La France ferme t-elle ses frontières ?

 

Demandeuse d’asile tchadienne dans la zone d’attente de Zapi 3 située près de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, 23 décembre 2004 © Olivier Aubert / Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI

Demandeuse d’asile tchadienne dans la zone d’attente de Zapi 3 située près de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, 23 décembre 2004 © Olivier Aubert / Collection Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

L’objectif des politiques de maîtrise des flux migratoires est bien de rendre les frontières plus hermétiques. Elles se traduisent par : moins de visas accordés (-11% en 2009), des politiques d’asile plus restrictives, des titres de séjour plus difficiles à obtenir ou à renouveler, le renforcement des contrôles et la multiplication des interpellations, l’ouverture de centres de rétention (80% de places supplémentaires entre 2005 et 2011 selon la CIMADE), une politique d’expulsions avec des objectifs chiffrés, l’externalisation des contrôles et des rétentions, des refus croissants de naturalisation…
L’immigré devient une menace, déclinée sur le mode de l’invasion, du déficit des comptes sociaux, de la délinquance et de la communautarisation.

 

Objectif : baisser les entrées

Le nombre des premiers titres de séjour est passé de 189 500 en 2010 à 182 500 en 2011 (– 3,6%, après deux années de hausse en 2009 et 2010).
En baisse régulière depuis 2006, le principal motif des entrées en France reste l’immigration familiale (42,7% en 2009 selon le comité interministériel de contrôle de l'immigration (CICI) ; 41,4% en 2010 pour l’Ofii) alors que l’immigration professionnelle représentait 10,3% en 2009 (CICI).
Depuis 2011, le ministère de l’Intérieur se fixe pour objectif de diminuer de 10% en un an le nombre d’étrangers entrés régulièrement en France. La liste des métiers en tension a été ramenée à 14 et les titres de séjour délivrés à de nouveaux salariés étrangers serait passé de 12 400 en 2010 à 9 100 en 2011 (-26%).
Les mêmes objectifs de baisse sont fixés pour les flux familiaux.

Expulsions et régularisations

 

Seine Saint Denis. Bobigny 1981. Procédure de régularisation exceptionnelle d'immigrants illégaux organisée par la sous-préfecture de Bobigny © Patrick Zachmann/Magnum Photos/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Seine Saint Denis. Bobigny 1981. Procédure de régularisation exceptionnelle d'immigrants illégaux organisée par la sous-préfecture de Bobigny © Patrick Zachmann - Magnum Photos / Collection Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

Avec la multiplication d’un arsenal législatif plus restrictif, apparaît un nouveau type d’immigrés : le clandestin ou le sans papier. Ce sont majoritairement des visiteurs dont le visa est arrivé à expiration, des immigrés en situation régulière dont le titre de séjour n’a pas été renouvelé et des déboutés du droit d’asile.

 

Le nombre d’expulsions d’étrangers en situation irrégulière (Roms compris) était de 32 912 en 2011. Selon, le rapport 2010 du CICI, en 2008, 29 796 décisions d’expulsion ont été prises et 29 288 en 2009. 30% de ces décisions sont réellement exécutées. Dans le même temps, 30 300 étrangers en situation illégale ont obtenu un titre de séjour en 2008 et 31 755 en 2009.

Faut-il être pour l’ouverture des frontières ?

Pour ses promoteurs, la liberté de circulation permettrait d’enrayer les incohérences et les effets nocifs des politiques de fermeture des frontières : sédentarisation des migrants ; multiplication des clandestins ; recrudescence de réseaux mafieux ; obstacle à de réels accords de développement… Selon la Commission Attali (2010), l’ouverture permettrait : "de lutter contre le travail non déclaré, d’où une plus grande conformité aux normes de travail légales, une meilleure cohésion sociale et une augmentation des recettes des États provenant des impôts et des cotisations de sécurité sociale". 

Mustapha Harzoune, 2012