Le rôle des institutions

L'accueil

Pendant longtemps, l’accueil des immigrants a été le fait de l’initiative privée. Compatriotes, sociétés d’entraide, associations caritatives s’occupent des plus démunis, notamment des réfugiés. La mouvance chrétienne, d’un côté, le mouvement ouvrier, de l’autre, sont particulièrement actifs. À partir des années 1950 et plus encore des années 1960, l’État, quasi-absent jusque-là, coordonne l’accueil, avec le Fonds d’Action Sociale (FAS) qui s’appuie sur des relais associatifs.

Dispensaire des Œuvres de la Mouche, tenu par les Sœurs apostoliques de Marie Immaculée, dans le quartier populaire de la Mouche-Gerland à Lyon, au début des années 1930 © Album du dispensaire La Mouche-Gerland, 1929-1936 / Le temps qu'il fait

L’accueil charitable. Dispensaire des Œuvres de la Mouche, tenu par les Sœurs apostoliques de Marie Immaculée, dans le quartier populaire de la Mouche-Gerland à Lyon, au début des années 1930. Les distributions de nourriture, de médicaments, de charbon, de vêtements s’ajoutent au suivi médical © Album du dispensaire La Mouche-Gerland, 1929-1936 / Le temps qu’il fait

 

L’accueil militant. Aide alimentaire pour des réfugiés républicains espagnols à Juvisy-sur-Orge en 1939 © Eyedea / Keystone

L’accueil militant. Aide alimentaire pour des réfugiés républicains espagnols à Juvisy-sur-Orge en 1939. À partir de 1937, le mouvement ouvrier communiste et socialiste est fortement mobilisé pour l’assistance aux exilés et aux réfugiés de la guerre d’Espagne © Eyedea / Keystone

"Être aux côtés des Algériens par une vie partagée. Leur prouver ma solidarité. Tel est mon choix. Alors, avec quelques-uns du Service civil international, nous nous implantons sur Nanterre. Un vieux wagon frigorifique est notre toit. Je bénéficie des contacts établis depuis très longtemps avec les familles du bidonville de la Folie par quelques membres de l’Amitié nord-africaine de Nanterre. Cela nous permet de rentrer aussitôt dans la vie des habitants, qui ont de leur côté un très vif désir de rencontrer des Français, de les accueillir chez eux malgré l’état de leurs cabanes.
Nous apprenons, sur le tas, les métiers du bâtiment. Nous faisons le maçon avec les maçons algériens, le plâtrier avec les plâtriers marocains, le coffreur… Puisque tout le monde refuse de leur offrir un toit, nous montons le parpaing, la brique. Oui, nous tentons d’améliorer les abris."

Monique Hervo, Chroniques du bidonville, Paris, Seuil, 2001, p. 28-29.
 

Bidonville de Champigny, en quasi-totalité peuplé d’immigrés portugais. Permanence de syndicalistes de la CGT pour aider les arrivants à faire valoir leurs droits, 1964 © Gerald Bloncourt/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

Bidonville de Champigny, en quasi-totalité peuplé d’immigrés portugais. Permanence de syndicalistes de la CGT pour aider les arrivants à faire valoir leurs droits, 1964 © Gerald Bloncourt/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

L’accueil dans les administrations publiques. Guichet des services sociaux, informant les usagers sur les prestations familiales, en plusieurs langues, Metz, 1975 © Hervé Gloaguen / Eyedea / Rapho

L’accueil dans les administrations publiques. Guichet des services sociaux, informant les usagers sur les prestations familiales, en plusieurs langues, Metz, 1975 © Hervé Gloaguen / Eyedea / Rapho

L’opération « Accueil delta » des Postes et Télécommunications, 1971. Des interprètes arabophones aident et conseillent les travailleurs immigrés dans leurs relations avec la Poste © Photothèque IHS-CGT

L’opération « Accueil delta » des Postes et Télécommunications, 1971. Dans les bureaux de poste parisiens, les Postes et Télécommunications recourent à des interprètes arabophones qui aident et conseillent les travailleurs immigrés dans leurs relations avec la Poste © Photothèque IHS-CGT

L'école

L’école n’est explicitement obligatoire pour les enfants d’étrangers qu’à partir des années 1930 et il faut attendre les années 1960 pour que ces derniers soient nombreux à poursuivre des études secondaires. Même si les réalités sont donc plus complexes que ce que laisse croire l’idée d’un enracinement toujours facilité par l’école dès la fin du XIXe siècle, l’école est un lieu essentiel de socialisation et d’intégration.

Classe d'enfants d'émigrants polonais en France. Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais), 1926 © Albert Harlingue / Roger Viollet

Classe d'enfants d'émigrants polonais en France. Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais), 1926 © Albert Harlingue / Roger Viollet

L’idée d’une assimilation par l’école
"C’est par l’école que s’effectue le plus efficacement le travail d’assimilation et d’attraction vers la nouvelle patrie. Au contact de leurs camarades français, les italiens contractent les habitudes, les idées que ceux-ci reçoivent à la maison."
Le Consul d’Italie à Marseille, 1901.

"Les petits étrangers qui viennent en classe à cinq où six ans, ne sachant pas un mot français, passent à douze ou treize ans le certificat d’études comme leurs camarades. Ils oublient leur dialecte d’origine et parfois servent d’interprètes à leurs parents. Ils apprennent très rapidement notre langue, surtout les Italiens. L’école et le creuset où se fondent les nationalités diverses en un métal franc et de bon aloi."
M. Magnin, Les étrangers en Franche-Comté et dans le territoire de Belfort, enquête prescrite par le recteur de l’Académie de Besançon, 1926.

Alphabétisation et scolarité d'enfants d'immigrés à Gennevilliers - 6 mai 1970 © Gerald Bloncourt / Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Alphabétisation et scolarité d'enfants d'immigrés à Gennevilliers - 6 mai 1970 © Gerald Bloncourt / Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Rentrée des classes à Paris le 4 septembre 1984 © Rue des Archives/ AGIP

Rentrée des classes à Paris le 4 septembre 1984 © Rue des Archives/ AGIP

Flins (France), 1983. Ecole située près du site des usines Renault © Ferdinando Scianna/Magnum Photos/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Flins (France), 1983. Ecole située près du site des usines Renault © Ferdinando Scianna/Magnum Photos/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI