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Vies d’exil : le parcours de l'exposition

L’exposition se propose d’aborder les diverses réalités de vie des migrants algériens à travers les questions de la vie sociale - travail, école, logement, loisirs… -, de l’accueil accordé à l’immigration algérienne, entre méfiance et rejet, et de la solidarité envers leur engagement politique et syndical. En effet, la France métropolitaine de l’époque vit successivement au rythme de la guerre d’Algérie, de la vie culturelle et intellectuelle, des événements d’octobre 1961 et enfin, de l’indépendance.

Vie sociale

 

Le café de la rue Maître Albert 1955. Photographie. © Pierre Boulat / Cosmos / Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Le café de la rue Maître Albert 1955. Photographie. © Pierre Boulat / Cosmos / Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Travaillant alors essentiellement dans le bâtiment et l’industrie, les Algériens s’installent dans la périphérie des grandes villes, souvent dans des conditions précaires. Les "bidonvilles" apparaissent près de Paris, dans le Nord de la France, le midi et l’agglomération lyonnaise où les Algériens sont particulièrement nombreux dans les années 1950 (près de 70 000 personnes en 1959). Le logement décent est rare dans les grandes villes industrielles où la ségrégation sociale est forte. Si les rares professions libérales ont accès aux quartiers bourgeois et les étudiants aux cités universitaires, les ouvriers, sont eux cantonnés aux quartiers populaires et aux logements insalubres, symbole de l’isolement de cette population. Dans ce cadre difficile, la vie s’organise malgré tout autour de lieux d’animations, le café devient vite un des lieux de rencontres et de distractions incontournables.

 

Le rapport à la société française

Jusqu’en 1954, les ouvriers algériens sont organisés dans les syndicats français, des grèves de 1936 aux manifestations de l’après-guerre ils participent à tous les mouvements sociaux. Mais la guerre d’Algérie vient bouleverser leur quotidien, les tensions entre ceux que l’on ne nomme pas encore "Algériens" et Français s’exacerbent. Dès 1958 des institutions spécifiques sont créées dans le but de les surveiller, notamment le service d’assistance technique aux Français musulmans d’Algérie mais aussi le centre d’identification de Vincennes. Le racisme s’accroît avec d’autant plus de virulence que l’immigration algérienne est associée aux actions menées par les nationalistes algériens.

Abdelkader Zennaf à l'école primaire de l'Observatoire, Saint-Chamond-sur-Loire, 1957. Abdelkader Zennaf est au deuxième rang en partant du haut, le deuxième élève à la droite de l'instituteur. © Collection particulière

Abdelkader Zennaf à l'école primaire de l'Observatoire, Saint-Chamond-sur-Loire, 1957. Abdelkader Zennaf est au deuxième rang en partant du haut, le deuxième élève à la droite de l'instituteur. © Collection particulière

Toutefois, s’il y a davantage de méfiance et de craintes vis à vis des algériens, se manifeste parfois une réelle solidarité comme en témoigne le travail des équipiers de la CIMADE ou l’action des Comités de paix. Pour certains, l’engagement signifiera l’adhésion totale à la cause algérienne.
C’est dans ce contexte pesant qu’arrivent parmi les migrants des peintres, écrivains et chanteurs Algériens. Tous évoquent un pays et une culture en proie à la violence de la guerre. Entre soucis créatif et nécessité de l’engagement, "ces passeur culturels" participent aussi à la vie culturelle et à la scène artistique française.

 

Passion politique

 

La voix du peuple, numéro du 11 mars 1959, jour du 22e anniversaire du mouvement. © Collection particulière.

La voix du peuple, numéro du 11 mars 1959, jour du 22e anniversaire du mouvement. © Collection particulière.

Père du nationalisme algérien, Messali Hadj fut le premier à réclamer l’indépendance de l’Algérie. Au début des années cinquante, le leadership de Messali est remis en cause par les cadres de son parti et un conflit s’instaure au sein du mouvement nationaliste algérien. C’est dans ce contexte que se crée le FLN (Front de Libération Nationale). L’immigration algérienne fortement politisée assiste à des affrontements meurtriers opposant des militants de deux formations rivales, le Mouvement national algérien (MNA) et le FLN qui finira par s’imposer à partir de 1958. Les réunions politiques clandestines, les journaux, les tracts, les manifestations, le paiement des cotisations, mais aussi les luttes intestines entre messalistes et frontistes font parties intégrantes du quotidien. Les Algériens subissent également de la part des autorités françaises des tracasseries de toutes sortes : contrôles incessants d’identité, perquisitions et arrestations arbitraires.

 

On peut ainsi percevoir à ce moment la naissance d’un espace mixte entre le Maghreb et la France, alors en pleine effervescence politique et artistique. La guerre d’Algérie au centre de tous les débats va inspirer nombre d’intellectuels et artistes algériens, français et internationaux.

Les événements tragiques du 17 octobre 1961

 

Elie Kagan, Algérien contre un grillage avec un policier lors de la manifestation du 17 octobre 1961 © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine

17 octobre 1961. Nanterre, rue des Pâquerettes © Elie Kagan/Bibliothèque de documentation internationale contemporaine

Les manifestations qui ont eu lieu du 17 au 20 octobre 1961 et leur violente répression sont sans nul doute, avec Charonne, les événements les plus connus de la guerre d’Algérie en France. On sait l’importance de cet épisode dans l’historiographie de la guerre d’Algérie en métropole, il paraissait donc important de lui consacrer une section à part entière. Il y est principalement question du contexte, du déroulement de la manifestation et des suites médiatiques et politiques de ces événements. La problématique mémorielle sera également abordée, en tentant de définir l’espace qu’occupe aujourd’hui le 17 octobre dans la mémoire collective française.

 

L’indépendance

Le 1er juillet 1962, lors du référendum sur l’autodétermination, les travailleurs algériens organisent des débrayages partiels ou généraux pour accomplir le "devoir électoral". Massivement, l’immigration algérienne se prononce en faveur de l’indépendance. Le 5 juillet, dans toute la France, les Algériens célèbrent l’événement : des « repas de l’amitié », où se mêlent cuisine française et cuisine algérienne, sont organisés, tandis que la joie résonne dans les quartiers algériens. Mais la liberté ne signifie pas la prospérité économique, après 1962 l’immigration écrit une nouvelle page de son histoire.

 

Le jour de l’indépendance dans le bidonville de La Folie à Nanterre. Photo prise par Monique Hervo © Monique Hervo, Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, MHC

Le jour de l’indépendance dans le bidonville de La Folie à Nanterre. Photo prise par Monique Hervo © Monique Hervo, Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, MHC


 

 

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