Pourquoi les immigrés se regroupent-ils ?

En 2004-2005, trois régions de la France métropolitaine rassemblaient 60% des immigrés. Près de quatre immigrés sur dix habitent en région parisienne, 11% en Rhône-Alpes et 9% en Provence-Alpes-Côte d’Azur. La part des immigrés est supérieure à la moyenne nationale en Alsace, en Corse, Midi-Pyrénées, PACA et Languedoc-Roussillon (entre 9 % et 10 %).
60% des immigrés d’Afrique subsaharienne résident en Île-de-France contre 29 % des immigrés turcs qui sont 13 % à vivre en Alsace (4 % pour l’ensemble des immigrés).

 

Laotiens donnant une fête, Paris 1999 © Tiane Doan na Champassak / Agence VU

Laotiens donnant une fête, Paris 1999 © Tiane Doan na Champassak / Agence VU

Selon l’INSEE, "56,6 % des immigrants se localisent dans une commune dont la population dépasse les 200 000 habitants, contre seulement 35,5 % des Français de naissance", les Algériens et les Tunisiens étant plus nombreux dans les grandes villes que les immigrés européens.
Les immigrés se regroupent là où ils trouvent un emploi et à se loger. L’étude de la localisation des immigrés recoupe des questions économiques (bassin d’emploi) et des questions relevant de l’aménagement du territoire, des politiques de la ville, des choix d’urbanisme, de l’application (ou non) de la loi SRU et de l’action des élus locaux pour (ré)introduire de la mixité sociale.

 

Un effet de la ségrégation

 

Élections associatives, Bordeaux. Photographie présentée lors de l’exposition Mémoires de l’immigration turque en France, organisée par l’association Elele en 1994-1995 © Bruno Boudjelal / Agence VU

Élections associatives, Bordeaux. Photographie présentée lors de l’exposition Mémoires de l’immigration turque en France, organisée par l’association Elele en 1994-1995 © Bruno Boudjelal / Agence VU

En 2002, 32% des ménages immigrés étaient locataires du secteur social (17% pour l’ensemble des ménages) et 75 % vivaient dans des grands ensembles construits avant 1975 (66% pour l’ensemble des ménages locataires).
L’étude Trajectoires et origines (Ined) montre que 42 % des immigrés d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et de Turquie vivent concentrés dans les 10 % des quartiers les plus précarisés. A la faiblesse ou à l’absence de mixité sociale Michèle Tribalat a montré que se greffe une "ségrégation ethnique".

 

 

La ségrégation s’explique par l’argent, la nationalité ou l’origine culturelle, "les discriminations directes et indirectes" (Jean-Louis Pan Ké Shon, Ined) et par… le diplôme. Pour le sociologue Eric Maurin, "le manque de diplôme et de qualification est à l’origine des formes de pauvreté les plus performantes, et donc les plus pénalisantes sur le marché du logement". Le lieu de résidence est devenu un marqueur social de première importance. Pour ceux qui ont les moyens de choisir, il est déterminé par les conditions de scolarisation et de socialisation des enfants.

Sas d’entrée et ville mondialisée

 

Fidèles haïtiens à l'Église pentecôtiste, rue Myrha, Paris, 1993 © David Damoison/Cité nationale de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Fidèles haïtiens à l'Église pentecôtiste, rue Myrha, Paris, 1993 © David Damoison/Cité nationale de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

En se regroupant en "réseaux ethniques", les immigrés s’entraident, s’échangent des informations, conservent des liens avec des proches, des personnes qui appartiennent à la même culture, parlent la même langue, se procurent des produits et des aliments spécifiques, trouvent à s’employer. Les immigrés se regroupent aussi pour se faciliter la vie. L’entre-soi peut être un sas d’entrée dans la société.

 

 

Toutes les grandes villes possèdent leur quartier chinois, indo-pakistanais, turc, arabe ou africain. Ces quartiers témoignent aussi de la mondialisation des sociétés et des cultures.

Mustapha Harzoune, 2012