Le délégué de Boris Taslitzky, 1948

Le délégué de Boris Taslitzky, 1948

© Musée national de l'histoire de l'immigration

Le délégué

Boris Taslitzky est né à Paris en 1911 de parents russes d’origine juive ayant fui la Russie impériale après l’échec de l’insurrection de l’année 1905. Comme ses contemporains, il n’échappe pas à la tragédie des deux guerres mondiales, qui le priveront l’une après l’autre de ses parents. 

Il ne connaîtra que peu son père, mort à la guerre en 1915. Quant à sa mère, elle est arrêtée en 1942 puis déportée à Auschwitz. Taslitzky est également arrêté à cette époque en tant que résistant communiste, emprisonné puis interné à Buchenwald. Avec la complicité de ses camarades, il y réalisera de nombreux dessins qui serviront de puissants témoignages. Mais bien avant « l’enfer » de la guerre et des camps, Taslitzky est déjà investi dans l’univers de la création qu’il intègre très tôt. 

À 15 ans, il s’inscrit à l’Académie de l’art moderne, fondée par Fernand Léger, puis entre à l’École des Beaux-Arts en 1929. Son inscription à l’association des écrivains et artistes révolutionnaires en 1934 lui permet de fréquenter un prestigieux cercle d’artistes et d’intellectuels, dont le poète et romancier Louis Aragon, l’écrivain et homme politique Paul-Vaillant Couturier ou encore les peintres Fernand Léger et André Fougeron.

Un an plus tard, il adhère au Parti communiste français, auprès duquel il est très actif. Après la Seconde Guerre mondiale, l’artiste poursuit son œuvre en s’inscrivant dans un « réalisme socialiste », tout en menant une quête esthétique qui lui est propre. Mais l’art, aussi important qu’il soit, ne peut se dissocier du politique. 

Taslitzky souhaite en effet contribuer à la création d’une peinture d’histoire qui témoigne des enjeux du moment, tout particulièrement autour de la classe ouvrière dans son cheminement et ses mobilisations. Les deux tableaux acquis par le musée national de l’histoire de l’immigration, « Le Délégué » et « Le four électrique », s’inscrivent précisément dans cette optique. Réalisés respectivement en 1948 et en 1949, ces deux œuvres rendent compte de l’univers de l’usine à travers les conditions de travail et la mobilisation des ouvriers. 

Dans « Le Délégué », il s’agit d’évoquer les luttes des travailleurs du Nord. Pour cette œuvre, Taslitzky s’est inspiré de dessins réalisés auprès d’ouvriers de la sidérurgie et des mines de la ville de Denain, dans le Nord. Ce tableau, qui est une étude pour une œuvre intitulée « Les Délégués », traite de la figure du délégué syndical. De biais, l’attitude de l’homme en tenue de travail, outil à la main, se veut ferme et volontaire, à l’image du soldat allant au combat. À lui seul, le délégué, est l’incarnation d’une lutte collective déterminée.

Hédia Yelles-Chaouche, attachée de conservation
Musée national de l’histoire de l’immigration

 Je n'ai pratiquement jamais rien fait comme tableau de bataille, comme tableau de combat, qui n'ait été basé sur des dessins que j'avais réalisés, c'est-à-dire sur des choses du vécu, dont j'avais été à la fois témoin et acteur... , commente Boris Taslitzky.

 C'était notre conception du réalisme socialiste, celle de rendre compte de ce que nous avions vécu, de ce dont nous avions été témoins, de tout ce à quoi nous avions participé. C'est basé sur des réalités vécues, et en des formes que nous avions choisies lisibles, claires et accessibles. 

En savoir plus :

Informations

Inventaire
2005.17.1
Type
Tableau
Date
1948
Auteur
Boris Taslitzky
Donateur
Evelyne Taslitzky
Matériaux

cire (peinture à l'huile, toile) 
bois (cadre)

Dimensions

H. 198 cm, l. 117 cm