De 1975 à nos jours

À partir du milieu des années 1970, les flux migratoires se réduisent considérablement. Seuls les étrangers concernés par le regroupement familial et les demandeurs d’asile ayant obtenu le statut de réfugié sont autorisés à s’installer en France. La transformation du marché du travail et la persistance d’un chômage structurel de longue durée rendent peu plausible un nouveau recours à l’immigration de masse. Néanmoins, le vieillissement de la population et les besoins en main-d’œuvre dans certains secteurs particulièrement déficients, tels le bâtiment, les travaux publics ou l’hôtellerie, incitent les pouvoirs publics et les entreprises à se tourner vers les travailleurs étrangers, au-delà des pays frontaliers. En 2001, l’Europe accueille 1,2 million d’immigrants. C’est plus que les États-Unis et le Canada réunis.

L'élargissement géographique

Marseille mars 1988, arrivée du ferry boat “Le Liberté” en provenance d’Alger © Jacques Windenberger / Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI

Marseille mars 1988, arrivée du ferry boat “Le Liberté” en provenance d’Alger © Jacques Windenberger / Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI

“La part des Européens s’amenuise (...). Parmi les autres continents d’origine, l’Afrique est celui qui croît le plus (...). Il s’impose à la fin du siècle comme le principal pourvoyeur d’étrangers. Jusqu’en 1975, l’Africain était surtout un Algérien. Ensuite les nationalités se diversifient et débordent le cadre de l’ancien empire colonial français.
L’Asie contribue également à l’élargissement géographique : réfugiés de l’ex-Indochine, du Liban, du Kurdistan d’Irak, travailleurs turcs, réfugiés sri-lankais, tout récemment Tadjiks et Pachtounes d’Afghanistan. L’Asie est le seul continent dont le pourcentage continue d’augmenter après 1990. (...)
Malgré le nombre accru de nationalités présentes (plus d’une centaine aujourd’hui) et leur origine de plus en plus lointaine, le pourcentage d’étrangers n’a dépassé celui de 1931 (...) qu’à un seul recensement, celui de 1982 (...). Depuis il lui est inférieur (...).
L’élargissement géographique s’accompagne d’une diversification extrême, tant des lieux de départ que des parcours migratoires et des projets de migrants, certains d’entre eux ne faisant que transiter dans l’hexagone. Nous pouvons parler d’une France-monde, de même que d’une Europe-monde.”

Janine Ponty, L’immigration dans les textes, France 1789-2002, Éditions Belin, 2003, p. 365.

Les émigrants turcs

L’immigration turque présente des histoires d’immigration très différentes. Aux immigrants économiques des années 1970 ont succédé des réfugiés politiques venus demander asile après le coup d’État militaire de 1980. Les Turcs constituent le groupe immigré le plus important en nombre de l’Union européenne et présent dans le plus grand nombre de pays de l’Union. 3 305 000 Turcs vivent à l’étranger dont 2 858 000 dans l’Union européenne. 56% vivent en Allemagne, 24% en France.

L’immigration turque © Gaüzère

L’immigration turque © Gaüzère

 

Les réfugiés du Sud-Est asiatique

L'exil des Boat-people commence en 1975. De 1975 à 1985, 110 000 réfugiés du Sud-Est asiatique sont accueillis en France. Vietnam mai 1988.

Vietnam mai 1988. A bord du "Mary" 400 boat-people secourus par Médecins du monde © Patrick Bar/Eyedea/Gamma

Vietnam mai 1988. A bord du "Mary" 400 boat-people secourus par Médecins du monde © Patrick Bar/Eyedea/Gamma

 

“Le drame des Boat-people, celui des rescapés des massacres par les Khmers rouges ont bouleversé l’opinion. Les immigrés du Sud-Est asiatique bénéficièrent a priori d’un préjugé favorable et l’OFPRA les gratifia tous du statut de réfugié – cas unique à si grande échelle. Des œuvres humanitaires, souvent religieuses, les prirent en charge : le père Gilles est allé trente fois en douze ans visiter les camps de repli en Thaïlande afin de permettre aux membres d’une même famille de gagner la France et de se retrouver.”
Janine Ponty, L’immigration dans les textes, France 1789-2002, Éditions Belin, 2003, p. 369.

Les émigrants africains

Demandeuse d’asile tchadienne dans la zone d’attente de Zapi 3 située près de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, 23 décembre 2004 © Olivier Aubert / Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI
Les problèmes économiques et politiques qui affectent l’Afrique sub-saharienne dans les années 1980 et 1990 provoquent, depuis plusieurs régions du continent, des flux qui tentent d’emprunter le canal de la demande d’asile politique. L’aire de provenance de ces flux s’élargit considérablement, incluant des pays qui n’ont pas eu de liens coloniaux avec la France, comme le Zaïre, le Ghana, l’Angola, le Cap-vert, mais qui vivent la désintégration du pouvoir en place ou la violence des guerres civiles.

 

Demandeuse d’asile congolaise dans la zone d’attente de Zapi 3 située près de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, 23 décembre 2004 © Olivier Aubert / Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI

Demandeuse d’asile congolaise dans la zone d’attente de Zapi 3 située près de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, 23 décembre 2004 © Olivier Aubert / Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration