L’immigration peut-elle ralentir le vieillissement de la population ?

Immigration et vieillissement

Avec un taux de fécondité de 2,01 enfants par femme en 2011, la France - avec l’Irlande (2,07) - fait figure d’exception en Europe. Il n’empêche, le pays vieillit. Si l’immigration contribue au renouvellement des générations, en revanche, elle ne peut empêcher le vieillissement de la population due à l’allongement de l’espérance de vie. Se pose alors la question de la capacité pour la population active de financer retraites et dépenses de santé. Ce que les économistes nomment le "ratio de dépendance" : le rapport entre la population active et les personnes âgées de 65 ans et plus. L’immigration peut-elle contribuer à faire baisser ce ratio, sachant qu’à conditions socio-économiques inchangées, il devrait passer de 38 % en 2000 à 73% en 2040 c’est-à-dire passer de 4 retraités à 7 retraités pour 10 actifs (Conseil d’orientation des retraites) ?

Population active & ratio de dépendance

Pour stabiliser la population active (20-59 ans) à 34 millions de personnes en 2050 (pour 33 millions en 2012), il faudrait, selon l’Insee, recourir à un flux de 150 000 entrées nettes d’immigrés par an.
Qu’elle en sera l’effet sur le "ratio de dépendance", compte tenu de la croissance du nombre de retraités ? Les hypothèses de soldes migratoires de +100 000 ou +150 000 personnes par an auraient un effet marginal. Ainsi, avec 100 000 entrées nettes, ce ratio passerait de 0,73 à 0,71 en 2040, réduisant sa croissance de 5 à 6 % environ entre 2000 et 2040 par rapport à l’hypothèse centrale (solde migratoire annuel de 50 000 personnes). A long terme, ces résultats seraient limités par l’arrivée à l’âge de la retraite des immigrés eux-mêmes.
Si les effets de l’immigration sur le maintien de la population active et sur la réduction du taux de dépendance sont sensibles à hauteur de 100 000 à 150 000 entrées nettes par an, il est parfois envisagé d’ouvrir davantage les frontières à l’immigration en escomptant d’en multiplier d’autant les répercussions positives.
Ainsi, pour que le pourcentage entre les actifs et les retraités reste le même qu’aujourd’hui, il faudrait, selon Karine Berger et Valérie Rabault (Les Trente glorieuses sont devant nous, édition Rue Fromentin, 2011), environ 10 millions de nouveaux immigrés répartis sur les trente prochaines années, soit plus de 330 000 immigrés par an. Ce taux est trois à quatre fois plus élevé que le taux actuel… De même comme l’immigration aide à réduire le poids du financement de la protection sociale, les chercheurs Lionel Ragot et Xavier Chojnicki ont échafaudé des scénarios avec des flux de 180 000 entrées nettes en 2030 et jusqu’à 250 000 à l’horizon 2060 et jusqu’à la fin du siècle. Résultat : en 2030, le besoin de financement de la protection sociale ne serait plus de 3 % du PIB, mais de 2,4 %.

Débat

L’immigration constitue une partie de la réponse au vieillissement du pays, elle serait même "indispensable" (Catherine Wihtol de Wenden) à son dynamisme démographique et économique, mais jusqu’à quels niveaux, sachant que le maintien du rapport entre population active et personnes âgées exigerait des flux annuels si importants (200 000, 300 000 et même 920 000) qu’ils seraient "irréalisables" voire "illusoires", dixit Hervé Le Bras qui s’appuie notamment sur un rapport de l’ONU ? (Migration de remplacement : est-ce une solution au déclin et au vieillissement des populations ?, Division de la population, Département des affaires économiques et sociales, Nations Unies, New York, Nations Unies, 2000.)

Mustapha Harzoune, 2012 

Schéma : ratio de dépendance