Aigues-Mortes. Gravure publiée dans Le Monde illustré, 2 novembre 1893

"Aigues-Mortes. La porte de la reine : collision entre les ouvriers français et italiens". Gravure publiée dans Le Monde illustré, 2 novembre 1893 © Collection Kharbine-Tapabor

Le 17 août 1893, dans les salines d’Aigues-Mortes, une échauffourée oppose ouvriers français et italiens. Très vite, les violences gagnent la ville ; la population mène la chasse aux transalpins, parfois drapeau tricolore en main. On relèvera officiellement des dizaines de morts et de blessés.

"C’est à Aigues-Mortes que le 17 août 1893 a eu lieu le plus grand « pogrom » (au sens du dictionnaire : « émeute accompagnée de pillages et de meurtres, dirigée contre une communauté particulière»), de toute l’histoire contemporaine de la France.
Ce jour-là, les ouvriers italiens travaillant dans les salins ont été littéralement massacrés par la population locale. Bilan : 9 morts et une cinquantaine de blessés, selon les autorités français. 9 morts, 17 disparus et une centaine de blessés selon les autorités italiennes. Cet événement a marqué le paroxysme des violences anti-italiennes perpétrées en France au cours des années 1880-1890. Il a été à la une de l’actualité pendant plusieurs semaines, non seulement en raison de la sauvagerie de ce massacre collectif, mais aussi parce que les partis et les journaux transalpins s’en sont emparés pour alimenter une violente campagne contre la France, à une époque où l’Italie était l’alliée militaire de l’Allemagne.
L’affaire d’Aigues-Mortes a été à nouveau au cœur de l’actualité à la fin du mois de décembre 1893, au moment du procès. Alors que la culpabilité des 16 inculpés français avait été clairement établie par la justice, le jury populaire de la Cour d’assises d’Angoulême, cédant aux pressions nationalistes, a prononcé un acquittement général. Ce verdict, l’un des plus grands scandales judiciaires de l’histoire contemporaine française, sera accueilli avec consternation par le gouvernement républicain et relancera l’agitation anti-française en Italie
."

Gérard Noiriel, extrait de De l’Aube jusqu’à l’Aurore, Aigues-Mortes, 17 août 1893

1893

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