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Cinémas africains, les pionniers

1955. Paulin Soumanou Vieyra réalise à Paris le premier film africain. L'Afrique est-elle sur les bords de Seine ? À l'image des étudiants qu'il suit dans leur quotidien d'études, de rencontres et d'incertitudes, le film pose la question de l'avenir d'un continent toujours colonisé et témoigne pour la première fois de la présence africaine à Paris. Emmené par le Groupe Africain de cinéma composé de cinéastes du Sénégal et du Dahomey, le film interroge déjà l'émigration ; un thème largement partagé par les réalisateurs du continent qui imposent leurs réalités africaines. Plus de dix ans après Afrique sur Seine, La Noire de... de Ousmane Sembene sera considéré comme le premier long métrage d'Afrique subsaharienne.

Paulin Soumanou Vieyra (1925 - 1987)

Né au Dahomey (Bénin) en 1925, Paulin Soumanou Vieyra émigre en France en 1935. Après quelques années difficiles, il est admis en 1952 au concours de l'IDHEC : il est le premier africain diplômé de l'école. Réalisateur, critique, écrivain premier historien du cinéma africain, on lui doit une trentaine de documentaires et un seul long métrage : En résidence surveillée. Il est également à l'initiative de la Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI).

Afrique sur Seine

Paulin Soumanou Vieyra, Mamadou Sarr et Jacques Melo Kane (Sénégal, 1955, 21 min).
Avec Mamadou Sarr, Dawn Marpessa, Philippe Mory.

L'Afrique est-elle en Afrique, sur les bords de la Seine ou au Quartier latin ? Interrogations aigres-douces d'une génération d'artistes et d'étudiants à la recherche de leur civilisation, de leur culture, de leur avenir. Ce film, premier essai de cinéastes africains, a été réalisé sous le patronage du Comité du film ethnographique du Musée de l'Homme.

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Jean-Paul Ngassa (1939 - ...)

Jean-Paul Ngassa est considéré comme le premier cinéaste camerounais. Né en 1939, il est diplômé de l'Institut français des hautes études cinématographiques. 

Aventures en France

Jean Paul Ngassa et Philippe Brunet (Côte d'Ivoire - France, 1962, 19 min)

"Le Cameroun étant l’un des tout premiers pays africains à s’être engagé dans la voie du cinéma. L’aventure commence en 1962 à Paris, avec un court métrage de Jean-Paul Ngassa intitulé Aventure en France. Il décrit en 26 minutes et sur 35 mm noir et blanc la vie des étudiants camerounais en métropole. Ngassa et Philippe Brunet qui le co-réalisent saisissent combien ces futurs cadres africains sont à la fois émerveillés et dépaysés par un pays aux nouveaux modes de vie." Jean-Marie Mollo Olinga in "Le cinéma camerounais", en lumières et ombres, Africultures n°60, 2004,  pp. 115 à 118.

Ababacar Samb Makharam (1934 - ...)

Ababacar Samb Makharam est né au Sénégal en 1934. Elève du Conservatoire d'art dramatique de Paris, il crée en 1956 la compagnie des Griots - première troupe entièrement composée d'acteurs noirs et Antillais- avec Robert Liensol et Sarah Maldoror. Après quelques petits rôles, il intègre en 1958 le Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome et réalise en 1965 son premier film Et la neige n'était plus. Après Kodou, son unique long métrage, il se consacre à la défense du cinéma. Il sera notamment le secrétaire général de Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI) de 1972 à 1976.

Et la neige n'était plus

Ababacar Samb Makharam (Sénégal, 1965, 25 min)
Avec : Thomas Coulibaly, Ndéye Diarra, Merry Sané, Fatoumata Sankon, Modou Sène et la voix de Toto Bissainthe

Un jeune boursier sénégalais revient de France. Qu'a-t-il appris ? Qu'a-t-il oublié ? Quelle voie va-t-il choisir au contact des nouvelles réalités africaines ? Les problèmes qui se posent à la jeunesse africaine sont exposés avec franchise, courage et humour.

