Terre d'accueil, France hostile

La figure de l’étranger inassimilable accompagne chaque vague migratoire. Des Italiens, de la fin du XIXe siècle, aux migrants africains d’aujourd’hui, les stéréotypes ne changent guère. Les immigrés seraient trop nombreux, porteurs de maladie, délinquants potentiels, étrangers au corps de la Nation. Cette xénophobie, récurrente en temps de crise, va souvent de pair avec l’antisémitisme et se nourrit de racisme. En face, à chaque époque, des Français ont su lui opposer fraternité et solidarité.

  • Manifestation xénophobe d’étudiants parisiens devant la faculté de médecine, 1er février 1935 © Roger-Viollet

  • L'Enragé, 8 juillet 1968 © Musée National de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI.

  • Affiche éditée par le Front national, années 1980 © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine - MHC

  • La physiologie du tailleur, gravure de Charles Philipon © Cliché Bibliothèque nationale de France, Département des estampes/Charles Philipon

  • La France juive par Edouard DRUMONT (1844-1917). 1er fascicule de l'édition de 1892 (1ere édition de 1886) © Collection Jonas / KHARBINE-TAPABOR

  • Exposition des Alliés, affiche © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine - MHC

Professionnels et réfugiés : un accueil plutôt bienveillant (1830-1880)

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le problème des étrangers existe peu. Leur définition juridique reste hésitante, les représentations sont associées aux voyages ou au commerce, rarement à la condition ouvrière. En dépit des premières lois qui contrôlent le séjour, les autorités se réjouissent plutôt de leur bonne conduite et l’opinion publique réserve un accueil bienveillant aux réfugiés et aux professionnels qui s’installent en France.
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L'étranger, envers du national (1880-1914)

À la fin du XIXe siècle, l’enracinement de la République et le développement du sentiment national alimentent le rejet des étrangers, Belges au Nord, Italiens au Sud. Les rixes ouvrières se transforment en violences xénophobes, attisées par la crise économique et le renforcement des nationalismes en Europe. Les stéréotypes se figent, relayés par les élites républicaines et une presse en plein essor. Dans le même temps, un racisme « savant » se développe. Il s’en prend aux juifs français ou étrangers et aux populations colonisées de l’Empire au nom de prétendus arguments biologiques.
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L'immigration nécessaire, les étrangers tolérés (1914-1931)

La Première Guerre mondiale et l'ouverture au monde

De 1914 à 1918, la découverte des soldats de l’Empire et des armées alliées élargit l’imaginaire des Français. Mais les stéréotypes restent tenaces, comme en témoigne l’image ambiguë du tirailleur véhiculée par la propagande, qui mêle le courage et la loyauté, l’infantilisme et la cruauté.

Face au grand afflux des années 1920

Après la guerre, l’immigration devient plus que jamais nécessaire. Pourtant, cette urgence ne crée pas la fraternité, même si la gauche essaie de rester fidèle à l’internationalisme. Dans l’opinion, l’indifférence domine et au moindre signe de crise, la xénophobie affleure. On dénonce les étrangers pour ce qu’ils font : délinquance, concurrence au travail, engagements politiques, religion pour certains. On les rejette aussi pour ce qu’ils sont : trop nombreux et menaçants pour l’identité du pays. Mais tous ne sont pas traités de la même manière. Une hiérarchie des peuples s’établit, qui place les migrants coloniaux au plus bas dans l’opinion.
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Le temps des indésirables (1931-1944)

Avec la crise mondiale, qui touche la France en 1931, la xénophobie se durcit. Les thématiques d'extrême droite se généralisent, dans une véritable clameur nationaliste. La crise est d'abord économique. Commerçants, artisans et professions libérales accusent les étrangers de concurrence déloyale et mènent une campagne virulente pour obtenir la protection de la loi.
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L'immigré, figure sociale de la modernisation (1945-1974)

Pendant les Trente Glorieuses, l’immigré émerge comme une nouvelle figure sociale, homme à tout faire de la croissance. Un travailleur qui est censé repartir. L’écart se creuse avec la classe ouvrière française qui accède au confort de masse. Dans l’opinion, l’indifférence l’emporte à nouveau. L’immigré doit se montrer utile, mais demeurer invisible. La décolonisation pèse aussi sur les représentations. La guerre d’Algérie a laissé des traces ; l’Algérien apparaît comme une figure négative de l’immigré, méprisé et suspecté. Une minorité de Français choisit la solidarité, révoltée par les conditions faites aux étrangers et le retour des violences racistes au début des années 1970.
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La mosaïque France à l'épreuve de la crise (depuis 1974)

La crise a changé le visage de l’immigration. La venue de travailleurs est suspendue ; le regroupement familial reprend. La génération des enfants devenus français émerge au début des années 1980. Stigmatisés pour leurs origines, on les dénonce comme une nouvelle « classe dangereuse » au lendemain des violences urbaines qui secouent sporadiquement les banlieues. Le paysage politique se transforme. À l’extrême droite, le Front national prospère sur les peurs de l’opinion et la détresse des victimes de la crise. À gauche, l’anti-racisme mobilise la jeunesse en utilisant de nouvelles formes d’expression : marches pour l’égalité, SOS racisme, etc.
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