Les immigrés créent-ils des entreprises ?

Un moyen de mobilité professionnelle

Dans certains secteurs comme celui du bâtiment, de la confection et du commerce de proximité, la présence des immigrés travailleurs indépendants est déjà ancienne et visible dans l’ensemble du paysage urbain français. Mais pour les travailleurs immigrés ayant exercé majoritairement des emplois non qualifiés dans l’industrie, puis dans le tertiaire, les chances de mobilité professionnelle sont restées souvent très limitées. La création d’entreprise est alors apparue comme une sortie possible de la catégorie la moins qualifiée et la moins rémunératrice du salariat.

Le nombre des entrepreneurs français par acquisition de la nationalité et surtout étrangers est en augmentation constante depuis deux décennies. Ce sont souvent des anciens salariés immigrés qui sont passés à une activité indépendante sur des tâches à faible valeur ajoutée et nécessitant des investissements peu coûteux, pour répondre aux besoins de sous-traitance des entreprises. L’Insee constate que les ouvriers et employés immigrés sont plus performants que le reste de la population active de cette même catégorie d’emploi pour créer leur propre activité économique (4,6 % des ouvriers et employés de 1990 sont devenus indépendants en 1999 contre 3,6 % des ouvriers et employés non immigrés).

Les jeunes d’origine étrangère, ayant suivi des formations diplômantes et qualifiantes, sont également de plus en plus nombreux à se lancer dans la création d’entreprises, en France ou dans le pays d’origine de leurs parents. Ce choix apparaît comme une stratégie d’insertion professionnelle face aux discriminations raciales dont ils font l’objet dans l’accès à l’emploi salarié.

Les types d’entreprises créées

 

Restaurant chinois à Paris, 13eme arrondissement, Paris, France. Octobre 2003 © Mat Jacob/Tendance Floue

Restaurant chinois à Paris, 13eme arrondissement, Paris, France. Octobre 2003 © Mat Jacob/Tendance Floue

Devenus indépendants, les immigrés créent des entreprises dans le bâtiment comme la construction, l’électricité, la plomberie, la peinture (31% des immigrés contre 18% des non immigrés), dans la restauration et dans l’hôtellerie (13% contre 8%). Ce sont essentiellement les hommes, même si les femmes immigrées créent de plus en plus d’activités sociales et culturelles, principalement dans le secteur associatif.

 

 

Enfin des populations créent des entreprises dans des niches économiques correspondant à leurs besoins (commerces d’alimentation, restauration, habillement, etc.) grâce à leurs réseaux internationaux d’échanges, d’entraide et de financement. Il s’agit notamment des populations chinoises et indiennes et, dans une certaine mesure, de la population turque.

Sources : Insee, Les Immigrés en France, édition 2005, Paris, pp 126-127 et Bernard Dinh, « L’entreprenariat ethnique en France », in Hommes et Migrations, n°1264, nov-déc 2006, pp 114 – 128, Mohamed Madoui, « Les petits entrepreneurs d’origine maghrébine », in Hommes et Migrations, n°1266, février-mars 2007, pp. 8 - 20.