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Honoré Daumier, Les fugitifs ou Les émigrants

Les fugitifs ou Les émigrants, bas-relief d'Honoré Daumier © DR

Les fugitifs ou Les émigrants, bas-relief d'Honoré Daumier © DR


Collection du musée

Les fugitifs ou Les émigrants,1855-1856. Bas-relief

Honoré Daumier est né en 1808 et est mort en 1879


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Ce bas-relief, datant de la deuxième moitié du XIXè siècle, évoque un départ ou un exil collectif. Car l’une des particularités de cette œuvre c’est le flou qui règne autour d’elle : son titre exact n’est pas connu et elle ne laisse rien entrevoir du contexte dans lequel elle s’inscrit : tout le travail de l’artiste a tourné autour de la représentation de la pénibilité du départ via l’expression des corps.

Peintre, lithographe, sculpteur et dessinateur, Honoré Daumier a été un observateur attentif de la vie politique et sociale de la France au XIXe s.
Il est passé par la lithographe avant d’entrer dans l’univers du journalisme, en 1830, où il donne la mesure de ses talents de caricaturiste. A partir de 1835, il consacre son travail à l’observation des mœurs et de la vie sociale. Après 1848, puis la mise en place du Second Empire, il croque chaque événement de la vie politique et crée, en 1950, le personnage du “colonel Ratapoil”, à la solde de la cause bonapartiste. Il a les traits que les républicains prêtent à l’Empire : propagande, cynisme, affairisme, absence d’envergure, etc. Une importante collection de ses caricatures est exposée au Musée d’Orsay.

Ce bas-relief, qu’il réalise en 1855-56, présente un ensemble de figures, disposées sur deux plans. Les tailles des corps nus permettent de distinguer à la fois des adultes et des enfants, au premier plan, à gauche de la composition, par exemple. Les personnages sont emportés dans un mouvement vers la gauche, que traduit l’inclinaison des corps dans le sens de la marche. L’ensemble n’est pas contextualisé dans un décor précis : rien ne permet de dater ou de localiser ce qui est représenté.
En fait, la composition est centrée sur le groupe. Les silhouettes de quatre adultes rythment le premier plan et contribuent à l’impression de mouvement qui se dégage de l’œuvre. Parmi eux, certains hommes portent des chargements dont on distingue mal la nature. A droite, le visage d’une femme disparaît derrière la main qu’elle porte à son front dans un geste de déploration d’une grande intensité dramatique traduisant la pénibilité et la douleur du départ. Car c’est bien le départ, et l’exode qui lui est consécutif, qui sont au cœur de l’œuvre.
Le bas-relief aborde pourtant la question de la fuite ou de l’émigration de manière particulière, puisque l’environnement disparaît au profit d’une focalisation sur le groupe des corps. Du coup, rien n’apparaît des causes du départ et de son contexte. D’autant que le titre de l’œuvre – qui n’est pas fixé – ne nous aide pas précisément pour l’interprétation du sujet de ce bas-relief : l’œuvre a été intitulée tantôt “Les Emigrants”, tantôt “Les Fugitifs”.
Ce que l’on sait, c’est qu’en tant que journaliste, Daumier est particulièrement sensible au contexte dans lequel il évolue : la déportation dans les territoires coloniaux de plusieurs milliers d’individus à la suite des journées insurrectionnelles de juin 1848, puis le bannissement de nombreux républicains suite au coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851, sont des événements qui l’ont marqué. L’historien J.-P. Chimot évoque aussi, plus largement, les déplacements massifs de population engendrés par les révolutions de 1848 en Europe, et le mouvement d’émigration vers le Nouveau Monde, notamment suite à la famine de 1847 en Irlande.
 


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