D'un siècle à l'autre

Meublés, garnis, quartiers populaires

Meublés et garnis

Depuis le XIXe siècle, les migrants qui abordent la ville sont voués à l’extrême précarité des premiers lieux d’accueil, hôtels meublés ou garnis. Locataires à la journée ou au mois, ils sont à la merci de ceux que l’on appelle, après 1945, les « marchands de sommeil ». Certains parmi les immigrés trouvent là une source lucrative de revenus. La frontière est mince entre aide et exploitation.

« Marchand de sommeil », Îlot Chalon, Paris XIIe arrondissement, 1988 © André Lejarre / Le bar Floréal / Adoma

« Marchand de sommeil », Îlot Chalon, Paris XIIe arrondissement, 1988 © André Lejarre / Le bar Floréal / Adoma

Hôtel de Jérusalem et de Palestine, Marseille, début du XXe siècle © Musée des photographies documentaires de Provence/Bibliothèque Municipale de l’Alcazar Marseille

Hôtel de Jérusalem et de Palestine, Marseille, début du XXe siècle © Musée des photographies documentaires de Provence/Bibliothèque Municipale de l’Alcazar Marseille

 

Quartiers immigrés, quartiers populaires

 

La rue Sainte-Anne, une des « rues italiennes », de Nogent-sur-Marne © J. Deslandes / Musée de Nogent-sur-Marne

La rue Sainte-Anne, une des "rues italiennes", de Nogent-sur-Marne © J. Deslandes / Musée de Nogent-sur-Marne

Quelques rues suffisent pour créer une ambiance étrangère et susciter l’inquiétude du voisinage. Les enclaves immigrées ne sont pourtant pas des ghettos. Ces coins de ville, animés par des petits groupes aux origines multiples, contribuent depuis longtemps à la diversité des quartiers populaires où les Français sont restés majoritaires.

 

Entre la fin du XIXe siècle et l’entre-deux-guerres, la commune de Nogent-sur-Marne accueille une importante colonie d’immigrés italiens, originaires pour la plupart des montagnes d’Émilie.

Rue des Quatre Pâtissiers, Marseille, 1926 © Archives municipales de Marseille, 63Fi59

Rue des Quatre Pâtissiers, Marseille, 1926 © Archives municipales de Marseille, 63Fi59

Enclos Peyssonnel, Marseille, 1951 © M. Cohen/Archives municipales de Marseille, 84/85 Fi 29

Enclos Peyssonnel, Marseille, 1951 © M. Cohen/Archives municipales de Marseille, 84/85 Fi 29

 

François Cavanna, Les Ritals, Paris, P. Belfond, 1978.

"En tournant le coin de chez Sentis, pour enfiler la rue Sainte-Anne, on plonge brusquement dans un monde qui n’a rien à voir, un monde régi par des mots qui n’existaient pas l’instant d’avant, de l’autre côté de la ligne : minestra, poulainte, nonna, chantier …
Un monde d’odeurs puissantes et chaleureuses, de cris, de galopades, de caniveaux croupissants, de frénétiques chasses aux rats, de grands-mères aux fenêtres entre deux géraniums.
"

Monde rural, asile et transit

Monde rural

Beaucoup d’immigrés travaillent hors de la ville ou de l’usine. Forestiers, charbonniers, ouvriers agricoles sont souvent logés dans des locaux qui ne sont pas prévus à cet effet (granges, étables, cabanes). Beaucoup sont saisonniers, mais certains s’installent comme exploitants, métayers ou propriétaires, dans de vieilles maisons rurales. 

 

Le Segalar, commune de Penne, Tarn 1941. Juliette et Maurice Courcières (de dos) avec leur domestique espagnol Pascal © Association C.O.R.D.A.E / La Talvera

Le Segalar, commune de Penne, Tarn 1941. Juliette et Maurice Courcières (de dos) avec leur domestique espagnol Pascal © Association C.O.R.D.A.E / La Talvera

 

 

Saint Porchaire, Charente-Maritime 1924. Charbonniers originaires de Pistoia (Italie) posant devant la cabane de Fabiola e Vitorino © Association C.O.R.D.A.E / La Talvera

Saint Porchaire, Charente-Maritime 1924. Charbonniers originaires de Pistoia (Italie) posant devant la cabane de Fabiola e Vitorino © Association C.O.R.D.A.E / La Talvera

 

Asile et transit

La Première Guerre mondiale marque le début des camps. Après les deux guerres, la plupart d’entre eux servent à abriter provisoirement sinistrés et réfugiés. Prévus pour une durée limitée, les baraquements se maintiennent pendant plusieurs décennies et voient se succéder de nombreuses vagues d’exilés en transit. On y loge aussi les rapatriés de la décolonisation (ainsi que les harkis). Les demandeurs d’asile, très nombreux depuis 1975, font à leur tour l’expérience de l’habitat de transit.

Le camp Oddo à Marseille

Il accueille, à partir de 1923, des milliers d’Arméniens rescapés du génocide. Prévu pour 900 à 1200 personnes, il en abritera jusqu’à 3000, dans des conditions d’extrême précarité.

Marseille années 20. Le camp Oddo, centre de transit et de résidence des réfugiés arméniens © Bibliothèque Nubar – UGAB

Marseille années 20. Le camp Oddo, centre de transit et de résidence des réfugiés arméniens © Bibliothèque Nubar – UGAB

 

Le camp du Grand Arénas

Entre 1944 et 1966, le camp du Grand Arénas, près de Marseille, accueille des travailleurs vietnamiens en attente de rapatriement, puis des Juifs d’Europe centrale et du Maghreb en transit vers Israël, ainsi que des familles françaises, immigrées ou gitanes, en attente d’un logement définitif.

Camp du Grand Arénas © Droits réservés / Adoma

Camp du Grand Arénas © Droits réservés / Adoma

 

 

Réfugiés cambodgiens dans un centre d’accueil © Sabine WEISS /Rapho/Eyedea

Réfugiés cambodgiens dans un centre d’accueil © Sabine WEISS /Rapho/Eyedea

 

Sangatte

En 1999, un centre d’accueil est installé par la Croix Rouge à Sangatte, près de Calais. Jusqu’à sa fermeture en 2002, plus de 60 000 personnes y séjournent, surtout des Afghans, des Irakiens, des Iraniens et des Kurdes.

21 juin 2000 Nord-Pas-de-Calais, Sangatte, près de Calais. Centre d’hébergement d’urgence de la Croix-Rouge, destiné à accueillir les migrants © JB Russel / Sygma / Corbis

21 juin 2000 Nord-Pas-de-Calais, Sangatte, près de Calais. Centre d’hébergement d’urgence de la Croix-Rouge, destiné à accueillir les migrants © JB Russel / Sygma / Corbis