Que faut-il entendre par intégration ?

L’intégration renvoie à l’idée d’un tout (être entier, intégral d’où la notion d’intégrité) à quoi viennent s’agréger plusieurs processus : l’adjonction d’éléments extérieurs (intégration des parties au tout) ; l’harmonisation, la coordination de ces parties au service d’un tout cohérent et efficient mais aussi des processus de développement (concentration verticale ou horizontale en économie de l’entreprise, intégration européenne), de renouveau, de réparation...

 

Mohamed Bourouissa, La République, 2006, série Périphéries. Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI © Mohamed Bourouissa

Mohamed Bourouissa, La République, 2006, série Périphéries. Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI © Mohamed Bourouissa

Sociologiquement, l’intégration c’est du désir, le désir de vivre ensemble, entretenu par du lien social, nourri de cohésion sociale et stimulé par des processus de réaffirmation et d’évolution, un équilibre entre permanence et variation, certitude et incertitude, identique et différent, l’un et le multiple.

 

C’est dire si mesurer l’intégration à la seule capacité des étrangers, des immigrés et même de leurs descendants, à se fondre dans la communauté nationale en en respectant ses valeurs peut être un appauvrissement voire un leurre quand aux enjeux sociaux et politiques.

L’intégration c’est du lien social

 

Affiche de la CFDT au début des années 1970 © Collection Génériques

Affiche de la CFDT au début des années 1970 © Collection Génériques

A l’origine, l’intégration s’applique à la capacité des individus, de tous les individus, à participer à des activités collectives. A l’intégration, Durkheim oppose la notion d’anomie qui "vient de ce que les organes solidaires ne sont pas en contact suffisant ou suffisamment prolongé". L’anomie naît de l’isolement, de la relégation, des discriminations, du chômage… autant d’exclusions des activités et des espaces collectifs (travail, famille, voisinage, école, loisir, vie associative, sportive, culturelle…). Ces "contacts" insuffisants frappent aussi bien les jeunes, les femmes, les chômeurs, les personnes seules, les banlieusards... que les immigrés. L’intégration, comme lien social, demande que soit spécifié, à chaque fois, de qui et de quoi l’on parle.

 

Segmentation versus intégration

La participation à des activités collectives (la "solidarité organique") concourt à la cohésion d’ensemble. L’intégration désigne alors l’unité de la société, son intégralité comme son intégrité, la réaffirmation d’une identité collective et son renouveau porté par des revendications nouvelles. Car le désir d’intégration nait aussi d’une nation désirable.
Les incertitudes quant aux valeurs partagées, la crise de la citoyenneté, la remise en question du modèle social, la désaffection à l’égard du politique, l’accroissement des distances sociales, le blocage des mécanismes d’intégration (l’entreprise ou l’école) affaiblissent la force d’intégration de la nation. Cette crise survenant dans des sociétés mondialisées favorise les replis sur soi (identitaires, communautaires, religieux, ethnico-nationalistes mais aussi spatiaux et sociaux). Le chacun pour soi prend le pas sur le tous pour un, l’individuel sur le collectif.

Débats

Si les difficultés d’intégration naissent de la segmentation de la société, en quoi les immigrés en seraient-ils les responsables ?
L’Europe en dégageant des perspectives politiques et sociales (et pas uniquement juridiques) pourra t-elle, à son tour, figurée comme force d’intégration ?

Mustapha Harzoune, 2012