Quel est le poids de l’immigration sur les prestations sociales ?

Assedic-ANPE, 1982, Chéri Samba © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Assedic-ANPE, 1982, Chéri Samba © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Il n’est pas rare de présenter les immigrés comme des "profiteurs" qui choisiraient leur pays d'accueil en fonction des bénéfices sociaux escomptés. De ce point de vue, la "générosité" de la France, serait particulièrement attractive. Pourtant, si tel était le cas, comment expliquer que les migrants se dirigent, souvent plus massivement, vers des pays comme les USA, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, le Canada ou l’Australie dont les systèmes de protection sociale sont bien moins… "séduisants" ?

Pour l’économiste Lionel Ragot, si, à tout âge, la contribution nette d’un immigré est plus faible que celle d’un natif, la population immigrée a tout de même une contribution totale légèrement positive aux finances publiques.

La raison tient au fait que la population immigrée se concentre dans les tranches d’âge actives et moins dans celles qui regroupent les plus jeunes et les plus âgés – ces tranches coûtent le plus aux finances publiques (en dépenses de santé et vieillesse). Côté prestations familiales, elles visent à favoriser les naissances en France. Or, les enfants des familles immigrées sont les citoyens de demain, appelés à contribuer au développement économique et démographique du pays. Le coût de ces allocations devrait être reporté sur le cycle de vie des enfants, comme tous les enfants de France, et non sur leurs parents.
Globalement, Xavier Chojnicki et Lionel Ragot ont montré que "l’arrêt de l’immigration, à partir de 2010, aboutirait à un creusement de ce besoin de financement [de la protection sociale] de 1,3 % à l’horizon 2050 (qui passerait à 4,3 % du PIB au lieu de 3 %)".

Surreprésentation…

L’argument selon lequel les immigrés pèsent sur les comptes sociaux repose sur la surreprésentation des immigrés extra-européens au titre des prestations sociales (RMI, allocations chômage, aides au logement). Pour autant, ces immigrés cotisent, et cette surreprésentation est à corréler à leur exclusion du marché du travail mais aussi à leur situation professionnelle et aux discriminations dont ils sont victimes : faible qualification, promotion freinée, bas salaires, premiers licenciés, emplois non déclarés ou encore allégements des charges patronales sur les bas salaires.

… & sous évaluations

A contrario, nombre d’immigrés on pu ne pas faire valoir leurs droits. Ainsi en est-il des immigrés qui retournent dans leur pays sans bénéficier de leurs prestations sociales - selon un audit parlementaire de mai 2011, "5 ans après leur entrée, seuls 60% des titulaires d'un titre de séjour sont encore sur le territoire français". De même, à la retraite, des immigrés repartent chez eux allégeant ainsi les dépenses de santé en France. De leurs côtés, les salariés sans-papiers qui travaillent et s’acquittent de leurs cotisations sociales ne peuvent bénéficier de certaines prestations sociales auxquelles ils pourraient prétendre. Enfin, si l’immigration ne constitue qu’un élément de la réponse au vieillissement des pays européens, l’arrivée d’une main d’œuvre étrangère, qui n’aura rien coûté en frais d’éducation, contribuera aussi à améliorer le rapport entre actifs et inactifs et donc à alléger… les comptes sociaux.
L’allongement de l’espérance de vie, le chômage de masse ou les inégalités en matière de cotisations sociales, restent les véritables causes de la fragilité de la protection sociale en France. Pas l’étranger. 

Mustapha Harzoune, 2012