Frantisèk Stursa

"Avec mes parents, quelque chose de tchécoslovaque est passé à Sainte Menehould. Ils ont adopté un pays comme si c’était le leur." Edith, fille de Frantisèk Stursa

Frantisèk Stursa et Angèle Volman

Frantisèk Stursa et Angèle Volman © Musée nationale de l'histoire et des cultures de l'immigration

Passeport de Frantisèk Stursa

Passeport de Frantisèk Stursa © Musée nationale de l'histoire et des cultures de l'immigration

Il est né le 3 décembre 1901 à Zajerice, en Bohème.
Diplômé de l’Ecole des jardins de la ville de Chrudim, Frantisèk quitte en 1920 la Tchécoslovaquie pour la Suisse afin de parfaire son enseignement.
En 1924, Frantisèk décide de partir pour la France. Après deux mois dans les mines de fer de Lorraine, il travaille comme horticulteur à Thionville entre 1925 et 1926. Frantisèk, devenu « François », part vers Paris où il retrouve des compatriotes horticulteurs et devient employé dans de grandes entreprises de fleuristes parisiens. C’est aussi à Paris qu’il rencontre Angèle Volman, couturière tchèque qui veut partir pour les Etats-Unis rejoindre sa sœur. Le 28 avril 1928, ils se marient à Saint-Cloud. Ils donneront naissance à deux filles. En 1931, la famille s’installe à Sainte Menehould, dans la Marne, où le paysage rappelle à François sa Bohème natale. Il y reprend une entreprise maraîchère grâce à l’aide financière de l’oncle d’Angèle, industriel en Tchécoslovaquie.

Combattant dans les rangs de l’armée de libération Tchécoslovaque, François obtient la nationalité française en 1953, après l’avoir demandé une première fois avant guerre.

Livres de contes tchèques rapportés par Angèle © Musée nationale de l'histoire et des cultures de l'immigration

« Jusqu’à la guerre 39-40, ma mère retournait tous les ans dans sa famille et nous ramenait ces merveilleux livres de contes et histoires thèques qu’elle nous lisait le soir. Mon père ne se rendit qu’une seule fois dans la sienne, en 1956 pour une demi-journée. Se sentant si misérablement étranger, il remonta dans sa voiture… Pour la France, chez lui. A la maison, il n’y eut jamais de relations communautaires « suivies ». Notre voisinage, nos relations avec la vie de cette bourgade Argonnaise, son amour des fleurs, des jardins, suffirent à son existence d’honnête homme » Edith Stursa-Salzman, fille d’Angèle.

Violon comportant une sculpture de château des Carpates

Violon comportant une sculpture de château des Carpates © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Ce violon tzigane a été acquis en France par François auprès d’un marchand ambulant : « il y eût le temps du banjo que mon père grattais tandis que ma mère esquissait un pas de danse de charleston. Puis arriva le violon, comme par magie, l’un chassant l’autre, troc auprès de saltimbanque de passage ou marchand de tapis qui trouvaient toujours notre porte » Edith Stursa-Salzman.

Quelques repères sur… l'immigration tchèque et slovaque

La présence en France de Tchèques et de Slovaques (ressortissants austro-hongrois) remonte à la fin du XIXe siècle. Paris attire ouvriers et artistes où des associations constituent des lieux d’entraide pour trouver travail et logement. A l’issue de la Première Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie est créée. En 1920, la France signe avec ce nouvel Etat une convention d’immigration pour répondre à ses besoins de main-d'œuvre. En mars 1939, la disparition de la Tchécoslovaquie provoque l’afflux en France de 6 000 réfugiés. En septembre, après la déclaration de guerre, les hommes valides intègrent l’armée tchécoslovaque reconstituée et organisée en France par l’ambassadeur Osusk_. A la Libération, après une nouvelle vague de retours, les immigrés tchécoslovaques sont peu nombreux (19 000 en 1946 et 2 900 en 1975).