Les frontières sont-elles les mêmes pour tous ?

La Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 stipule que "toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien". La mobilité comme droit universel n’est pas garanti pour tous. Pour les habitants des pays du Sud, faute de moyens, faute aussi de pouvoir obtenir les visas ou les autorisations nécessaires, les frontières restent fermées. Pour les citoyens des pays développés, la frontière dessine la perspective de voyages, de découvertes, de rencontres ou d’emplois. Il est plus facile à des touristes occidentaux de partir pour Marrakech, Ouagadougou, Shanghai ou New Delhi que pour des Africains, des Asiatiques ou des Turcs de visiter de la famille, faire du shopping ou du tourisme à Paris ou à Londres.

Go No Go, Les Frontières de l'Europe 1998-2002. Ad Van Denderen

Go No Go, Les Frontières de l'Europe 1998-2002. Frontière de Ceuta, enclave espagnole au Maroc, 2001. Tirage argentique noir et blanc sur papier baryté 60 x 80 cm. Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI © Ad Van Denderen / Agence Vu'

 

Frontières ouvertes

Longtemps imprécise et mouvante, la frontière s’est affirmée au XIXe siècle comme ligne de séparation et de contrôle. Avec la construction des Etats-nations et la montée des migrations internationales, les Etats ont renforcé leur contrôle militaire, douanier, commercial et leur contrôle des migrations, distinguant le "dedans" du "dehors", le "nous" des "autres".
La construction de l’espace européen conduit à l’effacement des frontières nationales au profit des frontières de l’espace Schengen. Depuis 2005, l’agence Frontex est en charge de la coordination des protections des frontières de l’Europe.

Frontières obstacles

 

Kingsley. Carnet de route d'un immigrant clandestin © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Kingsley. Carnet de route d'un immigrant clandestin © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Pendant qu’en Europe des frontières tombent, d’autres se renforcent, rejettent et tuent comme les murs érigés entre les Etats-Unis et le Mexique, entre Israël et la Palestine ou les barrières électrifiées aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla ou entre le Botswana et le Zimbabwe.
Les frontières se transportent aussi, bien au-delà des limites de l’UE : vers les pays limitrophes et les pays où transitent les migrants clandestins comme le Maroc ou l’Algérie. L’externalisation permet de tenir à distance ces migrants. La frontière est comme exportée, le contrôle et la mise à distance étendus, la liberté de circulation restreinte, obligeant les migrants à emprunter de nouvelles voies, plus longues, plus dangereuses, plus onéreuses. Les frontières deviennent plus lucratives pour les réseaux de passeurs et autres fabricants de faux papiers.

 

Ambivalence

La mondialisation des migrations transforme la frontière en un espace de rencontre où émergent des identités nouvelles et composites. Elle passe entre les individus et distingue des statuts aussi différents que les étrangers et les nationaux, les Français naturalisés et les Français de plus longue date, les immigrés réguliers et les sans papiers, les immigrés membres de l’UE et les autres… La frontière peut exclure ou élargir ; rapprocher ou séparer ; assigner à résidence ou accueillir ; séparer les statuts, accorder des droits différents, des avantages pour les uns des discriminations pour les autres ; diviser entre "insiders" et "ousiders". La frontière peut être ligne de rejet ou espace d’accueil. 

Mustapha Harzoune, 2012