fin des années 1920. Avec l’arrivée massive de travailleurs polonais dans la décennie suivante, ils seront remplacés par des habitations en briques © Archives municipales Meisseix-les-Mines

D'un siècle à l'autre

Meublés, garnis, quartier populaires

Meublés et garnis

Depuis le XIXe siècle, les migrants qui abordent la ville sont voués à l’extrême précarité des premiers lieux d’accueil, hôtels meublés ou garnis. Locataires à la journée ou au mois, ils sont à la merci de ceux que l’on appelle, après 1945, les « marchands de sommeil ». Certains parmi les immigrés trouvent là une source lucrative de revenus. La frontière est mince entre aide et exploitation.

Quartiers immigrés, quartiers populaires

Quelques rues suffisent pour créer une ambiance étrangère et susciter l’inquiétude du voisinage. Les enclaves immigrées ne sont pourtant pas des ghettos. Ces coins de ville, animés par des petits groupes aux origines multiples, contribuent depuis longtemps à la diversité des quartiers populaires où les Français sont restés majoritaires.

Monde rural, asile et transit

Monde rural

Beaucoup d’immigrés travaillent hors de la ville ou de l’usine. Forestiers, charbonniers, ouvriers agricoles sont souvent logés dans des locaux qui ne sont pas prévus à cet effet (granges, étables, cabanes). Beaucoup sont saisonniers, mais certains s’installent comme exploitants, métayers ou propriétaires, dans de vieilles maisons rurales.

Asile et transit

La Première Guerre mondiale marque le début des camps. Après les deux guerres, la plupart d’entre eux servent à abriter provisoirement sinistrés et réfugiés. Prévus pour une durée limitée, les baraquements se maintiennent pendant plusieurs décennies et voient se succéder de nombreuses vagues d’exilés en transit. On y loge aussi les rapatriés de la décolonisation (ainsi les harkis). Les demandeurs d’asile, très nombreux depuis 1975, font à leur tour l’expérience de l’habitat de transit.
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Entre-deux-guerres

La "zone"

La crise du logement relègue sur les marges de l’espace construit les couches les plus pauvres de la population des villes françaises. Dans l’entre-deux-guerres, les migrants venus d’Europe et déjà d’Algérie y sont de plus en plus nombreux. La « zone », qui entoure Paris sur le tracé des anciennes fortifications, donne son nom à ces paysages de baraques réalisées avec des matériaux de fortune, de bus ou wagons reconvertis. Ils préfigurent les futurs bidonvilles.

Construire sa maison

Après quelques années, des étrangers cherchent à s’installer avec leur famille. Comme beaucoup d’ouvriers français qui ne trouvent pas à se loger, ils construisent eux-mêmes leur maison, en banlieue, sur des terrains bon marché. Certaines nationalités, comme les Italiens, utilisent leur savoir-faire dans le bâtiment. Mais les conditions de vie des lotissements mal viabilisés restent longtemps sommaires.

Logement patronal

L’essentiel de l’hébergement ouvrier est alors assuré par le patronat (33 500 logements ouvriers contre 6 000 logements HBM en 1929). Certains travailleurs étrangers et leur famille sont ainsi installés dans des cités ouvrières, de la mine ou de la sidérurgie, dans des conditions de confort plutôt élevées pour l’époque. Parfois ce sont de simples baraquements. Après 1945, avec le début des politiques publiques, l’effort patronal en matière de logement fléchit.
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Trente Glorieuses

Après la guerre, la nouveauté est l’intervention massive de l’État pour résoudre la crise du logement. Des grands ensembles modernes surgissent dans les banlieues. Les immigrés, qui les construisent, n’y ont pas accès. Comme par le passé, ils s’entassent dans des meublés sordides, mais surtout dans des bidonvilles où des milliers de travailleurs, algériens, portugais ou autres, vivent avec leur famille. Pour les résorber, une politique s’engage dès la guerre d’Algérie. Elle s’achève au milieu des années 1970.
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Depuis les années 1970

Le temps des cités

À partir des années 1970, les immigrés font massivement leur entrée dans les grands ensembles au moment où les Français accèdent à d’autres formes de logement (pavillons ou immeubles résidentiels proches des centres-villes). Dans le contexte économique difficile de la fin du XXème siècle, beaucoup de cités se dégradent, comme celle de La Noé à Chanteloup-les-Vignes. Les politiques de réhabilitation successives parviennent difficilement à enrayer le processus.

Chez soi !

Peu à peu, on s’enracine. Pour beaucoup de leurs habitants, le quartier ou la cité sont des lieux familiers, animés par la diversité des générations et des origines. Chacun à sa façon, aménage son appartement, entre confort d’ici et souvenirs d’ailleurs, et y accueille parents et voisins. L’accès à la propriété et à l’habitat individuel progresse, plus lentement que pour le reste de la population encore que de façon variable selon les nationalités. En 2002, 35% des ménages immigrés, 55% de ménages mixtes et 57% des non-immigrés sont propriétaires de leur logement.
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