Les travailleurs immigrés sont-ils qualifiés ?

Un marché du travail en pleine évolution

 

Un chantier à la Défense, Ile-de-France, France 1989 © Franck Martine / Magnum Photos

Un chantier à la Défense, Ile-de-France, France 1989 © Franck Martine / Magnum Photos

Les travailleurs immigrés ont longtemps été majoritairement des ouvriers peu qualifiés venus travailler en France pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre. La croissance des emplois tertiaires a entraîné de manière générale une diminution des emplois d’ouvriers et une progression des emplois d’employés et d’encadrement dans l’économie française.

 

Ces mutations ont eu des conséquences sur l’emploi des travailleurs immigrés plus fortes que pour l’ensemble de la population active : entre 1992 et 2002, la part des ouvriers a diminué de 13,5 points pour les immigrés ayant un emploi contre 1,8 point pour les non-immigrés. De même, les professions intermédiaires ont progressé de manière plus soutenue pour les immigrés (3,5 points contre 1,3 points). Mais les immigrés restent encore surreprésentés dans les emplois non qualifiés.

Un niveau de formation qui s’est nettement élevé

Cette évolution sensible des catégories d’emplois occupés par les travailleurs immigrés provient également du fait que leur niveau de formation s’est nettement élevé. D’après l’Insee, la part des immigrés de 30-49 ans ayant au plus un certificat d’études primaires a diminué de moitié depuis 1982 ; même si elle reste encore importante (41 % des immigrés contre 17 % des non immigrés). Quatre fois plus d’immigrés détiennent un diplôme d’enseignement supérieur par rapport à 1982 et ils se rapprochent de la situation de la population totale.

 

Manuel Valente Tavares. Photo Awatef Chengal © Cité nationale de l'histoire de l'immigration

Manuel Valente Tavares, pédopsychiatre et militant associatif. Photo Awatef Chengal © Cité nationale de l'histoire de l'immigration

L’arrivée des nouveaux migrants entraîne également une élévation constante de la qualification de l’ensemble des immigrés vivant en France. Depuis l’arrêt de l’immigration de travail salarié décidé par l’État en 1974, les étrangers autorisés à séjourner en France pour des motifs économiques ont des niveaux de formation et de qualification plus élévés : si les travailleurs saisonniers dans le secteur agricole restent peu qualifiés, les bénéficiaires d’une autorisation provisoire de travail sont plus diplômés et qualifiés, occupent des emplois comme assistants, enseignants du secondaire ou enseignants-chercheurs, et sont employés également dans les entreprises ainsi que dans les services sociaux et de santé. Parmi les travailleurs permanents bénéficiant d'un contrat à durée indéterminée, la proportion de cadres et d'ingénieurs est également en progression.

 

Attirer des personnes hautement qualifiées

À l’avenir, le niveau de qualification des travailleurs immigrés est encore susceptible de croître sous l’effet de la loi sur l’immigration de juillet 2006, qui prévoit une nouvelle catégorie de travailleurs étrangers sous le titre « compétences et talents » concernant des personnes hautement qualifiées.

Sources : Insee, « Les immigrés en France : une situation qui évolue », Chloé Tavan, Insee Première, n°1042, septembre 2005 et Insee, « Enquêtes annuelles de recensement 2004 et 2005, près de 5 millions d’immigrés à la mi-2004 », Catherine Borel, Insee Première, n°1098, août 2006.