Y a-t-il de nouvelles formes de migrations (2)

De nouvelles formes de migration, à cheval sur plusieurs pays, sources de dynamiques économiques, spatiales et identitaires nouvelles émergent. "L'espace de vie et de savoir des migrants se sont étendus et diversifiés. Étant des acteurs planétaires et transnationaux, ils constituent un enrichissement pour les sociétés d'implantation" écrit Catherine Wihtol de Wenden. L’élargissement des espaces migratoires est aussi un des effets des "mobilités" touristiques lesquelles participent de la transformation de l’émigré en un migrant, moins soucieux de sédentarité que de mobilité.

Des espaces de vie plus étendus

 

Trampolin 1 2 3 4 5, Shen Yuan. Photo Hervé Véronèse © ADAGP, Paris 2011

Trampolin 1 2 3 4 5, 2004 Installation housses en patchwork, plastique et coton. 200 x 200 x 50 cm Vue de l'oeuvre , "Elles@Centrepompidou", Centre Pompidou, Paris 2009 Courtesy de l'artiste & kamel mennour, Paris Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI © Shen Yuan. Photo Hervé Véronèse © ADAGP, Paris 2011

Ainsi en est-il des "diasporas", ces communautés de migrants, de même origine nationale ou ethnique, installées dans plusieurs pays. Ces résidants, éparpillés sur un même continent ou sur plusieurs, tissent des liens entre eux par une myriade de réseaux familiaux, associatifs, professionnels, économiques ou culturels. Aux diasporas déjà constituées (chinoise ou indienne) se sont ajoutées de nouvelles, comme la diaspora turque (3 millions en Europe) - majoritairement installées en Allemagne mais présente aussi en France, en Suisse ou en Autriche - ou la diaspora marocaine en France, en Espagne ou aux Pays-Bas.

 

Les migrations dites "pendulaires" ou "circulatoires" supposent elles que le migrant bénéficie de certaines conditions, notamment juridiques : être résident privilégié, disposé d’un titre de séjour à entrées multiples, avoir une double nationalité… Ces statuts offrent la possibilité aux migrants de circuler, entre le pays d’origine et le pays de destination ou entre plusieurs pays. Ainsi en est-il des Polonais ou des Bulgares qui, entre travail saisonnier, travail frontalier ou nouveau mode de vie, circulent entre deux sociétés, cherchant moins à se sédentariser qu’à faire profiter la famille restée au pays des fruits de leur travail, y compris sous la forme de créations d’activité.

Mobilités touristiques

Les flux touristiques représentent les déplacements humains les plus importants sur la planète : le nombre de touristes internationaux est passé de 25 millions en 1950 à 457 millions en 1990 pour atteindre 980 millions en 2011. Certaines mobilités touristiques sont à l’origine de flux migratoires nouveaux, avec lesquels ils interagissent. En générant localement investissements et créations d’emplois, l’espace touristique suscite migrations, internes et internationales, comme par exemple le retour des émigrés.
En ce sens, les lieux touristiques, traditionnels ou émergeants, deviennent des espaces où convergent plusieurs formes de mobilité et où s’enchevêtrent plusieurs logiques migratoires. Qu’il recherche une meilleure qualité de vie ou la valorisation de ses compétences, avec les avantages financiers afférents, le touriste tend à multiplier les lieux de résidence (la double résidence des retraités), à prolonger et répéter ses séjours voir à procéder au transfert, partiel ou total, de ses activités. Sources de nouvelles connections entre régions ou pays, les nouvelles mobilités nées de ce tourisme contribuent aussi à modifier la dimension ou la perception sociale de la relation à l’espace (en multipliant les lieux de vie) et des définitions identitaires. 

Mustapha Harzoune, 2012