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Entretien avec Slimane Dazi

Entretien avec Slimane Dazi, Parrain de la 6e édition de la résidence de réalisation Frontières 2019 en partenariat avec Le GREC (Groupe de recherche et d’essais cinématographiques) .
Entretien réalisé par Lucile Humbert Wozniak et issu de la revue Hommes & Migrations, n° 1323

Slimane Dazi

Slimane Dazi. Photo : Marie Planeille

 

Lucile Humbert Wozniak : On vous connaît entre autre pour être l’acteur de films comme Un prophète, Les Hommes libres · Rengaine · Fièvres · Only Lovers Left Alive, Les Derniers Parisiens, le Caire confidentiel... Pouvez-vous nous raconter votre parcours, et votre arrivée dans le monde du cinéma?

Slimane Dazi : J’ai fait 36 métiers avant de vivre de ma passion, le seul point commun avec le métier de saltimbanque, j’ai toujours été artisan indépendant. Ma rencontre avec le métier d’acteur je la dois à R Djaidani , qui m’a convaincu que j’étais fait pour l’image. Avant de passer face caméra, j’ai réservé les places sur de nombreux tournages en France à Paris, en province et à l’étranger dans la société de ventouse de mon frère VIP.

L.H.W. : Sur votre fiche wikipedia il est écrit : "acteur algérien". Pourtant vous êtes Français …Le plus Parisien des Parisiens, vous avez d’ailleurs inspiré le titre du 1er long-métrage de Hamé et Ekoué Les Derniers Parisiens.

S.D. : Je suis né en France à Nanterre en 1960 ! En janvier 1963, après les accords d’Evian, j’ai perdu ma nationalité française, quand mes parents ont choisi la nationalité algérienne à l’indépendance de l’Algerie. Mes frères et sœurs nés après janvier 1963 sont eux restés français. Voilà pourquoi je suis acteur parisien pur jus avec une carte de résidence.

L.H.W. : On vous connaît plus récemment pour votre autobiographie romanesque et politique, Comment êtes vous arrivé à l’écriture d’Indigène de la Nation (éd. Don Quichotte, 2018) ?

S.D. : Indigène de la nation est né après mon infarctus fin novembre 2016 , un an après que mon père nous ait quittés et aussi à cause des nombreux râteaux et humiliations que j’ai essuyés aux abords des aéroports des consulats dans le pays où je devais voyager pour mon travail. Le livre fut écrit en quelques mois, comme un acte politique pour atténuer un trop plein d’injustice. Mais aussi pour faire découvrir le parcours d’un Titi Parigo banlieusard avec des fafios algériens.

L.H.W. : Depuis Le thé au harem d’Archimède de Mehdi Charef (1985), la découverte de Rengaine (2012) a constitué pour nous un choc. Ce film marque un tournant dans l’histoire du cinéma sur la banlieue et l’immigration, notamment en renversant la perspective, en donnant à voir le contre-champ, le point de vue de ceux qui y vivent ou qui en viennent, leur façon de vivre et de survivre au jour le jour. Que pensez vous des films actuels sur la banlieue et l’immigration en général ?

S.D. : Les films aujourd’hui en France qui traitent de la banlieue ou des quartiers, sont le plus souvent des stéréotypes dégoulinant de caricatures vulgaires, comme l’Arabe ou le Noir-délinquant-dealer-terroriste-macho bête et cruel. Pour faire court, ce sujet est le plus souvent traité d’une manière qui transpire le néocolonialisme, pour pas dire raciste.

L.H.W : Pour vous, quelle est l’importance du cinéma comme moyen de transmettre, d’alerter et de faire réfléchir sur ce qu’il se passe dans le monde, chaque jour ?

S.D. : L’importance du cinéma est considérable, son point de vue doit être artistique donc personnel ! Cela doit briser avec les médias qui nous infligent sur les chaînes de TV à la radio ou dans la presse écrite un vulgaire matraquage qui finit par nous lobotomiser. Le cinéma doit être à mon sens un art libre indépendant et personnel qui parle de la réalité de notre monde en utilisant la création artistique sous forme de fiction... sinon autant faire des documentaires.

L.H.W. : Quelles sont pour vous les luttes actuelles qui vous touchent le plus aujourd’hui ?

S.D. : L’injustice sous toutes ses formes, mais je mettrai l’accent sur le fait qu’un quart de la population mondiale vit dans la richesse en exploitant 75% du reste du monde. La nouvelle vague aujourd’hui c’est pas du cinéma... c’est de laisser crever au milieu des mers et des océans des millions de personnes qui fuient la misère créée par des dictatures mises en places par l’occident patronal.

L.H.W. : Vous avez tourné dans une multitude de très bons court-métrages, Quel est votre regard sur le court-métrage d’aujourd’hui ?

S.D. : Le court métrage est mon laboratoire de travail. Quand je ne tourne pas sur des productions de longs ou de séries qui sont rémunérés, je me réjouis de rejoindre des équipes de courts métrage d’abord parce que j’adore ce format, ensuite c’est certainement là que j’ai eu à interpréter mes plus beaux personnages. La liberté d’échange est plus grande, plus sincère, la pression économique est moindre, du coup le 7e art devient un acte gratuit, un échange généreux.

L.H.W. En quoi cette résidence de réalisation Frontières vous tient-elle à cœur ?

S.D. : La résidence me tient à cœur pour la thématique qui y sera traitée, mais aussi pour la responsabilité qui m’est proposée : sélectionner un réalisateur sur 14 candidats. Je ferai ce travail sans jugement en essayant de garder un regard vierge et objectif.

L.H.W. : Qu’attendez vous de cette expérience ?

S.D. : Comme de toutes mes expériences... j’attend d’être surpris car seules les bonnes surprises en sont...

Samedi 12 janvier 2019 à 16h30 : "Identité(s)", lecture performée et artistique du roman autobiographique de Slimane Dazi, Indigène de la Nation.
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