Familles nord-africaines en "bidonvilles"

Cahiers Nord-Africains, n°89, avril-mai 1962

Couverture du numéro 89 des Cahiers Nord-Africains (avril-mai 1962) © Cité nationale de l'histoire de l'immigration

 

À partir du milieu des années 1950, les bidonvilles algériens, bien qu’ils concernent moins de 10% de la population algérienne en métropole, sont une préoccupation croissante pour les pouvoirs publics, en particulier ceux de Nanterre, les plus importants. Ces regroupements de "Français musulmans d’Algérie" inquiètent la préfecture de Police qui y voit des bastions nationalistes, en partie à raison. De plus, ces amas de baraques de bois et de parpaings, dépourvus d’eau et l’électricité constituent un démenti flagrant au discours sur l’égalité des droits des FMA, dans un contexte où il s’agit de les convaincre de leur intérêt à rester dans l’empire français. Les Cahiers Nord-africains, créés dans l’objectif d’être un lieu de réflexion sur l’action sociale envers les FMA, s’intéressent donc naturellement aux bidonvilles.

La description et l’étude du bidonville du Petit-Nanterre, a été confiée à Jean-Paul Imhoff, qui fait partie, comme c’est souvent le cas pour les auteurs des Cahiers Nord-Africains, d’une association d’aide aux FMA, le groupe d’études et d’action pour les Nord-africains de la région parisienne (GEANARP).

L’association est née de la volonté d’un groupe de jeunes de la Maison des jeunes et de la culture de Courbevoie de s’impliquer dans l’action sociale envers les Algériens. Le membre pivot de l’équipe est Claude Huet, 25 ans environ, issu d’un milieu ouvrier, objecteur de conscience et qui a déjà travaillé avec l’abbé Pierre. Jean-Paul Imhoff, également courbevoisien est étudiant à Sciences-Po et on peut penser que c’est en raison de son capital culturel qu’il est chargé de la rédaction de l’étude. Ce document est en fait le résumé d’une étude menée par l’association pour le compte de la préfecture de la Seine.

Plan du bidonville de Nanterre

Situation des bidonvilles de Nanterre, in "Familles nord-africaines en "bidonvilles"", Cahiers Nord-Africains, n°89, avril-mai 1962

Afin de financer leurs activités, principalement dirigées vers les enfants des bidonvilles, les membres de GEANARP ont en effet proposé à la préfecture de la Seine d’effectuer le recensement des bidonvilles du Petit-Nanterre et la préparation des relogements, dans le cadre du plan de résorption en cours. Ce document a ainsi l’intérêt de montrer que malgré les efforts déployés par la préfecture de police pour contrôler et surveiller la population des bidonvilles, avec notamment l’implantation d’un bureau du SAT-FMA en face du bidonville du Petit-Nanterre en 1959, il a paru plus pertinent à la préfecture de la Seine de confier le recensement à une association. L’ambigüité de leur rôle, dans un contexte où action sociale et renseignement sont étroitement mêlés, ne semble d’ailleurs pas effleurer les jeunes gens, qui s’étonnent de la méfiance des Algériens à leur égard.

C’est dans ce cadre institutionnel que le GEANARP mène une "enquête sociologique" qui décrit pour la première fois précisément le peuplement des bidonvilles et son organisation, mais repose sur un certain nombre de préjugés culturalistes. L’auteur cherche en effet à mettre en avant un certain nombre de problèmes jugés propres aux familles algériennes, avec l’objectif à terme de faire participer l’association à la "socio-éducation" des familles relogées en cité de transit.

Muriel Cohen 

Collection de la médiathèque

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