Les migrations

Y a-t-il de nouvelles formes de migrations (logiques individuelles) ?

De nouvelles formes de migration, à cheval sur plusieurs pays, émergent. Elles sont à l’origine de dynamiques économiques, spatiales et identitaires nouvelles. Comme l’écrit Catherine Wihtol de Wenden ,"l'espace de vie et de savoir des migrants se sont étendus et diversifiés. Étant des acteurs planétaires et transnationaux, ils constituent un enrichissement pour les sociétés d'implantation". L’élargissement des espaces migratoires est aussi un des effets des "mobilités" touristiques. Autre forme de mobilité qui pourrait bousculé les vieux paradigmes des migrations internationales, l’émigré devient aussi un migrant, c’est-à-dire un « acteur », moins soucieux de sédentarité que de mobilité. 

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Rip  Hopkins, Another country, « Nous faisons notre vie », Ribérac

Rip Hopkins, Another country, «Nous faisons notre vie », Ribérac, Musée national de l'histoire de l’immigration, Inv 2021.14.8 © EPPPD-MNHI, © Rip Hopkins

Des espaces de vie plus étendus

Ainsi en est-il des migrations dites "pendulaires" ou "circulatoires" qui supposent que le migrant bénéficie de certaines conditions, notamment juridiques : être résident privilégié, disposer d’un titre de séjour à entrées multiples, avoir une double nationalité… Ces statuts offrent la possibilité aux migrants de circuler, entre le pays d’origine et le pays de destination ou entre plusieurs pays. Ainsi en est-il des Polonais, des Roumains ou des Ukrainiens, installés qui en Allemagne, en Belgique ou en Italie et qui, entre travail saisonnier, travail frontalier ou nouveau mode de vie, circulent entre deux sociétés, cherchant moins à se sédentariser qu’à faire profiter la famille restée au pays des fruits de leur travail, y compris sous la forme de créations d’activité. Comme l’écrit Mirjana Morokvasic : « la migration constitue dans un premier temps une stratégie pour rester chez soi, donc une alternative à l’émigration » (Migrations Société, 2015/2 (N° 158).
Les "diasporas" sont ces communautés de migrants, de même origine nationale ou ethnique, installées dans plusieurs pays. Ces résidants, éparpillés sur un même continent ou sur plusieurs, tissent des liens entre eux par une myriade de réseaux familiaux, associatifs, professionnels, économiques ou culturels. A celles déjà constituées (chinoise ou indienne), se sont ajoutées de nouvelles, comme la diaspora turque (5 millions en Europe) - majoritairement installées en Allemagne mais présente aussi en France, en Suisse ou en Autriche - ou la diaspora marocaine en France, en Espagne ou aux Pays-Bas.

Mobilités touristiques

Les flux touristiques représentent les déplacements humains les plus importants sur la planète : le nombre de touristes internationaux est passé de 25 millions en 1950 à 457 millions en 1990 pour atteindre 980 millions en 2011, 1,4 milliard en 2019. En 2020, crise sanitaire oblige, ce nombre a chuté à 398 millions. La hausse de 4% enregistrée en 2021ne permet pas d’atteindre (encore) les niveaux d’avant la pandémie.
Les régions ou pays qui ont enregistré la plus forte croissance touristique étaient en 2019 :  l’Afrique du Nord (+ 9% par rapport à 2018), le Moyen-Orient (+8%), l’Asie-Pacifique (+5%). La France, avec 91 millions de touristes en 2019 ( 42 millions en 2020) reste la 1ère destination touristique mondiale, suivie par l’Espagne, les États-Unis, la Chine et l’Italie puis par la Turquie, le Mexique, la Thaïlande, l'Allemagne et le Royaume-Uni. 50% des recettes du tourisme mondial sont perçues par ces 10 destinations.
Ces mobilités touristiques peuvent constituer des flux migratoires nouveaux, générer localement des investissements et des créations d’emplois, créer des espaces où convergent plusieurs formes de mobilité et où s’enchevêtrent plusieurs logiques migratoires : recherche d’une meilleure qualité de vie, valorisation de ses compétences, avantages financiers, multiplication des lieux de résidence (la double résidence des retraités), prolonger et répéter ses séjours, voir procéder au transfert, partiel ou total, de ses activités, retour des émigrés... Sans oublier la valse des retraités : citoyens britanniques installés en Normandie, en Bretagne ou en Aquitaine – le « Britishland » -, retraités allemands ou anglais en Espagne, français ou anglais au Portugal, français en Grèce, au Maroc, en Tunisie ou au Sénégal. Idem avec les retraités étatsuniens et canadiens aux Caraïbes. Des pays comme la Bulgarie se placent sur ce marché où convergent logiques migratoires et touristiques.
Sources de nouvelles connections entre régions ou pays, les nouvelles mobilités nées de ce tourisme contribuent aussi à modifier la dimension ou la perception sociale de la relation à l’espace (en multipliant les lieux de vie) et des définitions identitaires. 
 

Mustapha Harzoune, 2022