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L'organisation de l'immigration

La Première Guerre mondiale marque les débuts d’une immigration organisée par l’État : étrangers et coloniaux prennent, dans certains secteurs, la relève des travailleurs français partis au front. Durant l’entre-deux-guerres, le recrutement de travailleurs étrangers reste partagé entre le patronat (Comité des Houillères, Société Générale d’Immigration) et l’État. Les années 1920, décennie de croissance, sont marquées par une diversification sans précédent des nationalités et des secteurs d’emploi. La crise des années 1930 provoque une vague de licenciements et de renvois au pays.

Mineurs embauchés par la Compagnie des mines de Lens le 2 octobre 1928. Parmi eux, plusieurs polonais © Centre historique minier du Nord-Pas-de-Calais à Lewarde

Mineurs embauchés par la Compagnie des mines de Lens le 2 octobre 1928. Parmi eux, plusieurs polonais © Centre historique minier du Nord-Pas-de-Calais à Lewarde

 

Expulsion de mineurs polonais travaillant dans les mines de l’Escarpelle suite à une grève en 1934 © Eyedea / Keystone

Expulsion de mineurs polonais travaillant dans les mines de l’Escarpelle suite à une grève en 1934 © Eyedea / Keystone

 

42 658 Polonais travaillent dans les Houillères du Nord-Pas-de-Calais en 1939. Malgré la crise, les législations restrictives et les rapatriements, plus d'un ouvrier des Houillères sur quatre est polonais à la fin des années 1930.

 

Paris 11ème arrondissement années 1920-30. Fabrique de tapisserie de Salomon Kchemien (à droite) située rue Oberkampf © Centre de Documentation Juive Contemporaine/M.J.P./Valero

Paris 11ème arrondissement années 1920-30. Fabrique de tapisserie de Salomon Kchemien (à droite) située rue Oberkampf © Centre de Documentation Juive Contemporaine/M.J.P./Valero

 

 

Travail dans un atelier de confection arménien : l’atelier Terzian durant l’entre-deux-guerres © Centre de recherche sur la diaspora arménienne

Travail dans un atelier de confection arménien : l’atelier Terzian durant l’entre-deux-guerres © Centre de recherche sur la diaspora arménienne

 

Boulangerie italienne dans l’entre deux-guerre © Centre d’Etude et de Documentation de l’Emigration italienne

Boulangerie italienne dans l’entre deux-guerre © Centre d’Etude et de Documentation de l’Emigration italienne

Un ancien député de la Douma, à l'époque de l’Empire russe, exilé à Paris et devenu cordonnier, 1930 © Albert Harlingue / Roger-Viollet

Un ancien député de la Douma, à l'époque de l’Empire russe, exilé à Paris et devenu cordonnier, 1930 © Albert Harlingue / Roger-Viollet

“ L’Office départemental de placement nous a prévenus qu’il fallait compter de 2 à 3 semaines pour obtenir les Espagnols venant des camps d’hébergement. Il faudrait assouplir cette réglementation et que les délais soient au grand maximum de huit jours. Dans un intervalle de 15 jours, le demandeur peut trouver un autre ouvrier, ou un voisin peut lui venir en aide de sorte que lorsque l’ouvrier demandé arrivera, on n’en aura plus besoin et il faudra lui procurer une autre place, ce qui ne sera peut-être pas aussi facile qu’on le suppose à cette époque de l’année. J’ai signalé à M. le ministre de l’Agriculture que les ouvriers agricoles et même les petits exploitants et fermiers se faisaient embaucher dans les usines, où ils remplissent des fonctions de manœuvre. Ils n’y sont pas à leur place. Ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux utiliser les Espagnols et renvoyer à la terre les Français qui l’ont quittée ? Au point de vue agricole, la production ne pourrait qu’y gagner.”

Décryptage :

1) Le Service d'Organisation des Travailleurs Coloniaux (SOTC) est créé en 1916 et placé sous la tutelle du ministère de la Guerre. Il organise le recours à la main d'œuvre coloniale pour remplacer les hommes partis au front.
2) La France recrute dans tout l'Empire pour les usines de métropole. Les Chinois ne sont pas des coloniaux, ils font l'objet d'un recrutement spécifique. Mais à l'arrivée, ils dépendent eux aussi du SOTC. On notera l'absence des Sénégalais, quant à eux massivement enrôlés dans l'armée française.
3) Algériens et Indochinois constituent les plus gros contingents de main d'œuvre coloniale. Certains Algériens sont aussi envoyés au front, à la différence des Indochinois.

Répartition des travailleurs étrangers dans les mines en 1942 :
Cette carte détaille les Groupements de Travailleurs Etrangers (GTE), structures mises en place par une loi du 27 septembre 1940. Au sein de ces groupements, les travailleurs étrangers sont étroitement encadrés, contrôlés, et mis collectivement à la disposition des employeurs.
Archive du “Commissariat à la lutte contre le chômage. Groupe miniers“. Carte et tableau de répartition des travailleurs étrangers dans le mines datant de 1942 © Archives nationales du monde du travail, Fonds du Comité central des houillères de France - 4

Archive du “Commissariat à la lutte contre le chômage. Groupe miniers“. Carte et tableau de répartition des travailleurs étrangers dans le mines datant de 1942 © Archives nationales du monde du travail, Fonds du Comité central des houillères de France - 40AS40 et 40AS48

Repères chronologiques :
1919-1920 :
Conventions bilatérales d’immigration (recrutement et protection sociale des travailleurs) avec la Pologne, l’Italie, la Tchécoslovaquie. 
1928-1930 : Loi sur les assurances sociales dont les étrangers sont bénéficiaires dans les mêmes conditions que les Français sous réserve qu’ils résident en France.  
1932 : Loi "protégeant la main d’œuvre nationale" contre la concurrence des travailleurs étrangers. 
1935-38 : Organisation de la protection des artisans et des commerçants contre la concurrence des leurs homologues étrangers.  
1940 : En Septembre, le gouvernement de Vichy prévoit le groupement des étrangers jugés "en surnombre dans l’économique nationale" dans des camps d’internement. 

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