Prix du Meilleur Court-Métrage du Festival Mondial des Arts Nègres de Dakar en 1966

Désiré Ecaré (1939 - 2009)

Autre élève de l'IDHEC, l'ivoirien Désiré Ecaré tourne ses deux films en France. "Il est certainement l'un des stylistes les plus doués du cinéma africain. D'emblée il a trouvé une esthétique personnelle construite sur un rythme musical relevé de petites touches humoristiques ou sarcastiques. Désiré Ecaré parle volontiers de choses graves sur un ton badin et désinvolte". Guy Hennebelle in" Cinéastes d'Afrique noire", CinémAction n°3

Concerto pour un exil

Désiré Ecaré (Côte d'Ivoire, 1967, 30min)
Avec : La Kotta, Assaf, Henri Duparc, Hervé Denis

Pour une certaine catégorie d'africains, les étudiants, les intellectuels, les réfugiés politiques, etc., qui ont vécu des années loin de l'Afrique, la réinsertion dans leur pays d'origine est souvent difficile. Ils éprouvent constamment le besoin de partir. Mais partir où ? L'Europe est-elle le refuge idéal de ces amateurs d'exil ? Un jeune étudiant retourne chez lui en Côte d'Ivoire après avoir passé ses diplômes à Paris, avec l'espoir de devenir ambassadeur un jour. Mais il va perdre ses illusions en croisant d'autres jeunes qui eux aussi ont eu le même parcours et les mêmes rêves. Un portrait de la vie des étudiants africains à Paris.

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À nous deux France = Femme nue, Femme noire

Désiré Ecaré (Côte d'Ivoire- France, 1970, 60 min)
Avec : Pierre Garnier, Fabienne Fabre, Marie-Gabrielle N'guipie, Guy Davout

Un groupe de femmes venues de la Côte d'Ivoire se rendent à Paris où les hommes ivoiriens sont partis pour accéder à des emplois de cadre. Ils ont laissé leurs compatriotes féminines seules les forçant ainsi à prendre leur destin en main.

Ousmane Sembene (1923 - 2007)

Figure majeure de l'Afrique contemporaine, Ousmane Sembene, auteur et réalisateur impose dès Borom Sarret en 1963 une œuvre maîtrisée et politique. "Je crois que si nous, cinéastes africains, tournons une série de films orientés dans le même sens, nous parviendrons à modifier un tout petit peu les forces en présence en modifiant la conscience du peuple". Ousmane Sembene.

La noire de...

Ousmane Sembene (France, 1966, 61 min)
Avec : Nar Sene, Thérèze Mbissine Diop, Anne-Marie Jeline

À Dakar au Sénégal, Diouana travaille comme nourrice chez un couple de Français expatriés, Monsieur et Madame. Lorsque la famille l’invite à la suivre en France, à Antibes, la jeune femme accepte, bercée de rêves. Elle déchante rapidement lorsqu’elle comprend que son nouveau rôle est celui de la bonne à tout faire, cloîtrée à la maison. Prisonnière de cet environnement teinté de racisme ambiant, d’indifférence, et d’humiliation, Diouana se renferme dans le mutisme. Sa seule échappatoire sera le suicide. est basé sur une nouvelle tirée de son œuvre, Voltaïque.

Le premier film africain récompensé par le Prix Jean-Vigo et le Tanit d’Or de Carthage.

Bande annonce :

 

Le mandat

Ousmane Sembene (Sénégal - France, 1968, 1h30)
Avec : Makhouredia Gueye, Ynousse N'Diaye, Isseu Niang

À Dakar, Ibrahim Dieng, fidèle musulman sénégalais, vit tranquillement avec ses deux femmes et leurs sept enfants. Tout bascule quand arrive un mandat d’Abdou, son neveu immigré en France. Cette fortune inopinée déclenche convoitises et jalousies.

"Avec Le Mandat, Ousmane Sembene a mis pour la première fois l'accent sur le problème important qui conditionne l'allure de la libération culturelle de l'Afrique. A savoir le combat contre l'ignorance pour l'affirmation d'une personnalité africaine nouvelle". Paulin Soumanou Vieyra in "Le cinéma africain, des origines à 1973", Présence Africaine, 1975.

Oumarou Ganda (1935 - 1981)

Oumarou Ganda s'engage à 17 ans dans le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient comme tirailleur. A son retour d'Indochine, émigré en Côte d'Ivoire, il rencontre Jean Rouch. Révélé par Moi, un noir en 1957, il vient au cinéma en qualité d'assistant-réalisateur au Centre culturel de Niamey avant de réaliser en 1968 Cabascabo qui relate son aventure coloniale et dans lequel il interprète le rôle titre.

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Cabascabo

Oumarou Ganda (Niger, 1968, 45 min)
Avec : Oumarou Ganda, Zalika Souley, Issa Gombokoye

Cabascado est de retour dans son pays, le Niger. Vétéran de l'armée coloniale française, il relate ses aventures à l'autre bout du monde.

