Quartier de Belleville, Paris

Belleville apparaît comme un des quartiers multiculturels de la capitale. Mais que sait-on au juste de l’histoire des migrations qui y cohabitent depuis la fin du XIXeme siècle ? Sans enfermer ces populations sur leur histoire et leur patrimoine, l’idée est de montrer pourquoi ce quartier populaire de l’Est parisien a accueilli des migrants d’origines différentes et comment ces populations se sont approprié certains espaces, ont marqué le paysage urbain de leur présence et ont conservé des traces d’un patrimoine matériel ou imaginaire selon les contextes et leurs possibilités.

Le Zèbre de Belleville © Bernard Dinh (association Trajectoires)
Belleville est un lieu de mémoire de l’immigration singulier car on peine à y voir les traces d’un patrimoine tangible. La force de l’identité multiple que porte le quartier tient en grande partie à sa mémoire, à son lien avec l’histoire de l’immigration, et à ce qu’il a laissé en héritage à la culture française.
Ce quartier situé dans l’Est parisien est à la fois un lieu de mémoire de l’immigration et un territoire qui accueille encore aujourd’hui de nombreux immigrés étrangers et leurs familles. C’est un lieu emblématique des quartiers pluriethniques à la française.

Rappel historique

Belleville est rattaché à Paris en 1860. Faubourg parisien typique, il fait preuve, au moment de la Commune de Paris dix ans plus tard, d’une résistance hors pair. Dans l’entre-deux-guerres, les premiers immigrants s’installent, Arméniens, Grecs et Juifs polonais, qui contribuent au développement de l’artisanat, déjà présent et en particulier celui du cuir. L’implantation des commerces juifs, et leur visibilité, confère à Belleville son identité de “quartier juif”, avec une intense vie communautaire yiddish. On oppose souvent Belleville, centre politique principal des immigrés juifs de gauche, au Marais, quartier davantage tourné vers les pratiques religieuses. La vie dans le Belleville de l’entre-deux-guerres, ce sont aussi les cafés et les rues peuplées d’hommes à casquette, qui discourent en yiddish. En effet, cette population pauvre vit dans des logements exigus, ce qui explique l’animation des rues.
Pendant la guerre, la communauté juive de Belleville est frappée de plein fouet par les rafles et les déportations, dès 1941. La première date du 14 mai 1941, elles touchent les Juifs polonais tchécoslovaques, et ex-autrichiens qui sont convoqués par “des billets verts” ; la deuxième a lieu pour l’essentiel le 20 août 1941 ; le XIème arrondissement est bloqué dès 5h30 du matin et sont arrêtés tous les Juifs français et étrangers. Les nombreux Juifs étrangers sont les premiers visés par la rafle du Vel’ d’Hiv de juillet 1942 et les suivantes. En 1944, la communauté juive sort exsangue de l’Occupation : plus de 4 000 femmes, enfants et vieillard et plus de cent enfants des rues ont été déportés.

La synagogue de Belleville © Bernard Dinh (association Trajectoires)

La synagogue de Belleville © Bernard Dinh (association Trajectoires)


Dans les années d’après-guerre, une nouvelle vague d’immigration juive s’installe à Belleville. Mais les migrants, dorénavant, viennent d’Algérie et surtout de Tunisie. Les juifs tunisiens vont en effet marquer par leur présence la période maghrébine de Belleville ; la communauté juive du quartier devient majoritairement séfarade et s’approprie les structures du Belleville juif de jadis.
Pendant les années de reconstruction et de modernisation, la physionomie du quartier commence à changer, avec plusieurs vagues successives de rénovation urbaine. En lieu et place du dédale de ruelles composées d’immeubles de faible hauteur et d’ateliers sur cour (paysage qui caractérise le Belleville des années 50), se dressent comme ailleurs d’imposants bâtiments rectilignes. Ces rénovations font disparaître l’activité industrielle et artisanale de l’époque et amènent aussi un changement de population : les classes populaires sont chassées hors du quartier, voire de Paris.
Restaurant chinois de Belleville © Bernard Dinh (association Trajectoires)

