Quel est le parcours scolaire des enfants d’immigrés ?

Il n’y a pas d’échec scolaire massif et spécifique des enfants d’immigrés. Globalement, les moins bons résultats observés des élèves issus de l’immigration relèvent, comme pour l’ensemble des élèves scolarisés, de l’origine sociale. Or, "la France est le pays de l'OCDE où (…) les écarts de résultats entre élèves se sont le plus accrus [et] où l'impact de l'origine sociale sur les résultats des élèves est le plus élevé" (Cours des comptes, mai 2010).

 

Alphabétisation et scolarité d'enfants d'immigrés à Gennevilliers - 6 mai 1970 © Gerald Bloncourt / Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Alphabétisation et scolarité d'enfants d'immigrés à Gennevilliers - 6 mai 1970 © Gerald Bloncourt / Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

En 2001, selon la Cours des comptes, 71% des élèves étrangers ou d’origine étrangère étaient fils d’ouvriers ou d’inactifs (contre 39% pour les élèves français). En 2008, l’enquête Trajectoires et Origines (TeO) confirmait ces écarts. Or, le parcours scolaire reste dépendant de l’origine sociale des parents : "Seuls 52 % des enfants d’ouvriers obtiennent leur baccalauréat, contre 85 % des enfants de cadres supérieurs. Moins de la moitié des enfants des classes populaires passent le bac général, alors que c’est le cas de 83 % des enfants des cadres supérieurs (…)" (Rapport Attali pour la libération de la croissance française, janvier 2008). A ces éléments s’ajoutent d’autres déterminants comme la place accordée à l’acquisition des savoirs dans l’éducation, l’investissement des parents et les discriminations vécues ou supposées au sein de l’institution scolaire.

 

Le fil à la patte

 

Rentrée des classes à Paris le 4 septembre 1984 © Rue des Archives/ AGIP

Rentrée des classes à Paris le 4 septembre 1984 © Rue des Archives/ AGIP

Le retard accumulé dès la maternelle ou en primaire constitue, d’année en année, un handicap, un véritable fil à la patte qui entrave le parcours de l’élève au collège et au lycée. Des études montrent des corrélations entre la présence dans les classes préparatoires aux grandes écoles et le niveau à l’entrée en 6e, en CE2 et même au… CP ! Ainsi, la politique d’égalité des chances doit commencer à la maternelle.
L’enquête TeO montre que le taux des sorties sans diplôme du système éducatif des descendants d’immigrés est de 13% (contre 8% pour la "population majoritaire"), avec d’importantes variation selon l’origine des parents.

 

 

 

Si 24% des garçons et 23% des filles de la population majoritaire ont obtenu le baccalauréat contre respectivement 20 et 25% pour les descendants d’immigrés, des différences existent entre les élèves originaires d’Algérie (20,5 et 27%), du Maroc ou de la Tunisie (19 et 31%) ou du Portugal (19 et 17%). Plus de 38 % des élèves originaires de Turquie et du Portugal ont acquis un diplôme professionnel court (CAP-BEP), contre un quart de la population majoritaire.
Le taux d’accès au supérieur est de 25% pour les descendants d’immigrés venus de Turquie, de 43% pour ceux du Portugal, de 44% d’Afrique subsaharienne et de 41 % d’Algérie, contre 53 % pour la population majoritaire. Les élèves originaires d’Asie du Sud-Est et les filles originaires d’Afrique guinéenne ou centrale se distinguent par une proportion importante de diplômés de l’enseignement supérieur.

Succès au féminin

 

Flins (France), 1983. Ecole située près du site des usines Renault © Ferdinando Scianna/Magnum Photos/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Flins (France), 1983. Ecole située près du site des usines Renault © Ferdinando Scianna/Magnum Photos/Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Quelle que soit l’origine, les filles atteignent un niveau de diplôme supérieur à celui des garçons et parfois même des taux de réussite supérieurs à ceux obtenus par les filles de la population majoritaire (notamment au niveau du bac). À l’entrée de l’enseignement supérieur, les différences entre filles et garçons de même origine peuvent dépasser les 20 points. Ces performances contribuent sans doute au fait qu’à milieu identique, globalement, les enfants d’immigrés réussissent aussi bien que les autres élèves (voir Claudine Attias-Donfut, François Charles Wolff, Le destin des enfants d'immigrés, un désenchaînement des générations, Stock 2009).

 

 

Mustapha Harzoune, 2012