L’immigration clandestine est-elle organisée ?

Depuis la fermeture des frontières, l’immigration clandestine s’est développée de manière constante et concerne tous les pays occidentaux, même s’il s’avère difficile de la quantifier précisément en raison de sa spécificité.

Des conditions périlleuses qui favorisent la précarité

 

Kingsley. Carnet de route d'un immigrant clandestin © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Kingsley. Carnet de route d'un immigrant clandestin © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

L’immigration clandestine oblige les personnes à recourir à des solutions de transport aléatoires et dangereuses et à s’acquitter auprès des passeurs de plusieurs milliers d’euros pour leur passage. Placées dans une situation illégale dans les pays où elles arrivent, ces personnes sont contraintes de rembourser le coût du passage pendant plusieurs années en restant dominées par les réseaux qui en profitent pour les exploiter. Chaque année, on recense des milliers de morts et de disparus : à Gibraltar, 3 286 cadavres ont été repêchés entre 1989 et la fin 2001, l’Italie dénombre officiellement plus de 1 000 morts par an.

 

La frontière est devenue une source d’autant plus lucrative qu’elle est difficile à franchir.

Une « économie du passage clandestin »…

 

Go No Go, Les Frontières de l'Europe 1998-2002. Punta Paloma, Espagne 2001. Immigrants débarqués par des trafiquants marocains sur la plage. © Ad Van Denderen / Agence Vu'

Go No Go, Les Frontières de l'Europe 1998-2002. Punta Paloma, Espagne 2001. Immigrants débarqués par des trafiquants marocains sur la plage. Tirage argentique noir et blanc sur papier baryté 60 x 80 cm. Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration, CNHI © Ad Van Denderen / Agence Vu'

L’immigration clandestine est alimentée en partie par une économie du passage clandestin de plus en plus organisée par de véritables réseaux transnationaux, souvent mafieux, qui fournissent des faux papiers aux candidats au départ, déterminent les moyens de transport, les trajets et les modalités de passages aux frontières et recrutent de la main-d’œuvre directement dans les pays d’origine, au profit de rabatteurs peu scrupuleux, en conduisant certaines personnes à des formes d’esclavage moderne (la prostitution en étant l’exemple le plus visible).

 

… de plus en plus organisée

D’abord informelle, cette économie du passage a organisé progressivement les modes de transports : cargos affrétés sous pavillons de complaisance, reconversion de bateaux de pêche, zodiacs équipés qui échappent aux contrôles des frontières maritimes. Elle a également constitué des plaques tournantes pour ce commerce, comme les villes de Tanger, Ceuta, Melilla, entre l’Espagne et le Maroc. Enfin, elle met en place des filières qui, selon les cas, peuvent être mafieuses du début jusqu’à l’arrivée des personnes à leur destination.

Depuis le début des années 1990, la Commission européenne a instauré des sanctions pour les transporteurs de voyageurs dépourvus des titres exigés et pour les trafiquants de main-d’œuvre, mais ces mesures de durcissement et de contrôle ne semblent pas arrêter ces pratiques inhumaines.

Source : Catherine Wihtol de Wenden, Atlas des migrations dans le monde, réfugiés ou migrants volontaires, Collection Atlas/Monde, éditions Autrement, 2005, p. 10 -11.