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Binationalité : une crispation inutile

Editeur : s.l. : DM, 2011
Description matérielle : pp. 20-38
Résumé : "Depuis plusieurs années, la question de la double nationalité, et la double allégeance qu'elle impliquerait, revient régulièrement sur le tapis. En 2007, lorsque Rachida Dati était garde des Sceaux, Jean-Marie Le Pen l'avait apostrophée à ce propos. Depuis quelques mois, échéance électorale oblige, le sujet ne cesse de ressurgir. En mai dernier, la binationalité est revenue sur le devant de la scène en enflammant les instances dirigeantes du foot. Surfant sur la polémique, la présidente du FN a adressé le 29 mai un courrier aux députés de l'Assemblée nationale les exhortant à interdire la binationalité au prétexte qu'elle nuirait à l'assimilation."
Extrait : Le mois suivant, le débat ressurgit avec la publication d'un pré-rapport sur le droit de la nationalité signé Claude Goasguen, député UMP tendance droite dure, qui prône une limitation du nombre de Français ayant la double nationalité ou une réduction de leurs droits. Fort heureusement, ses préconisations ne convainquent guère la majorité du parti présidentiel. Goasguen ravale alors ses propositions mais Lionel Luca, secrétaire général à l'immigration de l'UMP, et membre du collectif droite populaire, estimant ne plus être "en cohérence" avec son parti sur la question de la binationalité et la naturalisation des enfants d'étrangers nés en France pose sa démission. Quelques jours plus tard et moyennant la promesse de la tenue d'une convention nationale de l'UMP consacrée à cette thématique à l'automne, Luca accepte de réintégrer les rangs non sans se répandre en saillies sans équivoque. "Autant il est normal que des citoyens européens puissent avoir une double nationalité, autant on peut s'étonner que ceux qui ont été colonisés veuillent à tout prix conserver la nationalité de leur colonisateur", dira-t-il. Ainsi toutes les doubles nationalités ne se valent pas et l'on s'accommode des unes mais pas des autres. Une fois de plus, un homme politique tient un discours qui va à l'encontre des valeurs de la République dont il se fait le pourfendeur. Et une fois de plus, on stigmatise une composante de la population française, en l'occurrence les binationaux titulaires d'une nationalité extra-européenne, en les assignant à un passé, des sentiments et une attitude. Nous avons recueilli les témoignages de binationaux qui ont posé avec des objets qui incarnent leur double appartenance. Nous avons une fois de plus mesuré le décalage entre le discours politique et celui des personnes concernées. Ils nous ont dit la richesse et la force qu'ils tirent de ce double regard qu'ils posent sur le monde mais aussi "la joie et la mélancolie d'appartenir à deux pays" comme le résume joliment la romancière franco-algérienne Nina Bouraoui. La plupart d'entre eux refusent de choisir entre un pays ou l'autre et vivraient la sommation de le faire comme une amputation, un rejet, une trahison. Les acculer à choisir revient à nier une partie d'eux-mêmes. Ils ne le comprennent pas. Ils sont blessés d'être perçus comme des suspects au prétexte qu'ils maintiennent des liens avec un pays étranger.
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