Qu’est-ce que l’intégration vue au prisme de l’immigration ?

Selon Gérard Noiriel "il n’y a aucune loi permettant de mesurer l’intégration comme un thermomètre mesure la température". D’ailleurs, pour l’historien, les étrangers qui seraient rentrés chez eux ou partis vivre ailleurs qu’en France seraient au moins aussi nombreux que celles et ceux qui auraient décidé d’y rester. Pour ces derniers, longtemps, la question ne s’est pas ou peu posée. L’idée étant que l’intégration est un processus au long cours, qui va sans se dire, sans bruits ni publicité, dans l’intimité des multiples relations quotidiennes.

 

Affiche éditée par Africagora © Médiathèque, Cité nationale de l'histoire de l'immigration/Africagora

Affiche éditée par Africagora © Médiathèque, Cité nationale de l'histoire de l'immigration/Africagora

Depuis les années 80, l’intégration des immigrés est devenue une antienne politique avec, en toile de fonds, une réflexion sur la capacité ou la volonté du pays à accueillir de nouveaux citoyens. La première se jauge à l’aune du désir des arrivants de faire leur la langue, les valeurs, les usages du pays. La seconde interroge la place faite – ou pas - à la "diversité" perçue, en soi, comme un "enrichissement".

 

19% de la population française

Selon le Haut Conseil à l'Intégration, l’intégration désigne la "participation effective de l’ensemble des personnes appelées à vivre en France à la construction d’une société rassemblée dans le respect de principes partagés (liberté de conscience et de pensée, égalité entre homme et femme par exemple)". L’intégration renvoie non pas à tous ceux qui vivent en France mais à ceux qui "sont appelées" à y vivre : rien moins que 11,5 millions de personnes (19% de la population française) comprenant cinq millions d’immigrés, "dont 2 millions sont devenues française", et 6,5 millions d’enfants d’immigrés.

 

La marche pour l’égalité traverse la France, 1983 © Alain Bizos / Agence VU

La marche pour l’égalité traverse la France, 1983 © Alain Bizos / Agence VU

Il est d’usage de distinguer intégration et assimilation : la première ne viserait pas à réduire toutes les différences. L’insertion relève plutôt des questions économiques et sociales comme l’accès au marché du travail ou le niveau de formation... indispensables pour faciliter une intégration qui renvoie, elle, à la capacité (et à la volonté) d’adopter les valeurs, les modes de vie, les principes civiques, la langue de la société d’accueil. Sans insertion, difficile de s’intégrer. A contrario, on peut être intégré sans être inséré… "Intégré je le suis, où est la solution ?" chante le groupe Zebda.

 

Processus ou contrat ?

L’intégration désigne aussi la politique chargée d’accompagner l’intégration des immigrés. Ses outils sont l’école, la maitrise de la langue française, la naturalisation ou le mariage.

 

Plantu, J’suis reçu !!! 1993 © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

Plantu, J’suis reçu !!! 1993 © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

Depuis le 1er janvier 2007, tout étranger qui entre en France pour un séjour de longue durée doit signer un Contrat d’accueil et d’intégration où il s’engage à suivre une formation pour connaître le fonctionnement des institutions, les "valeurs de la République", l’organisation de la société et par lequel on estime ses connaissances de la langue française et ses compétences professionnelles.

 

L’intégration devient un contrat juridique remisant dans les oubliettes de l’histoire de France un pragmatisme au moins séculaire et l’effectivité de ce qui était d’abord un processus. Le HCI préconise la création d’une Agence de l’intégration. 

Mustapha Harzoune, 2012