Romeo et Kristina

un film de Nicolas Hans Martin

Ce film montre que celui qui émigre est déjà étranger parmi les siens, qu’il se sent différent et rejeté, que ce soit la réalité ou non. Ce film montre que tous n’émigrent pas même si la misère et l’exclusion marquent la vie de leur communauté.

Les Rom de Roumanie ne sont pas dans un pays en guerre ni leur vie menacée, mais ils sont pauvres et en marge de la société. Alors Roméo préfère encore être "un clochard" en France. C’est comme cela que l’appelle Kristina, sa belle : "Tu es le plus beau des clochards" lui dit-elle, allongée sur leur matelas sous un pont près de la gare Saint-Charles à Marseille. Roméo en est certain : il n’aura jamais rien, ni en France où il fait les poubelles et revend ce qui peut se revendre, ni en Roumanie où il n’y a pas de travail.
On parle beaucoup d’argent dans ce film, d’argent qui manque, d’argent qu’on demande, qu’on vous demande ou qu’on joue, comme Roméo qui claque des centaines d’euros dans les machines à sous alors même que Kristina est enceinte. Kristina est heureuse d’attendre un enfant après trois ans de vie commune. Malgré la misère et les allers retours constants en France, elle dit que c’est normal de faire de enfants : "ils nous apportent la joie. Sans enfant on ne sait pas pourquoi on vit". Mais Roméo ne tient pas en place. On le croyait près à se poser lorsqu’il disait : "Si j’ai un enfant, je ne ferai pas comme ma mère, je le mettrai à l’école pour qu'il ait une vie". Il repart pourtant en France et Kristina le suit. Elle veut accoucher à Marseille, malgré la précarité et la police qui les chasse toujours. Cet exil permanent leur donne peut-être le sentiment qu’ils contrôlent un peu leur vie.

Catherine Guilyardi
 

Film en compétition française au Cinéma du Réel, festival international de films documentaires qui se tient à Paris du 18-27 mars. Projections : 21, 22 et 25 mars 2016 (en savoir plus).