Qu'est-ce qu'un "mineur isolé étranger" ?

Immigration des enfants

Entraînement de boxe entre un jeune Afghan ayant fui les Talibans et un jeune Tchétchène hébergés dans un centre pour jeunes demandeurs d’asile, Boissy-Saint-Léger, 2006 © Laurent Weyl/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Entraînement de boxe entre un jeune Afghan de 17 ans ayant fui les Talibans et un jeune Tchétchène hébergés dans un centre pour jeunes demandeurs d’asile, Boissy-Saint-Léger, 2006 © Laurent Weyl/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Parmi les enfants étrangers présents sur le territoire national, il convient de distinguer les enfants d’immigrés en situation irrégulière et les mineurs isolés. Les premiers (entre 15 000 et 20 000) sont nés en France ou sont arrivés avec leurs parents. Les seconds, appelés "mineur étranger isolé" ou "mineur isolé étranger" selon que l’on veuille insister sur "étranger" ou "isolé", sont des jeunes de moins de 18 ans qui se trouvent en dehors de leur pays d’origine sans être accompagnés d’un parent. La Commission européenne utilise, elle, la notion de "mineurs non accompagnés".

Mineurs isolés

Si au début des années 80, de jeunes Yougoslaves (Tziganes et Roms originaires de Bosnie et/ou de Serbie) sont recensés par les services sociaux, c’est au milieu des années 90 que les premiers mineurs isolés étrangers (MIE) arrivent en France au point de créer, dans tel ou tel département, une situation d’urgence sociale.
Leur nombre varie entre 6 000 (6 016 en septembre 2011 selon le ministère de l’Intérieur) et 8 000 selon des sources associatives. Plus de 43% de ces mineurs résident à Paris (1 637) et en Seine Saint-Denis (1 000). L’Ile et Vilaine, avec 294 enfants, est le troisième département de résidence des MIE. Suivent quinze autres départements, qui accueillent entre 80 et 200 jeunes, comptabilisant 31 % de l’effectif global.
4 000 MIE bénéficieraient d’une prise en charge par les départements (aide sociale à l’enfance) et les services de l’État (protection judiciaire de la jeunesse).
Les nationalités sont variées et fluctuent d’année en année. Parmi les principaux pays d’origine figurent : la Roumanie, la Chine, le Maroc, l’Afghanistan, le Congo, la République démocratique du Congo, l’Angola ou le Mali. En 2001, une étude de la Direction des populations et des migrations distinguait parmi ces enfants : les "exilés" ; les "mandatés", envoyés à l’étranger pour y suivre des études ou pour y travailler et expédier l’argent gagné à la famille ; les "exploités" ; les "fugueurs" et les "errants" c’est-à-dire les enfants des rues, déscolarisés et dormant dans des bidonvilles.
Ces mineurs ont parfois traversé plusieurs pays dans des conditions épouvantables. Certain(e)s ont été victimes de prostitution, d’exploitation ou d’instrumentalisation à des fins juridiques ou économiques, quant aux familles, elles ont dû payer ou se sont endettées auprès de réseaux de passeurs.

Les demandeurs d’asile

Le nombre des demandes d’asile pour fuir les zones de conflit et de violence de la part de MIE est passé de 410 demandes en 2008 à 447 en 2009 et 610 en 2010 (+36,5%). Composés à 70% de garçon, ces jeunes ont, à plus de 95 %, entre seize et dix-sept ans. En 2010, ils fuyaient essentiellement cinq pays : la République Démocratique du Congo, l’Afghanistan, la Guinée, l’Angola et le Tchad. 64,4 % des mineurs demandeurs d’asile arrivaient d’Afrique, 20,7 % d’Asie, 14,3 % d’Europe et 0,7 % d’Amérique.

Débat

Outre la question de la coordination des politiques de prise en charge et des méthodes de recension, deux débats restent d’actualité : comment soulager les budgets des départements qui assument l’essentiel de la prise en charge des MIE et comment éviter de passer d’une politique de protection de l’enfance à une simple et stricte politique de gestion des flux migratoires ?  

Mustapha Harzoune, 2012