Med Hondo (1936 - 2019)

Cinéaste définitivement militant, Med Hondo naït Abib Mohamed Medou Hondo en Mauritanie. Il émigre en France en 1959, à Marseille puis à Paris, et devient tour à tour docker, garçon de café, cuisinier avant de s'intéresser au théâtre puis au cinéma. Acteur pour Godard ou Costa-Gavras, il réalise en 1969 son premier film, Soleil O.

Soleil O

Med Hondo (Mauritanie, 1969, 1h42)
Avec : Robert Liensol, Théo Legitimus, Gabriel Glissand, Greg Germain

Un immigré noir vient à Paris au pays de ses ancêtres les Gaulois. Il a toutes les difficultés à trouver un travail, un logement. Dénonciation des conditions de vie des immigrés, de la colonisation et de ses séquelles politiques, économiques et sociales. Ce film-manifeste dénonce une nouvelle forme d'esclavage : l'immigré essaie désespérément de trouver un travail, un logement, mais doit faire face à l'indifférence, le rejet, l'humiliation. Jusqu'au hurlement final de révolte. Un immigré africain en quête de travail, découvre les aspérités de la "Douce France", le racisme de ses collègues, le désintérêt des syndicats et l'indifférence des dignitaires africains qui vivent à Paris, au pays de "nos ancêtres les Gaulois". Un cri de révolte contre toutes les formes d'oppression, la colonisation et toutes ses séquelles politiques, économiques et sociales ainsi qu'une violente dénonciation des fantoches installés au pouvoir dans beaucoup de pays d'Afrique par la bourgeoisie française.

Extrait :

Les bicots nègres, vos voisins

Med Hondo (Mauritanie - France, 1973, 3h10)
Avec : Armand Abplanalp, Jean Berger, Ahmed Hasmaou, Sally N'Dongo

Vaste fresque sur les causes de l'immigration et sur la situation des immigrés, sous la forme d'un mélange de documents pris sur le vif et de sketches constitués de chansons et de dessins animés.

Voir aussi : "Le rôle du cinéaste africain, par Med Hondo" 
(in "Éléments pour une théorie du cinéma africain", Cahiers des Rencontres internationales pour un nouveau cinéma, Montréal : Comité d’action cinématographique, 1975.)

Djibril Diop Mambéty (1945 - 1998)

Djibril Diop Mambéty est né à Dakar en 1945. Comédien de la troupe nationale Daniel Sorano, il réalise en 1968 Contrast City, un premier court-métrage comique qu'il reprend sous une forme longue Badou Boy en 1970 : l'histoire d'un gavroche dakarois en prise avec la police surnommée "le dragon noir". C'est en 1972 que le cinéaste entreprend le tournage de son premier long métrage Touki Bouki.

Touki-Bouki le voyage de l'hyène

Djibril Diop Mambéty (Sénégal, 1973, 1h29)
Avec : Myriam Niang, Magaye Niang, Aminata Fall, Djibril Diop Mambéty

Mory, jeune berger venu à Dakar vendre son troupeau aux abattoirs, rencontre Anta, une étudiante révolutionnaire. Tous deux cherchent à se procurer, par tous les moyens, de l'argent pour partir à Paris. Après de nombreuses péripéties, ils se retrouvent sur le pont d'un bateau en partance pour la France. Mais au dernier moment, Mory se refuse à s'enfuir vers un nouveau mirage.

"Il est question dans ce film des Africains malades de l'Europe, des Africains qui considèrent que l'Europe est la porte de l'Afrique et qu'il faut y être allé pour revenir chez soi et gangner la considération. Il est question en quelque sorte due d'aller faire un stage de civilisation en Europe... (...) En dehors de la recherche artistique j'ai voulu vraiment faire œuvre utile, essayer d'enlever les illusions de mes compatriotes qui ne sont pas partis et restent malades de l'Europe. Moi, j'en suis guéri." Djibril Mambety Diop in Guy Hennebelle et Catherine Ruelle, Cinéastes d'Afrique noire,CinemAction 3.

Extrait :

 

"Voir aussi : "L'énergie radicale de Touki Bouki", Emmanuelle Chérel

Inoussa Ousseini (1949 - 2021)

Cinéaste, sociologue, ancien ministre et ambassadeur du Niger à l’Unesco, celui qui fut aussi le compagnon de route de Jean Rouch est considéré comme le pionnier du cinéma documentaire africain.

