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L'étranger, envers du national 1880-1914

L'étranger, envers du national 1880-1914 À la fin du XIXe siècle, l’enracinement de la République et le développement du sentiment national alimentent le rejet des étrangers, Belges au Nord, Italiens au Sud. Les rixes ouvrières se transforment en violences xénophobes, attisées par la crise économique et le renforcement des nationalismes en Europe. Les stéréotypes se figent, relayés par les élites républicaines et une presse en plein essor. Dans le même temps, un racisme « savant » se développe. Il s’en prend aux Juifs français ou étrangers et aux populations colonisées de l’Empire au nom de prétendus arguments biologiques.

Le 16 août 1893, dans les salines d’Aigues-Mortes, une échauffourée oppose ouvriers français et italiens. Très vite, les violences gagnent la ville ; la population mène la chasse aux transalpins, parfois drapeau tricolore en main. On relèvera officiellement des dizaines de morts et de blessés.

"Aigues-Mortes. La porte de la reine : collision entre les ouvriers français et italiens". Gravure publiée dans Le Monde illustré, 2 novembre 1893 © Collection Kharbine-Tapabor

"Aigues-Mortes. La porte de la reine : collision entre les ouvriers français et italiens". Gravure publiée dans Le Monde illustré, 2 novembre 1893 © Collection Kharbine-Tapabor

Les troubles de Lyon, L’Illustration, 30 juin 1894 © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Les troubles de Lyon, L’Illustration, 30 juin 1894 © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI.

En juin 1894, l’assassinat de Sadi Carnot, président de la République, par Caserio, anarchiste italien, provoque de nouvelles émeutes anti-italiennes à Lyon. L’image de l’étranger se met en place : travailleur concurrent, ennemi de la nation et fauteur de troubles.

La xénophobie
Elle se nourrit de multiples arguments. On reproche aux étrangers d’échapper au service militaire, d’apporter des maladies et, pour les plus aisés d’entre eux, d’accaparer les richesses du pays.
Illustration de Pepin (1842-?) pour Le Grelot, 4 septembre 1892 © Collection Kharbine-Tapabor

“Fraternité. Internationalisme : pendant que l'ouvrier mineur français laisse sa famille et ses outils pour accomplir son service militaire, le belge lui prend sa place et travaille a vil prix. Socialisme : 1500 mineurs de Carmeau obtiennent de leur directeur une démission spontanée”. Illustration de Pepin (1842-?) pour Le Grelot, 4 septembre 1892 © Collection Kharbine-Tapabor

Epidemie de cholera en 1884 : “La désinfection des bagages au lazaret de la Latta, près de Menton”. Gravure publiée dans L’Illustration, 19 juillet 1884 © Collection Kharbine-Tapabor

Epidemie de cholera en 1884 : “La désinfection des bagages au lazaret de la Latta, près de Menton”. Gravure publiée dans L’Illustration, 19 juillet 1884 © Collection Kharbine-Tapabor

Le racisme déborde des frontières de l’Empire colonial. À travers fictions, manuels scolaires ou publicités se répand en métropole l’image de « l’indigène » exotique, enfantin, irréductiblement différent et toujours inférieur, même si l’on établit une hiérarchie entre les différents peuples colonisés. Cette image va durablement peser sur la représentation des migrants coloniaux en métropole.

Publicité à caractère raciste : “Avec Javel S.D.C. pour blanchir un nègre on ne perd pas son savon”. Affiche anonyme, éditée vers 1910 © Collection Kharbine-Tapabor

Publicité à caractère raciste : “Avec Javel S.D.C. pour blanchir un nègre on ne perd pas son savon”. Affiche anonyme, éditée vers 1910 © Collection Kharbine-Tapabor

La France juive par Edouard DRUMONT (1844-1917). 1er fascicule de l'édition de 1892 (1ere édition de 1886) © Collection Jonas / KHARBINE-TAPABOR

La France juive par Edouard DRUMONT (1844-1917). 1er fascicule de l'édition de 1892 (1ere édition de 1886) © Collection Jonas / KHARBINE-TAPABOR

La France Juive (1886)
Ouvrage, de plus de mille pages, réédité de nombreuses fois, le juif, français ou étranger, y est dénoncé comme « autre », corps étranger à la nation menaçant pour l'identité du pays.
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