Comment expliquer le surchômage des étrangers ?

 

En moyenne, le taux de chômage des immigrés âgés de plus de 18 ans est deux fois plus important que celui du reste de la population active. Les immigrés représentent 16% des chômeurs alors qu’ils ne sont que 8,6 % de la population active (27,8 millions de personnes). En 2010, 15,3 % des étrangers et 19,9 % des étrangères étaient au chômage contre respectivement 8,6% et 9,2 % des salariés de nationalité française (source : Insee, Enquêtes emploi du 1er au 4ème trimestre 2010). Ce taux atteint respectivement 20,5 % et 27% pour les étrangers non communautaires.

Manifestation contre la liquidation de la sidérurgie lorraine dans le bassin de Longwy, 21 et 22 février 1979 © Gerald Bloncourt/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Manifestation contre la liquidation de la sidérurgie lorraine dans le bassin de Longwy, 21 et 22 février 1979 © Gerald Bloncourt/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Trois raisons à ce surchômage sont régulièrement avancées :

  1. Faiblement qualifiée la main d’œuvre étrangère est la première victime des crises. Dans les années 70, les secteurs industriels frappés par la crise (automobile ou sidérurgie) ont d’abord licencié les salariés étrangers, notamment ceux d’origine nord africaine et subsaharienne. Ces derniers, à la différence des salariés portugais ou espagnols, travaillaient massivement dans ces secteurs. Même scénario une décennie plus tard, dans le BTP ou l’automobile où près de la moitié des licenciements ont concerné des salariés étrangers. Autre différence entre origines nationales : la main d’œuvre originaire d’Afrique du Nord ne bénéficie pas de réseaux familiaux ou communautaires pour trouver à s’employer. De manière générale, le chômage frappe d’abord les catégories socioprofessionnelles les moins qualifiées : en 2010, 19,6% des ouvriers non qualifiés étaient victimes du chômage (contre 9% pour l’ensemble de la population active masculine). Premiers licenciés, les travailleurs étrangers jouent un rôle d’amortisseur au chômage des autochtones ou "natifs". Dans le domaine des services, cette main d’œuvre a aussi essuyé les plâtres de la flexibilité.
  2. Les étrangers subissent des discriminations liées à leur origine et/ou à leur quartier de résidence.
    "Effet origine" : les discriminations sont plus ou moins importantes, selon l’origine des immigrés : de faibles pour les ressortissants des pays d’Europe du Sud, elles frappent principalement les ressortissants d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne. Ainsi le code "BBR" mis en place dans les années 2000 dans les agences d’intérim permettait de ne retenir que les candidats dits "Bleu Blanc Rouge" et d’exclure les autres.
    "Effet quartier" : le taux de chômage dans une zone urbaine sensible (Zus) est deux fois plus élevé (16,9 % contre 7,7 % en 2008). Il frappe notamment les jeunes hommes (15-24 ans) avec un taux de 41,7 % - il est de 29,6 % chez les jeunes filles. Ainsi une adresse sur un CV peut constituer un handicap qui s’ajoute à la ségrégation spatiale et au cumul des difficultés sociales.
    Parmi les autres discriminations figurent les quelques 5,3 millions d’emplois interdits aux étrangers ou les difficultés administratives pour obtenir une autorisation de travail.
  3. Les diplômes de certains étrangers ne sont pas reconnus en France de sorte que l’écart d’accès à l’emploi entre immigrés et non immigrés est plus grand pour les immigrés qualifiés. Ainsi, les immigrés diplômés sont aussi surexposés au chômage et de manière plus importante que les non-diplômés. Pour autant, leur taux d’emploi est toujours supérieur à celui des immigrés non diplômés.

Mustapha Harzoune, 2012

Tableau : Taux de chômage des étrangers par âge et par sexe