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La carte de gréviste de Sacko Fousseni

La carte de gréviste de Sacko Fousseni. Don de Sacko Fousseni. Photo : Lorenzö © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

La carte de gréviste de Sacko Fousseni. Don de Sacko Fousseni. Photo : Lorenzö © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration


Collection du musée

Don de Sacko Fousseni


Le parcours de Sacko Fousseni

Sacko Fousseni naît en 1981 au Mali, à Bamako, où ses parents, cultivateurs dans le village de Troula, séjournent de temps en temps. "J’ai mené ma scolarité là-bas jusqu’à la fac, en filière géographie. Quand j’ai commencé à ne plus pouvoir financer mes études, j’ai dû venir en France, alors que je n’en avais pas envie. Moi, je voulais travailler dans et pour mon pays, devenir cadre au Mali. J’ai d’abord fait une demande pour obtenir un visa étudiant, ce qui m’a été refusé à trois reprises sans motif".

Finalement, c’est avec un visa de touriste qu’il arrive à Paris en juin 2006. Il s’installe chez son père qui avait immigré seul bien des années auparavant, lorsque Sacko était encore enfant. Grâce à une fausse carte de séjour, il trouve rapidement du travail dans le bâtiment. "De toute façon, même sans papiers, les patrons nous embauchent, ils ferment les yeux parce qu’ils ont besoin de nous : une main-d’œuvre flexible, moins chère et privée de droits en tant que sans-papiers". Manœuvre, il apprend grâce à un chef d’équipe le métier de coffreur, ce qui lui permet de décrocher régulièrement des contrats d’intérim.

Au printemps 2008, lorsque la première série de grèves des travailleurs sans papiers se déclenche, il suit le mouvement de loin et contacte la CGT. En 2009, en liaison avec le syndicat, il se retrouve propulsé aux avant-postes sur son chantier, puis il devient le porte-parole du mouvement national qui ne concernait pas moins de 2 000 entreprises sur toute la France.
"Ce mouvement, c’est une vraie rencontre, une vraie lutte de travailleurs. Ma lutte, ce n’est pas seulement pour avoir une carte de séjour, mais aussi pour changer ce que pense l’opinion publique des sans-papiers. Le 7 octobre 2010, nous avons décidé d’investir pacifiquement la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, installée dans le Palais de la Porte Dorée, en raison de ses missions : faire connaître et reconnaître l’histoire de l’immigration dans l’histoire de France, et faire évoluer les regards et les mentalités sur ce sujet". 

En grève depuis un an, les grévistes cherchaient à obtenir du ministère de l’Immigration l’application des accords de régularisation obtenus à la suite de l’occupation des marches de l’Opéra Bastille. Sacko, qui fait partie des occupants du Palais de la Porte Dorée, visite l’exposition permanente du Musée de l’histoire de l’immigration. Et là, surprise et émotion, il se reconnaît sur une photographie de Patrick Zachmann légendée "Village de Troula" prise au Mali en 1993.

 

Mali, 1993. Village de Troula, près de Kayes. L'école a été financée par des travailleurs maliens habitant en Seine Saint-Denis © Patrick Zachmann/Magnum Photos/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Mali, 1993. Village de Troula, près de Kayes. L'école a été financée par des travailleurs maliens habitant en Seine Saint-Denis © Patrick Zachmann/Magnum Photos/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

"D’un côté, j’étais très surpris de voir cette photo, et d’un autre côté, je me suis dit que c’était normal de la trouver dans ce musée. Ce sont nos parents qui ont participé à la construction de cette école que l’on voit à l’arrière-plan. Cette école a été financée grâce à l’argent des immigrés en France qui ont envoyé régulièrement des fonds pour soutenir leur pays"

 

La carte de gréviste

Le 7 octobre 2010, le Palais de la Porte Dorée est occupé par un mouvement de sans-papiers. Ils sont cinq cents grévistes à s’y installer pendant quatre mois. Sacko Fousseni revient sur cet épisode trois ans après, en racontant son parcours et en donnant sa carte de gréviste qu’il conservait comme un "morceau d’histoire". S’il considère cette carte comme son "premier vrai papier", c’est en 2012 qu’il obtient officiellement une carte de séjour d’un an renouvelable, ce qui lui a permis d’ "aller travailler sans la peur au ventre d’être arrêté par la police" et de retourner au Mali. 

 

 


En savoir plus :

 

Les parcours des donateurs font l’objet d’entretiens filmés, qui sont présentés dans la Galerie et accessibles en ligne. Retrouvez-les sur cette carte

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