Combien coûte une expulsion ?

Les estimations varient entre 12 000 et 27 000 euros par expulsion. Les différences portent sur les frais pris en compte depuis l’arrestation jusqu’à l’arrivée de l’expulsé(e) dans son pays d’origine.

Rapports publics

En 2009, le ministère de l’Immigration, s’appuyant sur un rapport de l'Inspection générale de l'administration, avançait la somme 12 000 euros par expulsion soit 232 millions d'euros comme coût global de la politique de reconduite à la frontière.
Dans un rapport de juillet 2009, la Cour des comptes qui reconnaissait ne pas pouvoir estimer certaines dépenses, comme celles liées à l’entretien des Centre de rétentions administrative (CRA), estimait le coût d’une expulsion à 13 220 euros par personne.
La commission des finances du Sénat évaluait, elle, fin 2008, le coût des reconduites à la frontière à 415,2 millions d'euros en 2009 pour 19 800 personnes (une fois effectué la répartition entre les reconduites "forcées" et les retours volontaires). Dans ce cas, le coût budgétaire prévisionnel des reconduites à la frontière s'établirait à environ 20 970 euros par personne reconduite.

Les comptes de La Cimade

La Cimade avance un coût global de 533 millions d'euros, soit 27 000 euros pour chacune des 19 800 expulsions de 2008. L’association a additionné plusieurs coûts : garde et escorte des personnes retenues dans les CRA, coûts de fonctionnement des CRA, frais de restauration et blanchisserie des migrants, transport et prise en charge sanitaire et sociale, aide à l'exercice des droits, frais de fonctionnement du ministère de l’Immigration, mais aussi coût d'investissement dans la construction de nouveaux CRA et l'agrandissement d'anciens.
Dans son livre, Immigration, fantasmes et réalités (La Découverte), Carine Fouteau estime à 700 millions d’euros par an le coût des expulsions. Enfin, pour le collectif Cette France-là, l’addition s’élèverait à plus de 2,05 milliards d’euros par an.

Débats autour d’une politique

Affiche non datée (1970-1979), "Non ! aux expulsions ! des immigrés", éditée par un collectif de 29 associations © Collection Génériques

Affiche non datée (1970-1979), "Non ! aux expulsions ! des immigrés", éditée par un collectif de 29 associations © Collection Génériques

En août 2011, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, augmentait l’objectif de reconduites d'étrangers en situation irrégulière pour l’année 2011, le passant de
28 000 à 30 000.
Quelles que soient les estimations retenues les politiques de reconduite à la frontière, le contrôle aux frontières comme la lutte contre l’immigration clandestine coûtent chères. Elles paraissent d’une efficacité bien relative. Petit rappel : selon le ministère de l'Intérieur, entre 1998 et 2002, 90% des étrangers en situation irrégulière étaient entrés sur le territoire français de façon légale.

Dans son livre d’entretien avec Gérard-François Dumont (Doit-on contrôler l’immigration ?, Prométhée 2009), le démographe Hervé Le Bras suggère de consacrer tout ou partie de ces sommes à la lutte contre le travail au noir qui, d’après un rapport parlementaire présenté par Dominique Tian en juin 2011, couterait chaque année entre 13,5 et 15,8 milliards d'euros selon L’Agence centrale des organismes de sécurité sociale).

Mustapha Harzoune, 2012