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Contrôler ou laisser passer ? 1945-1974

Reconstructions

Après la Libération, l’immigration redevient nécessaire. Mais les pouvoirs publics veulent, cette fois, être les seuls à l’encadrer à travers le nouvel Office National de l’Immigration (ONI). Cette politique va tourner court. Les procédures trop rigides encouragent les entrées illégales. Par ailleurs, les travailleurs “Français musulmans d’Algérie” bénéficient de la libre circulation, en dehors du contrôle de l’ONI.

Novembre 1945

Panneau indicateur destiné aux immigrants italiens venus du Piémont et du Val d'Aoste arrivant à la frontière française dans les Alpes en 1946 ©  L’illustration

Panneau indicateur destiné aux immigrants italiens venus du Piémont et du Val d'Aoste arrivant à la frontière française dans les Alpes en 1946 © L’illustration

L’ordonnance de 1945 sur l’entrée et le séjour des étrangers distingue trois catégories d’immigrés : résidents temporaires (un an), ordinaires (trois ans) ou privilégiés (dix ans). Elle soumet le recrutement à des conditions strictes : contrat de travail, garanties de logement, certificat médical. Elle crée aussi l’ONI.

Affiche italienne de 1949 invitant les mineurs italiens à aller travailler en France © Coll. Dixmier/Kharbine-Tapabor

Affiche italienne de 1949 invitant les mineurs italiens à aller travailler en France © Coll. Dixmier/Kharbine-Tapabor

20 septembre 1947

Le nouveau statut de l’Algérie attribue la citoyenneté aux “Français musulmans d’Algérie”. Il légalise ainsi leur liberté de circulation en métropole, effective depuis l’année précédente. La majorité des travailleurs algériens venant en France métropolitaine sont originaires de Kabylie.

25 juillet 1952

La création de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) et la ratification par la France de la Convention de Genève confortent le droit d’asile. Dans un premier temps, seuls sont concernés les réfugiés européens : Républicains espagnols, exilés d’Europe centrale et orientale.

Arturo Costales Mate
Sa famille arrive en France en février 1939 et s’installe à Olivet (Loiret). Il est reconnu comme réfugié par l’Office central des réfugiés espagnols en 1948, puis par l’OFPRA en 1955. Il obtient la nationalité française en 1967.

1955-1974 : les vingt glorieuse de l'immigration

Les besoins de la croissance qui s’accélère, la guerre d’Algérie et la mobilisation du contingent, rendent plus que jamais nécessaire le recours à la main-d’œuvre étrangère. Dans l’urgence, la loi du marché l’emporte et le recrutement échappe à l’État. En 1968, seules 18% des entrées passent par l’ONI. Les autres sont régularisées a posteriori.

1954-1962

Le conflit algérien durcit le contrôle des migrants algériens, traités en suspects et soumis aux violences policières comme lors de la manifestation du 17 octobre 1961. Pourtant, les flux migratoires de l’Algérie vers la France ne cessent pas.

18 avril 1956

Le gouvernement assouplit les procédures d’introduction de travailleurs étrangers et autorise exceptionnellement leur régularisation sur présentation d’un contrat de travail.

1957

Le Marché commun autorise la libre circulation des travailleurs dans les six pays signataires : France, Allemagne fédérale, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg.

1958

Création du Fonds d’Action Sociale (FAS). D’abord réservé aux travailleurs algériens, il étend son action à l’ensemble des migrants en 1964.

Après la manifestation du 17 octobre 1961, des Algériens sont renvoyés de l’autre côté de la Méditerranée © Keystone

Après la manifestation du 17 octobre 1961, des Algériens sont renvoyés de l’autre côté de la Méditerranée © Keystone

Camps de Harkis dans le Vaucluse, 1975 © Martine Franck/Magnum Photos/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

Camps de Harkis dans le Vaucluse, 1975 © Martine Franck/Magnum Photos/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

1962

Après les accords d’Évian, les Français d’Algérie rapatriés bénéficient d’une politique de réintégration professionnelle. Les “harkis”, nom donné aux musulmans qui se sont battus dans les rangs de l’armée française, sont, eux, confinés dans des camps de regroupement.

1961-1965

La France signe des accords de main-d’oeuvre avec l’Espagne, le Portugal, la Yougoslavie et la Turquie, afin de favoriser l’immigration. Une autre série d’accords essaie d’encadrer les migrations en provenance des anciens pays colonisés, pour les freiner. Mais les entrées illégales restent majoritaires, surtout pour les Portugais.

Autorisation provisoire de séjour délivrée à M. Costa Graciano, travailleur portugais. Décembre 1964 © Gérald Bloncourt - Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Autorisation provisoire de séjour délivrée à M. Costa Graciano, travailleur portugais. Décembre 1964 © Gérald Bloncourt - Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

1966

Création de la Direction de la Population et des Migrations (DPM), qui consacre les préoccupations sociales des politiques migratoires.

23 février 1972

Les circulaires des ministres de l’Intérieur et du Travail dites “Marcellin-Fontanet” interdisent, sauf exception, les régularisations. En 1973, face à la mobilisation de l’opinion, le gouvernement accepte de régulariser 50 000 personnes, mais le temps de l’ouverture s’achève.

1er juillet 1972

L’État renforce le dispositif contre le racisme. La loi est votée dans un contexte de violences contre les immigrés venus du Maghreb.

Eglise Saint-Pierre de Bordeaux, mars 1973. Des travailleurs étrangers font la grève de la faim pour protester contre les circulaires ministerielles Fontanet-Marcellin visant a modifier la situation des travailleurs étrangers en France

Eglise Saint-Pierre de Bordeaux, mars 1973. Des travailleurs étrangers font la grève de la faim pour protester contre les circulaires ministérielles Fontanet-Marcellin visant à modifier la situation des travailleurs étrangers en France © Rue des archives/AGIP

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