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Nationalité : immigré, un film de Sidney Sokhona

Chaque mois Les histoires du cinéma vous proposent de découvrir un film, ou un ensemble de films, emblématique du "cinéma de l'immigration".

"Sokhona est l'un des rares cinéastes qui réussissent à tirer du thème de l'immigration le maximum de matière fictionnelle (l'immigration est une aventure) tout en menant la réflexion politique que sa condition d'opprimé nécessite."
Sylvain Tesson in Cahiers du cinéma.

Le film

France | 1975 | 90 minutes | 16 mm

Un ouvrier mauritanien, Sidi, travaille en France. Comme la plupart des ouvriers immigrés, il est employé aux travaux les plus pénibles et les plus dangereux. Sidi et ses camarades sont exploités d’une façon systématique et permanente, aussi bien par leurs patrons que par leurs propres compatriotes qui ont toujours à proposer des cartes de travail truquées, des taudis où les immigrés achètent au plus haut prix leur droit au sommeil. Mais aux prises avec le racisme et l’exploitation économique, les travailleurs immigrés se concertent, s’organisent...

Bande annonce :

 

Sidney Sokhona émigre à 14 ans. Neuf ans plus tard, travailleur mauritanien à Paris, il évoque dans Nationalité : immigré, les années mal logées et la grève des habitants du foyer Riquet. Fraternité et conscience politique. Le film qui hybride documentaire et fiction surréaliste le met en scène dans - pour citer le réalisateur - la "réalité de l'immigration".

"J'habitais le foyer : j'y suis resté pendant six ans. Donc toute ce que je dénonce dans le film, ce sont des conditions que j'ai vécues moi-même. (...) Mon film aborde l'immigration de l'intérieur : 1° parce que j'avais le sentiment que c'était une chose qui n'avait jamais été faite ; 2°ayant moi-même vécu ces conditions, je ne pouvais pas filmer comme quelqu'un qu'y arrive avec sa caméra et son magnétophone de l'extérieur ; 3° je me sentais dans l'obligation de faire ce film" . (Sydney Sokhona, propos recueillis par Catherine Ruelle in Cinémas de l'émigration, CinémAction n°8, été 1979)

La première scène est tournée en 1972, la derrière séquence en 1975. Le tournage s'éternise dans une absence de moyens financiers et techniques : sans budget - le film est réalisé avec l'argent gagné pour un total de 2 5000 euros - sans production, avec pour seule aide celle des camarades travailleurs et le soutien de Jean Rouch qui lui prête le local mis à sa disposition par la Cinémathèque française et lui associe Danièle Tessier sa monteuse.

Nationalité : immigré reçoit le prix Georges Sadoul en 1975 ainsi que le prix spécial du jury du Fespaco en 1976 (exæquo avec Sejnane, d’Abdellatif Ben Ammar, Tunisie).

À propos du film

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"Sidney Sokhona, tournant en France à une époque précise, qui est celle de l'après 1968, celle aussi de la prise de conscience politique de ses camarades immigrés, a voulu faire un "cinéma réel, sans rajoutage", et surtout pas du cinéma militant pour se faire plaisir. Le trajet romanesque suivi par le principal protagoniste dans ce "film documentaire de fiction", c'est-à-dire non littéral, non didactique, emprunte largement à ses propres souvenirs : l'arrivée à Paris par des moyens plus ou moins légaux, caché dans le capot d'une voiture, la recherche d'un travail, les pots-de-vin, le racisme quotidien alentour, les foyers-taudis, l'exploitation des Africains entre eux. Sokhona parle surtout de ses camarades africains de Mauritanie, du Mali et du Sénégal, qui forment un groupe, mais étend le propos à l'émigration en général."
Louis Marcorelles in " Nationalité immigré, de Sidney Sokhona", Le Monde, 9 janvier 1976.

"A la fois témoignage bouleversant, parce que vécu et filmé pour la première fois de l'intérieur, et exposé politique clair du pourquoi et du comment de l'immigration, Nationalité : immigré est aussi la manifestation d'un talent cinématographique naissant. Passant avec dextérité du symbole et de la fiction à la caméra-vérité, Sokhona a réalisé un film dans lequel chaque plan, chaque parole a sa place et sa portée."
Catherine Ruelle in Catherine Ruelle et Guy Hennebelle, Cinéastes d'Afrique noire, CinemAction 3.

"Sidney Sokhona met en scène avec une tranquille sobriété le terrible parcours du combattant d’un immigré africain à Paris. Il est lui-même l’acteur de cette fiction qui documente, avec précision et sans fioriture, les innombrables chausse-trappes, le racisme et les rapaces (passeurs, faux marabouts, intermédiaires divers…), dont sont victimes les nouveaux arrivants. D’une jeunesse réservée et cinégénique, il a une stature à la fois sereine et résolue qui n’est pas sans rappeler les jeunes héros fordiens." in Africultures.

Voir aussi : "La figure de l’immigré en 1968, si distante, si actuelle", Olivier Barlet, Africultures, 2008

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