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Fermeture et répression : 1931-1944

Les années 1930

 

Couverture du magazine Vu du 26 juin 1935, “Une grande enquête sur les refoulés et les expulsés : parias de l’Europe” © Collection Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Couverture du magazine Vu du 26 juin 1935, “Une grande enquête sur les refoulés et les expulsés : parias de l’Europe” © Collection Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI


La crise économique entraîne un raidissement xénophobe. Les pouvoirs publics s’en prennent aux étrangers, accusés d’être responsables du chômage et des désordres politiques. Rapatriements, refoulements et expulsions se multiplient. Passé le court apaisement du Front populaire, la répression s’accentue. Le contrôle devient surveillance policière ; les réfugiés politiques sont considérés comme des suspects ; les premiers camps ouvrent à la veille de la guerre.

 

10 août 1932

Promulgation de la loi “protégeant la main-d’œuvre nationale” après un vote unanime du Parlement.

1934-1935

La crise s’aggrave. Le gouvernement organise des rapatriements de travailleurs étrangers, surtout polonais, dans l’indifférence générale. Il multiplie également les expulsions de militants et les refoulements d’étrangers en situation irrégulière.

Janvier 1938

Philippe Serre devient sous-secrétaire d’Etat à l’immigration. L’expérience, menée par un gouvernement de gauche, ne dure que quelques mois.

1933-1938

Les réfugiés antinazis arrivent en France. Les uns sont clandestins, d’autres peuvent travailler dans l’agriculture, d’autres encore se contentent d'une carte de non travailleur.

Règlement intérieur pour les repas. Centre d'hébergement pour les réfugiés autrichiens et allemands. Décembre 1938, Chelles. © Roger-Viollet

Règlement intérieur pour les repas. Centre d'hébergement pour les réfugiés autrichiens et allemands. Décembre 1938, Chelles. © Roger-Viollet

 

Mai et novembre 1938

 

Information relative à la mise en œuvre des décrets Daladier, encadrant plus strictement le renouvellement de la carte d’identité, 2 novembre 1938 © Archives départementales de la Loire, 27 1ETP503

Information relative à la mise en œuvre des décrets Daladier, encadrant plus strictement le renouvellement de la carte d’identité, 2 novembre 1938 © Archives départementales de la Loire, 27 1ETP503

Les décrets-lois du gouvernement Daladier facilitent les expulsions et ouvrent des “camps de concentration” selon le terme de l’époque, pour les étrangers “indésirables” que l’on ne peut renvoyer dans leur pays. Ils maintiennent cependant formellement la protection due aux réfugiés.

File d'attente devant la Préfecture de Police à la suite des premiers décrets Daladier concernant le séjour des étrangers vivant en France. Paris, 31 mai 1938.  © Eyedea/Keystone France

File d'attente devant la Préfecture de Police à la suite des premiers décrets Daladier concernant le séjour des étrangers vivant en France. Paris, 31 mai 1938. © Eyedea/Keystone France

 

21 avril 1939

Pour répondre à la poussée xénophobe et antisémite, le décret-loi Marchandeau réprime la diffamation par voie de presse envers “un groupe de personnes appartenant par leur origine à une race ou une religion déterminée”. Il sera abrogé par Vichy en 1940.

La guerre 1939-1940

 

Affiche convoquant les ressortissants étrangers d’origine allemande, mai 1940 © collection Bibliothèque de documentation internationale - MHC

Affiche convoquant les ressortissants étrangers d’origine allemande, mai 1940 © collection Bibliothèque de documentation internationale - MHC

Lors de la déclaration de guerre, certains étrangers “ressortissants ennemis” sont internés, sans souci de leurs engagements. Des antifascistes et des antinazis prennent le chemin des camps. D’autres, naturalisés ou mobilisés dans des bataillons étrangers, participent à la défense de la France. En vertu du décret-loi du 12 avril 1939, les réfugiés bénéficiaires du droit d’asile sont soumis aux mêmes obligations que les Français.

 

Le camp des Milles
Près d’Aix-en-Provence, le camp des Milles accueille, à partir de 1939, des réfugiés allemands, inernés comme “ennemis”. L’auteur du dessin, Robert Liebknecht, est le fils de Karl Liebknecht, ancien dirigeant communiste allemand.

Vichy, l'occupant et les étrangers

Le gouvernement de Vichy pousse la logique xénophobe à son comble. Les étrangers “en surnombre dans l’économie nationale” sont rassemblés dans des Groupements de Travailleurs Étrangers (GTE), notamment les réfugiés espagnols. Certains internés sont livrés aux autorités nazies. Le statut des juifs de 1940 et 1941 vise Français et étrangers, mais ces derniers font l’objet de mesures spécifiques qui renforcent leur exclusion. En zone occupée, les rafles commencent en mai 1941 et touchent d’abord les juifs étrangers. À partir de 1942, avec la mise en œuvre de la Solution finale, la répression frappe massivement l’ensemble des juifs vivant en France, mais les étrangers paieront le prix le plus fort.

 

Vue générale du camp de Gurs, fin 1940 © Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques - Service départemental des Archives, 1 M 182

Vue générale du camp de Gurs, fin 1940 © Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques - Service départemental des Archives, 1 M 182

 

4 octobre 1940

En zone Sud, les juifs étrangers peuvent être internés sur décision du préfet. Le camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques), ouvert en 1939, accueille des réfugiés espagnols puis, à partir de 1940, des étrangers “indésirables” et des juifs étrangers.

Octobre 1940

La mention “JUIF” sur les papiers d’identité devient obligatoire dès octobre 1940 en zone occupée, et en décembre 1942 pour la zone sud.

Paris, gare d'Austerlitz, mai 1941. Départ de juifs pour le camp d'internement de la région d'Orléans (Loiret), sous la conduite de gendarmes français. A droite, soldat allemand © LAPI/Roger Viollet

Paris, gare d'Austerlitz, mai 1941. Départ de juifs pour le camp d'internement de la région d'Orléans (Loiret), sous la conduite de gendarmes français. A droite, soldat allemand © LAPI/Roger Viollet

 


Mai 1941

Lors de la rafle de mai 1941, 3 747 juifs étrangers sont arrêtés à Paris puis internés dans les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers.

1942-1944

La mise en œuvre de la Solution finale, décidée par l’occupant se fait avec la collaboration des autorités françaises. A partir de 1942, et surtout de 1943, tous les juifs vivant en France sont menacés par la déportation. Mais ceux qui sont nés à l’étranger sont les plus touchés, car plus fragiles et premiers visés : 40% d’entre eux sont déportés ; 10% des juifs français.

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