Dernière vague migratoire à s’installer à Belleville : les Asiatiques. Ces migrations concernent d’abord les Chinois puis les populations d’Asie du sud-est à partir des années 80. Une première vague arrive durant les années 1960-1970, probablement attirée par les opportunités immobilières que créent les opérations de rénovation urbaine et la désaffection qui touche le quartier quartier. Une partie de ces nouveaux-venus exerce dans l’artisanat du cuir, comme ce fut le cas pour les commerçants juifs polonais, et dans la restauration. En 1978, le premier restaurant chinois est créé rue de Belleville.

Les artisans qui travaillent dans ces secteurs d’activité sont appelés les “Wenzhou”, en référence à la ville portuaire d’où partent les migrants chinois.
À partir des années 1980 et aujourd’hui encore, les réfugiés du sud-est asiatique rejoignent en masse cette première vague. Ils accélèrent le changement d’identité de Belleville, qui apparaît désormais comme le pendant, sur la rive droite, du XIIIe arrondissement parisien. Cette évolution ne va pas sans difficulté. Les migrants originaires d’Asie subissent souvent des réactions de rejet de la part des populations plus anciennes, qui leur reprochent de ne pas chercher à s’intégrer, et de prendre possession de toute l’activité commerciale.
Récemment, l’image du quartier s’est encore trouvée modifiée par l’arrivée d’une population qui n’est pas immigrée, mais éventuellement issue de l’immigration, et qui, plus aisée, plus artiste, friande de cosmopolitisme, se fait surnommer “bobo” (abréviation de bourgeois-bohême) par le monde des médias : Belleville devient “branché” sans cesser d’être un quartier pluriethnique et militant.

À écouter, en partenariat avec l'Epra

Ce reportage qui cherche à raconter Belleville, a été réalisé suite à ma rencontre avec Mohammed Ouaddane, sociologue et membre de l'association Trajectoires. Cette structure travaille sur le quartier de Belleville que Mohamed connaît très bien, tant au niveau de sa population, de son histoire, de sa topographie que de sa sociologie. Si, suite à ses conseils, j'ai rencontré Angénic Agnero de l'association Paris par Rues méconnues qui organise des visites du quartier et Pierre Cordelier du comité École de la rue de Tlemcen, association pour la mémoire des enfants juifs déportés du XXe arrondissement de Paris, je suis surtout allée à la rencontre de ses habitants. Annexé à Paris en 1860, Belleville accueille une population populaire, pas bien riche parfois même très démunie. Dans ce quartier cosmopolite qui regroupe aujourd'hui quatre arrondissements et où se retrouvent à la fois provinciaux et étrangers, pour certains chassés de leur propre pays ou fuyant un conflit armé, l' “Histoire” se lit au travers celle de ses habitants. Avant la Seconde Guerre mondiale, il était surtout peuplé de juifs ashkénazes, à partir des années 1960 le quartier se fait tunisien, aujourd'hui, ce sont les chinois les plus nombreux. Dans ce reportage on découvre un Belleville différent, un quartier chaleureux fait de petites boutiques, dont une grande partie a disparu avec, à partir des années 1960, la construction de nouveaux logements.
Katia Scifo, Alternative FM.
En partenariat avec l'Epra


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Programmation

  • Organisation : Association Trajectoires
  • Date de la manifestation : Samedi 19 et dimanche 20 septembre 2009, 14h00 à 18h30
  • Lieu de la manifestation : quartier de Belleville
  • Nature de la manifestation : Ballades thématiques libres à la découverte du patrimoine de l’immigration à Belleville (2h)
  • Lieu-Accès : point d’accueil et de départ de la ballade : Espace Mémoire de l'Avenir - 45 rue ramponeau – 75020 Paris
  • Documentation : Brochure avec localisation des sites liés au patrimoine des immigrations, guide des ballades et explications historiques sur chaque site. [Tarif : 2 euros]
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  • Renseignements : 01 40 33 92 13