Paris, c'est joli

Inoussa Ousseinii (Niger, 1974,23 min)
Avec : Charlotte Trench, Jo Anouma

Un jeune africain arrive en France clandestinement. En 24 heures, il sera mystifié, escroqué et dépouillé de ses maigres biens. Après une nuit à la belle étoile, il envoie malgré tout à sa famille, restée au pays, une carte postale sur laquelle il écrit que "Paris, c'est joli".

Prix de la critique au Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco) en 1976.

Ben Diogaye Bèye (1947 - ...)

Journaliste et animateur radio, assistant réalisateur auprès d'Ousmane Sembene, Djibril Diop ou Ababacar Samb, Ben Diogaye Bèye est un réalisateur sénégalais né en 1947.

Les princes noirs de Saint-Germain des prés

Ben Diogaye Bèye (Sénégal, 1975, 14 min)
Avec : Wasis Diop, Amelia Crawford, Moussa Sarr

Satire d’une jeunesse africaine, débarquée sans ressource sur le pavé parisien. Aux terrasses de St Germain des Prés, les jeunes « Blanches » en mal d’exotisme sont les proies désignées de ces éphèbes élégants et frimeurs. Leur imagination n’est jamais à court pour convaincre leurs crédules conquêtes de les entretenir. Momentanément désargentés, n’en-sont-ils pas moins « Princes » venus de légendaires royaumes ?

Sidney Sokhona (1952 - ...)

Sidney Sokhona est un des précurseurs du cinéma mauritanien.

Nationalité : immigré

Sidney Sokhona (Mauritanie, 1976,1h30)
Avec : Franck Valmont, Sidney Sokhona, Jean-Jacques Ruisseau

Un ouvrier mauritanien, Sidi, travaille en France. Comme la plupart des ouvriers immigrés, il est employé aux travaux les plus pénibles et les plus dangereux. Sidi et ses camarades sont exploités d'une façon systématique et permanente, aussi bien par leurs patrons que par leurs propres compatriotes qui ont toujours à proposer des cartes de travail truquées, des taudis où les immigrés achètent au plus haut prix leur droit au sommeil. Mais aux prises avec le racisme et l'exploitation économique, les travailleurs immigrés se concertent, s'organisent…

Bande annonce :

 

Safrana ou le droit à la parole

Sidney Sokhona (Mauritanie, 1977, 2h01)
Avec : Tiémélé Jean-Baptiste, Denis Parichon, Tamango F. N'djoumouni, Med Hondo

Quatre travailleurs africains immigrés décident de quitter Paris pour aller suivre des stages d'agriculture dans la campagne française puis tenter une réinsertion dans leur pays Dans le car qui les conduit chez des paysans français, ils évoquent leurs souvenirs parisiens : misères et dérision de la condition d'immigré. N'ayant rien à perdre en quittant Paris, ils espèrent que ce qu'ils apprendront leur sera utile lors du retour au pays.

Voir aussi : "La figure de l’immigré en 1968, si distante, si actuelle", Olivier Barlet, Africultures, 2008.

Cheikh Doukouré (1943 - ...)

Scénariste, réalisateur et producteur de cinéma guinéen, Cheik Doukouré émigre en France dans les années 60. Sans papiers, sans argent, il met plusieurs mois à rejoindre Paris souvent au péril de sa vie. Après le conservatoire de la rue blanche, il renonce au métier d'acteur - il apparait dans quelques films parmi lesquels Elle cause plus ... elle flingue de Michel Audiard en 1972 - et lui préfère la réalisation. Bako, l'autre rive réalisé en 1978 par Jacques Champreux avec lequel il partage le scénario s'inspire de son épopée clandestine de Conakry à Paris. Egalement coscénariste de Black Mic-Mac (Thomas Gilou, 1984) il réalise Le ballon d'or en 1994 puis Paris selon Moussa en 2003.

Bako, l'autre rive

Jacques Champreux (France, 1978, 1h30)
Avec : Sidiki Bakaba, Cheik Doukouré, Doura Mané

Bako, en bambara, c'est "l'autre rive" et "l'autre rive", pour les émigrants africains bambara, c'est la France. C'est la grande sécheresse au Sahel et Boubacar Sako (Sidiki Bakaba), jeune paysan malien, ne peut plus y vivre. Pour sauver les siens, il doit absolument rejoindre Paris et y trouver du travail. L'entrée légale lui étant interdite, Boubacar va prendre la route des émigrés clandestins, le chemin de "bako" aux multiples ramifications.

Voir aussi : "Cinéma noir et blanc en version française", Christian Bosséno in Hommes & Migrations n° 1132, 1990, pp.43-50

dans les ressources et dans le catalogue

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